Mardi, 22 Septembre 2020
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Krotal: « Il est question de structurer le métier »

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Président en exercice du Syndicat national des acteurs de musique urbaines du Cameroun (Synamurca), il parle des états généraux de la musique qui doivent se tenir à Yaoundé du 21 au 26 juin 2021.
Par Lorine Claudia Agnang
D’où vous vient l’idée d’organiser les états généraux de la musique ?
Le rôle d’un syndicat est de se battre pour l’amélioration des conditions de ses membres. Les artistes, tout comme les pouvoirs en place, sont conscients du malaise qui mine le secteur culturel au Cameroun. Il manque quelqu’un pour s’engager dans cette voie. La preuve, dans les prémices de la création de la Socinada (Société civile nationale des droits d’auteurs), il était prévue que celle-ci organise les états généraux de la musique. Mais nous sommes en 2020, rien n’est fait. La plupart du temps, nous (Synamurca) organisons des rencontres avec nos aînés dans le domaine de l’art, à l’instar de Aladji Touré, Sam Mbende, Angoula Angoula, etc., pour réfléchir, entre autres, sur le statut de l’artiste. Et lors de notre dernière rencontre, ils nous ont confié cette responsabilité, d’organiser les états généraux de la musique. C’est une grande responsabilité, mais nous allons oser les organiser à Yaoundé du 21 au 26 juin 2021, au Palais polyvalent des sports. Nous osons croire que le coronavirus sera déjà vaincu. Ils nous ont fait confiance, parce qu’ils ont vu que nous sommes un syndicat sérieux, nous ne sommes pas de blagueurs. Puisque plusieurs autres ont essayé, cela n’a abouti à rien.

En quoi consisteront ces états généraux ?
Ce sera une espèce de brainstorming, sur le statut de l’artiste au Cameroun. Puisque dans ce pays par exemple, il y a des acteurs de la musique qui sont ignorés, ou alors dont on ne connaît pas l’existence. Il est donc question de structurer le métier, afin de favoriser une meilleure visibilité de l’artiste. Il est également question de revendiquer ses droits. Parce que voyez-vous, alors que dans le monde entier, on parle d’au moins cinq droits pour un artiste, au Cameroun, depuis les indépendances, l’artiste ne bénéficie que de deux. Pourtant, il s’agit d’un droit et non une faveur. Car en temps normal, l’artiste ne vit pas des concerts, mais de ses droits. En plus, dans un pays où il y a une diversité culturelle incroyable, le quota de musique locale joué est de 20%, au profit de la musique étrangère. Il est question de voir comment générer davantage des revenus au travers de l’art. J’aime toujours à dire qu’au niveau des arts non documentés au Cameroun, l’Etat du Cameroun perd 200 à 400 milliards Fcfa chaque année. Pourtant, ce que nous faisons, ce sont des métiers dignes et nobles. Tenez par exemple, la protection du label Cameroun. En Côte d’Ivoire par exemple, lorsqu’il faut télécharger une musique de ce pays, vous entendrez toujours « Ivory mix Dj » c’est une labélisation. Et dès que ce cachet apparaît, c’est des droits qu’on paie à l’artiste, tout comme au Nigéria. Mais au Cameroun, il n’y en a pas. Il en est de même pour le code ISRC (code qui permet d’identifier les enregistrements musicaux du monde entier). Le Cameroun n’en a pas. Mais tous les jours, on parle de numérisation, générer des revenus numériques, etc. Pourtant, sans ce code, il est impossible de le faire. En clair, quand nous utilisons un code ISRC, cet argent va dans une poche étrangère. Le Cameroun est réputé une terre où on trouve énormément de musiciens. La raison est que, la musique à cette époque, était enseignée dans les programmes scolaires. Mais la musique a été retirée des programmes scolaires. Pourtant, la plupart des grands instrumentistes qu’on a eu au Cameroun, sont presque tous passés par là. L’ensemble des résolutions et des propositions qui sortiront de ce dialogue seront portées au gouvernement. Puisque l’Etat ne peut pas fonctionner seul. Il a aussi besoin de l’expertise d’autres acteurs, pour mieux apprécier une question.

Comment le syndicat compte-t-il procéder quant au recensement des artistes ?
Ce que nous faisons, ce n’est pas de la blague. Ceci engage la vie d’un peuple. Et il faut un travail de fond. Au cours des mois de mai et juin, nous avons organisé des tournées dans les 10 régions du pays. Nous comptons recenser les professions oubliées, démonter à l’Etat que l’art contient beaucoup de professions inconnues. Pour cela, nous collaborons avec les délégations régionales de l’Art et de la culture des 10 régions, qui ont des fichiers d’artistes par région. En plus, nous avons nos équipes sur le terrain. 250 artistes sont attendus par région. Notre objectif est de mettre sur place au Cameroun, une véritable industrie musicale nationale dans ce pays.

Que dit l’Etat au sujet de votre ambition?
La réussite de ce projet passe par la participation de tous, y compris la société civile. Nous avons sensibilisé l’Etat, au travers de certaines de ses structures qui ont des missions bien précises. Les problèmes que nous soulevons ne sont pas que du ressort du ministère des Arts et de la Culture. Les ministères des Petites et moyennes entreprises, des Finances, des Affaires sociales, des Relations extérieures, de la Communication, de la Jeunesse et de l’éducation civique sont tous concernés. C’est une question transversale. Lors de nos échanges avec ces acteurs étatiques, elles ont reconnu que les structures qu’ils avaient mises sur pied ont quelques fois eu des défaillances, parce que chacun veut faire valoir son ego. Raison de plus pour qu’il nous accompagne. D’ailleurs, l’Etat n’a pas d’autre choix que de nous suivre, parce qu’il possède toutes nos œuvres. Si un artiste venait à mourir, sa progéniture héritera de son catalogue. Mais, 50 ans plus tard, ça rentre dans le patrimoine national du Cameroun.

La réaction des autres acteurs de la musique ?
Ils savent de quoi il s’agit, mais c’est le courage qui leur manque pour porter haut ce problème.
D’où vous viendront les moyens financiers pour accueillir toutes ces personnes ?
Le côté financier est négligeable face au problème que nous souhaitons résoudre. Ce qui est sûr, nous les organiserons.

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