Lundi, 22 Juillet 2019
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La danse de l’épervier

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Il y a quelque chose de pascalien dans l’écosystème gouvernant camerounais qui interroge encore plus après l’incarcération de l’ancien ministre de la Défense, Edgard Alain Mebe Ngo’o.

Par Georges Alain Boyomo

« Qu’on s’imagine un nombre d’Hommes dans les chaînes et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres. Ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables et, se regardant l’un l’autre avec douleur et sans espérance, attendent à leur tour ». Ces propos du philosophe Blaise Pascal font en effet corps avec la danse anthropophage de l’Epervier et questionnent l’attitude de potentiels clients de l’insatiable rapace.

D’évidence, l’interminable liste des hauts commis de l’Etat pris dans les serres du redoutable oiseau ne saurait laisser indifférents celles et ceux qui ont un jour bénéficié du décret présidentiel sous le Renouveau. Le système étant volontiers permissif, tous ou presque savent, dans leur for intérieur, qu’ils se sont déjà servi sur la bête et qu’il suffit d’un claquement de doigt pour que le pire survienne.

En toute logique, la broyeuse judiciaire devrait même pousser les uns et les autres à souhaiter ne pas être embarqué dans la « galère » du gouvernement ou des sociétés d’Etat. Mais, chose curieuse, depuis le déclenchement de la lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics, en 2006, la course aux strapontins de ministres ou de directeurs généraux ne s’est jamais mieux portée !

C’est donc dire qu’autant ils ne sont pas insensibles aux malheurs des autres, autant les personnalités encore en fonction ou en réserve de la République croient en leur étoile. Une étoile qui brille au contact de ce qui apparaît désormais comme une certitude, du moins dans l’imaginaire collectif des Camerounais : Au commencement, l’opération Epervier avait pour vocation de combattre la corruption. Au fil du temps, elle a été instrumentalisée à des fins d’épuration politique. Aujourd’hui, la campagne de lutte contre les atteintes à la fortune publique n’est plus que la partie émergée des batailles de clans pour le contrôle de la succession de Paul Biya.

Qu’en pense le concerné ? La dernière prise de parole publique du président de la République sur le sujet remonte au conseil ministériel du 16 janvier 2019. « Abordant la question de la corruption, le chef de l’Etat a réitéré sa détermination à intensifier la lutte contre ce fléau », nous apprend le communiqué final du conclave tenu au palais de l’Unité. Du sérail, il fuite que Paul Biya est encore plus déterminé à emporter avec lui tous ces collaborateurs qui ont pourri son règne, afin de satisfaire leurs propres appétits de richesse et de pouvoir, au détriment des intérêts du peuple.

Le message est clair. Dans sa famille politique et en dehors, Paul Biya, dans la tenace illusion d’expier ses propres péchés auprès du peuple camerounais qui l’a accueilli comme un messie en 1982 et qui – dans sa majorité – lui fait confiance en dépit d’un bilan peu élogieux, va continuer à mettre des têtes sur le billot, aussi longtemps qu’il tiendra le gouvernail.

Jusqu’où cette manœuvre d’auto-absolution doublée de diversion va-t-elle opérer ? A l’observation, le chef de l’Etat, tel Frankenstein, se fait lui aussi progressivement bouffer par le monstre (le système) qu’il a mis sur pied. Un improbable équilibre des forces s’est établi entre lui et ses « créatures » qui le tirent résolument vers le bas pendant qu’il les invite, en désespoir de cause, à viser haut, pour sauver une mise fortement compromise. Tenez ! La défaite infligée à Paul Biya s’agissant de l’organisation de la Can 2019, est la preuve que la victoire n’est pas toujours acquise pour Goliath face à David.

Le dindon de cette guerre d’usure, c’est le peuple, qui ne se montre pas encore assez lassé des mélodies bien rythmées de l’orchestre d’un Titanic, finalement en plein naufrage. Ne l’oublions jamais : rien ne peut résister à un peuple qui a décidé de se libérer de ses chaînes.

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