Lundi, 9 December 2019
Accueil quotidien mutations maladie au scanner La plaie chronique. Dr Romain Soumelé: »Mal traitée, elle peut faire 10 ans »

La plaie chronique. Dr Romain Soumelé: »Mal traitée, elle peut faire 10 ans »

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Chirurgien oral en France, diplômé en plaie et cicatrisation et responsable de l’Association médicale d’aide au Cameroun, il explique les causes et conséquences de cette maladie appelée vulgairement « plaie inguérissable ».
Par Blaise Djouokep
Qu’est-ce qu’une plaie chronique ?
C’est une plaie qui ne cicatrise pas au bout de six mois. Généralement, les gens parlent de plaies inguérissables. Mais, ce qu’il faut savoir c’est qu’on parle de plaie chronique.

Quelles peuvent être les causes de ces plaies ?
Les causes sont multiples. Elles peuvent être des plaies diabétiques, des plaies par accident, des plaies chirurgicales ou infectieuses. Elles peuvent également provenir des plaies des drépanocytaires, parce que quand un drépanocytaire développe une plaie, elle devient très chronique et très difficile à soigner. Il y a aussi les causes vasculaires, les gens qui ont des troubles de circulation, parce que par moment, les veines se bouchent et forment des boutons qui, avec le temps, se percent et deviennent des plaies qui, mal prises en charge, deviennent chroniques. Il y a aussi des causes infectieuses qui concernent les gens qui marchent dans l’eau souillée, dont les pieds sont mangées par les germes et forment des plaies qui deviennent chroniques. Et dans les hôpitaux, lorsqu’on opère certains patients et que des germes infectent cette plaie, quelque soit la performance du chirurgien qui a bien fait son travail, cette plaie aura du mal à cicatriser et deviendra chronique.

Quelles peuvent être les conséquences de ces plaies chroniques sur la santé du patient ?
Lorsque ces plaies ne sont pas bien prises en charge, elles entrainent forcement la chronicité, c’est-à-dire que les gens vont vivre avec une plaie pendant 10 ou 15 ans. Et si jamais ces plaies ne sont pas prises en charge par une équipe qualifiée, cela fini par une amputation.
C’est pourquoi nous sommes venus au Cameroun pour sensibiliser les camerounais sur cette maladie, puisqu’il s’agit bien d’une maladie. Nous sommes également là pour organiser une campagne de sensibilisation qui ira du 15 au 25 juillet 2019, à l’hôpital des plaies de Balevin dans le département de la Menoua à l’Ouest Cameroun. Pendant 10 jours, nous allons ouvrir les portes de l’hôpital des plaies et prendre en charge les patients souffrants de plaies dites inguérissables. Nous allons donc poser le bon diagnostique, orienter les patients et leurs donner les conduites à tenir devant permettre une bonne cicatrisation de leur plaie.

Comment se fait le traitement de ces plaies ?
Le traitement est comme celui d’une maladie. Il faut d’abord poser le bon diagnostique et ensuite trouver le bon traitement. Donc, il va dépendre du type de plaie. La prise en charge peut être moderne, c’est-à-dire, à base d’un pansement. Mais, dans cet hôpital des plaies, nous avons innové. Notre plateau technique dispose de la pression négative. C’est une technologie qui est utilisée dans ce seul hôpital au Cameroun. Cette technologie consiste à placer une machine sur la plaie exsudative (plaie qui coule beaucoup), la machine va élaguer de l’eau, pomper la plaie et nettoyer tout ce que la plaie sécrète, afin d’accélérer la cicatrisation et diminuer le temps d’hospitalisation. C’est une grosse innovation au niveau de la prise en charge. En plus, le personnel est formé depuis six ans par des experts de Montpelier qui viennent au Cameroun et forment des experts camerounais en plaie. Ces experts sont aujourd’hui à l’hôpital des plaies de Balevin qui est le laboratoire de cicatrisation.

Quel est l’état des lieux de ces plaies inguérissables au Cameroun ?
Le problème de plaies au Cameroun est assez grave. Cela constitue un problème de santé publique. On peut dire qu’au moins 1% de la population camerounaise est touchée par les plaies chroniques. C’est assez énorme. Et dans les familles, il y a toujours quelqu’un qui souffre d’une plaie chronique. Ce sont des gens qu’on a généralement mystifiés, qu’on qualifie de sorciers ; on attribue l’origine de ces plaies à certaines personnes, pourtant c’est une maladie comme les autres, mais dont toutes les conditions de son traitement n’ont pas été réunies. Nous avons aujourd’hui trouvé la clé qu’il faut pour accompagner ces patients. Et lorsque la prise en charge est faite assez tôt et de manière adéquate, on parvient à cicatriser beaucoup de ces plaies.

A vous entendre parler, la principale cause de ces plaies semble être la mauvaise prise en charge…
J’ai toujours expliqué que le problème de la prise en charge des plaies au Cameroun est double, voir triple. Pour soigner une plaie chronique, il faut d’abord avoir les moyens techniques, ce que nous n’avions pas jusqu’à l’ouverture de l’hôpital de Balevin qui a un plateau technique adéquat ; deuxièmement, on n’a pas les ressources humaines formées pour ces soins, d’où la formation des médecins camerounais à la prise en charge de ces plaies chroniques depuis six ans ; il y a enfin un problème de moyens. La prise en charge d’une plaie chronique est excessivement couteuse, c’est pourquoi nous faisons ces soins à moindre coût.

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