Lundi, 23 Avril 2018
Accueil quotidien mutations societe Lac municipal de Yaoundé:pourquoi le projet d’aménagement est bloqué

Lac municipal de Yaoundé:pourquoi le projet d’aménagement est bloqué

25
- Publicité -

La modification des caractéristiques et de la consistance du projet et un conflit d’intérêt à l’origine du grand retard enregistré sur le début effectif du chantier.

Par Josiane Afom et Claude Olivier Banaken

En mars dernier, une étudiante de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature a été agressée sur la rue qui longe le ministère de la Fonc-
tion publique et de la Réforme administrative (Minfopra), à Yaoundé. Ses bourreaux lui ont pris son sac à main et son téléphone portable. Des témoins expliquent que cette dernière n’a eu la vie sauve que grâce à une patrouille de police qui sillonnait la zone.

Comme cette dernière, plusieurs jeunes se sont vu dépouiller d’objets de valeur à
cet endroit depuis que le site est à l’abandon ou presque. Pourtant, le 13 septembre
2016, beaucoup exprimaient leur joie, fort de la signature d’une convention de financement à hauteur de 25 milliards Fcfa entre le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) et la filiale anglaise de la Deutsche Bank. Un financement qui devait permettre la réalisation effective du projet de valorisation touristique et économique du lac municipal et d’aménagement de la vallée de la Mingoa.

Le ministre de l’Habitat et du Développement urbain (Minhdu), Jean Claude Mbwentchou, annonçait alors en grandes pompes le début de la première phase des travaux pour le premier semestre 2017. Laquelle porte sur la construction d’un restaurant et un hôtel cinq étoiles, tout comme une base de sports nautiques et l’aménagement durable des berges du lac. Cette première phase a fait l’objet d’une maquette qui a déjà été validée. Cette annonce avait toutefois connu un commencement de matérialisation avec la création, le 28 novembre 2016, d’un comité de pilotage par le président de la République, Paul Biya. Début 2017, les ministères dont les sièges se trouvaient sur la zone devant accueillir le gigantesque espace de loisirs ont déménagé. Il s’agissait notamment de certaines directions et services du ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, du ministère de l’Eau et de l’Energie, et du ministère des Travaux publics.

Vandalisme
Rendus au mois d’avril 2018, les travaux n’ont pas véritablement démarré sur le site, même si les bâtiments ont été détruits. « Ces bâtiments appartenaient à l’Etat, qui a délocalisé les occupants et a enlevé ce qu’il avait à enlever. Des vandales se sont rués sur les bâtiments pour les détruire. Nous avons même eu peur à un moment donné que le béton ne retombe sur eux », affirme Arnauld Philippe Ndzana, conseiller technique n°1 à la communauté urbaine de Yaoundé (Cuy). Au ministère du Tourisme et des Loisirs par contre, l’on apprend que les jeunes se sont rués sur les bâtiments après que l’entreprise chargée du terrassement a commencé et abandonné les travaux. « Pensez-vous qu’en plein centre-ville, des jeunes non-identifiés se mettent à démolir les bâtiments administratifs sans être inquiétés ? », interroge une source dans ce département ministériel.

Les travaux accusent un grand retard. Plusieurs acteurs sont pourtant impliqués dans sa réalisation. Il s’agit notamment du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, de la Cuy, du ministère du Tou-
risme et des Loisirs (Mintoul) et du Minhdu. Au Minepat, l’on apprend que les financements sont disponibles depuis septembre 2016. « Le Minepat avait la charge de trouver les financements. Ce qui a depuis été fait avec la signature en septembre 2016, d’une convention de financement avec la Deutsche Bank. Ceci dit, nous avons rempli notre mission pour ce qui est de ce projet », affirme une source.

Bien que la convention de financement a été signée, certaines raisons expliquent le retard dans le début des travaux. « Le projet dirigé par un comité de pilotage présidé par le secrétariat général de la présidence de la République a d’abord été suspendu. Ce comité a instruit des modifications de la consistance des travaux qu’il a transmis à l’entreprise espagnole qui doit réaliser les travaux », affirme Arnauld Philippe Ndzana. « Lorsqu’il y a modification dans la consistance des travaux, il faut que la banque qui finance valide ces modifications. C’est à ce stade que nous sommes. Mais, je pense qu’incessamment, les travaux vont démarrer », explique le conseiller technique n°1 à la Cuy.

Une autre raison est cependant avancée au Mintoul. « Le projet a trainé parce
qu’il y avait un conflit d’intérêt au départ. On cherchait qui devait piloter le projet. Je pense que ce problème a été tranché à travers le comité mis en place par le président de la République », indique un informateur ayant requis l’anony-
mat à la direction de la promotion des sites touristiques. Mais, nuance notre source, « le Mintoul va entrer en scène lorsqu’on va lancer les travaux de construction de l’hôtel sur le site. Jusqu’ici, nous attendons que le président du comité nous convoque pour une réunion ».

A la cellule de communication du Minhdu, l’on tente de se dédouaner en insistant sur le fait que le démarrage du projet ne relève pas de lacompétence de ce département ministériel. « C’est le secrétariat du Premier ministre qui a la charge de ce dossier. Rendez-vous là-bas si vous souhaitez en savoir plus », renseigne-t-on.

2000 emplois
Il faut signaler qu’en plus du prêt de 25 milliards Fcfa pour lequel la filiale londonienne de la Deutsche Bank avait signé une convention avec le gouvernement pour financer les travaux de la phase I du projet d’aménagement économique
du lac municipal de la capitale, cette institution bancaire s’était engagée à financer la contrepartie de l’Etat du Cameroun à hauteur de 7,5 milliards Fcfa, sous forme de crédit-acheteur. Sans compter qu’en 2015, la même Deutsche Bank s’était déjà engagée à financer ces mêmes travaux pour 21 milliards Fcfa. La convention de financement y relative signée avec le gouvernement venait révéler l’échec d’un premier accord signé entre le même Etat du Cameroun avec l’espagnole Caixa Bank en 2013.

A l’abandon depuis le début des années1980, le lac municipal de Yaoundé avait été viabilisé pour des courses nautiques en 1952 par l’homme d’affaires grec Georges
Kyriakides. Sa réhabilitation tant projetée, puis ajournée par le gouvernement, consiste en la construction à ses abords, du moins pour ce qui est de la première phase, d’un hôtel 5 étoiles de 80 chambres, l’installation d’un nouveau dispositif nautique, la dépollution de ses eaux, de restaurants Vip, de boutiques, d’espaces de divertissement, etc. Ce projet est censé créer 2000 emplois.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP