Mercredi, 19 Février 2020
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Lac Tchad:nouveau sanctuaire de Boko Haram

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Depuis fin décembre 2019, les combattants de la secte terroriste multiplient les attaques au large des différents pays qui ont en partage cette étendue d’eau.

Par Jacques Kaldaoussa

Le Lac Tchad est véritablement redevenu un repaire pour les combattants de Boko Haram. En témoignent les nombreuses et récurrentes attaques meurtrières que ces terroristes ont perpétrées dans plusieurs îles appartenant aux pays qui ont cette étendue d’eau en partage. Et le Cameroun n’échappe pas à l’horreur. Au contraire, il paie le lourd tribut d’attaques jamais enregistrées auparavant dans cette zone, depuis le déclenchement de la guerre contre Boko Haram.

L’une des plus spectaculaires aura été l’attaque du poste militaire de Darak dans la nuit du 9 au 10 juin 2019, où 17 militaires camerounais avaient péri. Mais entre décembre 2019 et janvier 2020, on enregistre un pic d’incursions, d’attaques et de prises d’otages. S’il est difficile de faire un dénombrement exact des morts, on peut au moins remarquer que les villes camerounaises ont enregistré au moins une trentaine d’attaques, aussi bien des positions militaires que des villages peuplés de civils. Le département du Logone et Chari reste le plus touché par Boko Haram, qui opère dans le Lac Tchad puisqu’il dispose de deux arrondissements autour du lac. Il s’agit de Darak et de Blangoua.

Recrudescence

Pour rappel, le 15 décembre dernier au niveau du village Zigagué, dans l’arrondissement de Waza, sur la Nationale numéro 1, des occupants d’un camion de marchandises ont été criblés de balles par des éléments de Boko Haram embusqués. Le « motor-boy » a été abattu, tandis que le chauffeur a eu le temps de s’échapper. Le 22 décembre 2019, parmi la cinquantaine de personnes tuées lors d’une attaque du groupe Boko Haram sur le Lac Tchad, le Cameroun dénombre 19 morts, notamment 11 morts sur l’île de Darak et huit dans l’île de Kofia dans l’arrondissement de Blangoua.

Pour ce qui est du Mayo-Sava, autre département très touché par le regain d’incursions de Boko Haram, on peut noter celle de la nuit du 2 au 3 décembre 2019 au cours de laquelle Boko Haram a tué quatre personnes à Zagola, dans le canton de Kolofata. La même nuit, les terroristes ont abattu trois villageois à Kotchrehe, près de Kourgui toujours dans l’arrondissement de Mora. Le 6 décembre 2019, quatre personnes ont trouvé la mort à Tolkomari à la suite d’une autre attaque de Boko Haram. Dans la nuit du 10 au 11 décembre 2019, le soldat de 2e classe Aboubakar a été tué par balles par les éléments de Boko Haram au cours d’une confrontation meurtrière.

Dans la nuit du 13 au 14 décembre 2019, des combattants de la secte terroriste ont tué le fils de l’imam du village Woubifké, dans l’arrondissement de Mora. Dans la nuit qui suivait, des éléments de Boko Haram qui s’apprêtaient à s’infiltrer et mener des raids meurtriers à Kolofata ont été stoppés par les soldats du Bataillon d’intervention rapide (Bir), qui ont abattu quatre d’entre eux.

Le 27 décembre 2019, ce sont deux réfugiés nigérians qui ont été égorgés par Boko Haram à Kolofata alors qu’ils rentraient du champ, à la quête de tiges pour réparer leur abri. Le 4 janvier 2020, ce sont deux membres du comité de vigilance de Sanda-Wadjri, dans l’arrondissement de Kolofata, qui rentraient du marché périodique de Kouyapé qui ont été tués par Boko Haram.

Le Mayo-Tsanaga n’est pas en reste, avec trois arrondissements touchés : Mokolo, Koza et Mayo-Moskota. Il se passe rarement un jour sans que l’on ne signale des attaques de Boko Haram dans les villages Tourou, Hidoua, Goshi (Mokolo), Guédjélé et Gabass (Koza) et Zeleved, Guid-Péré, Nguétchéwé (Mayo-Moskota).

Villages fantômes

Les avis divergent au sein de la population sur les raisons du retour en force de ces incursions. Pour Mahama Tine, lamido du canton de Gabass, « les villages frontaliers abandonnés par les populations camerounaises sont devenus de véritables couloirs de passage de Boko Haram pour venir nous attaquer jusqu’à l’intérieur de l’arrondissement. Nous avons demandé de construire un poste militaire avant que le pire n’arrive dans cette localité où vivent déjà 6 000 âmes, mais ça tarde à venir ». C’est un avis partagé par Oumaté Ali, un membre du comité de village de Mozogo qui confie que « Zénémé, Shérif-Moussari et Aschigachia sont devenus des villages fantômes au profit de Gabas. Il n’y a plus âme qui y vit. C’est un no man’s land. Et les combattants de Boko Haram se sont établis dans ces montagnes pour venir nous tuer et nous piller toutes les nuits ».

Autre raison, c’est que les comités d’auto-défense sont pratiquement démotivés du fait du gel des appuis du gouvernement et des communes. « Nous travaillons pratiquement comme des militaires. Nous prenons la garde comme eux mais on ne nous donne aucun appui, même pas de matériel comme par le passé. Ce qui a poussé beaucoup d’entre nous à abandonner le travail. Souvent, nous sommes accusés à tort de complicité avec Boko Haram alors que de l’autre côté, nous sommes la cible de ces terroristes qui nous promettent chaque jour des représailles. De 45 au départ, il ne reste plus que 17 membres du comité de vigilance », explique Ali, un volontaire du comité d’autodéfense de Moskota.

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