Mardi, 25 Juin 2019
Accueil quotidien mutations maladie au scanner La lèpre. Dr Ernest Njih Tabah : »On enregistre en moyenne 250 nouveaux cas par an »

La lèpre. Dr Ernest Njih Tabah : »On enregistre en moyenne 250 nouveaux cas par an »

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En se félicitant de la gratuité du traitement, le secrétaire permanent du Programme national de lutte contre la lèpre, l’ulcère de burili, le pian et la leishmaniose, plaide pour un renforcement des ressources de cette institution.

Par Guy Martial Tchinda

Comment définit-on la lèpre et quelle en est la cause ?

La lèpre est une  maladie infectieuse causée par un microbe appelé mycobacterium leprae. Ce microbe est de la même famille que ceux responsables de la tuberculose et de l’ulcère de buruli. La lèpre est une maladie ancienne qui est connue depuis plus de 4000 ans dans les civilisations anciennes comme en Inde et en Égypte. Dans la bible même qui a été écrite il y a plus de 2000 ans, on en parle plusieurs fois.

Quels en sont les facteurs de risque ? 

Toute personne saine qui partage le même espace avec une personne infectée  qui n’a pas commencé son traitement est à risque de développer la lèpre. Il a été démontré qu’une personne infectée qui commence son traitement n’est plus dangereux pour son entourage. On a également parlé de malnutrition dans certaines parties du globe où la lèpre sévit de manière très endémique. Donc on pense que la malnutrition peut aussi être un facteur de risque mais, cela reste à démontrer. Parfois, on ignore ce facteur parce que la période d’incubation est très longue allant de six mois à 20 ans avec une moyenne de trois ans et demi. Cela signifie que quelqu’un peut avoir la lèpre sans savoir comment il a été contaminé.

Comment la maladie se transmet-elle ? 

Deux méthodes ont été décrites malgré qu’elles soient encore discutables parce que le milieu scientifique ne les a pas encore validés. On a décrit un contact direct par la peau entre celui qui est sain et celui qui est infecté. On a également décrit la transmission par voie aérienne à travers l’écoulement nasal car, celui qui est infecté a un nombre très élevé de bacilles au niveau des narines. L’air ambiant peut donc être contaminé par les gouttelettes de cet écoulement nasal puis aspirer par une personne saine. En Amérique par exemple on a décrit un mode de transmission zoonotique c’est-à-dire à partir d’un animal infecté.

Comment se fait le dépistage ? 

Pour mettre une stratégie de dépistage en place, il faut maîtriser les signes cliniques de la lèpre. En parlant des signes cliniques, au niveau de la peau, la lèpre se présente par une ou plusieurs taches claires chez les personnes noires et des taches sombres chez les personnes claires de peau. La partie couverte par cette tache perd sa sensibilité parce que les terminaisons nerveuses en dessous de la tache ont été détruites par le bacille de la lèpre. Donc lorsqu’on voit une tache anormale sur la peau, on doit s’inquiéter même s’il y a d’autres maladies qui se présentent avec des taches comme la dartre. Il faut donc se rendre dans un centre de santé pour se faire consulter. Après une activité physique, toutes les parties normales vont transpirer sauf celle couverte par cette tache.

Quelles sont les complications de la lèpre ? 

Les complications ne sont pas souhaitables parce que lorsqu’elles surviennent, elles sont irréversibles.  Elles arrivent surtout quand on n’a pas commencé son traitement à temps ou alors lorsqu’on ne l’a pas suivi jusqu’à terme. Au niveau des yeux, on a une baisse d’acuité visuelle qui peut évoluer jusqu’à la cécité. Au niveau des narines, le nez peut s’affaisser ; au niveau des extrémités des membres supérieurs, on peut avoir les doigts qui se plient et on perd les mouvements normaux de ces doigts. À la longue, on peut avoir des affections des grands troncs nerveux et quand ils sont atteints, on perd la sensibilité au niveau des pommes de mains ou des plantes des pieds, ce qui expose le patient à des plaies qui vont parfois jusqu’à affecter les os. Et quand on atteint ce stade, il est possible de perdre le membre par amputation.

Parlez-nous du traitement. 

Le traitement se fait selon la classe de la lèpre. Nous avons deux classes à savoir : paucibacilaire pour les patients qui ont les taches inférieures ou égales à cinq et là, on parle de lèpre simple ; et multibacillaire pour ceux qui ont plus de cinq taches, et dans ce cas, on parlera de lèpre sévère. Selon ces deux classes, le traitement va durer six ou 12 mois. Il est fait à base d’une combinaison de trois molécules : la clofazimine, la rifampicine et la dapsone. Tout cela constitue une polychimiothérapie (pct). Selon la classe de la lèpre, le dosage de chacune de ces molécules va changer.

Ce traitement est-il accessible ?

Au Cameroun, il est gratuit depuis les années 1995. Il y a eu une Assemblée mondiale de la santé qui a passé une résolution selon laquelle, la lèpre devrait être éliminée comme problème de santé publique en 2000. Le pays considéré comme ayant atteint cet objectif devait être celui qui atteint un seuil de moins d’un cas pour 10000 habitants. Les mesures d’accompagnement pour atteindre cet objectif étaient de rendre plus accessible le traitement et l’une de ces mesures était la gratuité du médicament. L’Organisation mondiale de la santé (Oms) nous donne des médicaments pour traiter gratuitement tout patient que nous dépistons et ces médicaments ont un circuit particulier. Ils arrivent au bureau de la coordination nationale et nous les mettons à la disposition des délégations régionales. Les régions vont à leur tour les mettre à la disposition des services de districts selon leurs besoins. Tous les trois mois, on a les rapports des districts qui nous renseignent sur le nombre de nouveaux cas et le nombre de patients sous traitement. C’est sur cette base que nous mettons des médicaments à disposition. Normalement, chaque patient devrait être suivi dans le centre de santé le plus proche de chez lui.

Il se dit que des patients qui autrefois étaient pris en charge au programme national ont été chassés et ont trouvé refuge dans la vente des drogues. Est-ce vrai ? Sinon que deviennent-ils ?

Quand la lèpre commençait à être prise en charge dans notre pays dans les années 1950, c’était à travers les léproseries c’est-à-dire la mise en quarantaine des patients dans un endroit bien déterminé. Il fallait les isoler pour éviter que le reste de la population soit affectée. À partir de 1995 quand la Pct (traitement actuel) a été mis sur pied, on a constaté qu’il était très efficace pour la guérison et qu’il prévenait la contamination. Les pouvoirs publics ont décidé du changement de la stratégie. Les malades ont donc été réinsérés dans leur famille et venaient tous les mois chercher leurs médicaments dans les formations sanitaires où ils étaient suivis.

Ce changement avait plusieurs avantages. Le premier étant que le malade ne se sentait pas déconnecté de son entourage. De plus, la stigmatisation qui avait pour symbole la léproserie avait diminué. En effet, la mise en quarantaine du patient faisait de lui une personne non désirable parce qu’on collait tous les noms à la maladie tels la sorcellerie. Après ce changement, il n’était pas raisonnable de continuer à maintenir les léproseries. Les pensionnaires qui avaient déjà trouvé la guérison avaient bénéficié de la réinsertion socioprofessionnelle.

Quelles sont les difficultés du programme de lutte contre cette maladie ?

La première difficulté c’est que le programme n’a plus assez de ressources comme par le passé, ce qui est sans doute dû aux succès qu’il a enregistrés. Car, nous sommes partis de 25000 nouveaux cas par an en 1985 à 250 nouveaux cas par an de nos jours. La maladie a été maîtrisée. Depuis plus de cinq ans, nous voulons former les personnels dans les centres de santé mais, nous n’avons pas les moyens pour le faire. Il faut noter que le personnel de santé perd ses capacités à diagnostiquer et à bien suivre les cas ; parfois, ceux qui ont été formés vont à la retraite ou sont affectés sans qu’on les remplace. Au niveau du secrétariat technique qui assure la coordination nationale, il y a un manque criard de personnels. Nous ne sommes que trois et parmi les trois, il y a  deux cadres administratifs. Avec cette situation, nous ne pouvons pas mener à bien les missions qui nous sont assignées. Au niveau des régions, nous n’avons qu’un seul point focal par région.

Comment prévenir la lèpre ? 

La prévention réside dans l’hygiène corporelle et environnementale. La maladie sévit beaucoup plus où cette hygiène n’est pas au top. La littérature nous enseigne que la lèpre était un grand problème en Europe. Mais, elle a été maîtrisée avant même la découverte de la Pct que nous utilisons aujourd’hui. Ceci parce que le niveau de vie a augmenté, les gens se lavaient, vivaient dans de belles maisons.

 

 

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