Mardi, 12 Novembre 2019
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Kimaany: »J’ai la chance d’être un artiste engagé »

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Loin de la scène musicale depuis de nombreuses années, l’artiste musicien qui annonce la sortie de son 4e album donne les raisons de son silence et présente son nouveau projet artistique.

Par Claude S. Deutou (Stagiaire)

Qu’est ce qui justifie ces longues années de silence de Kimaany ?

Ce silence est dû à la préparation de mon 4album en Afrique du Sud. J’avais envie de toucher du doigt le style de Reggae que faisait mon père spirituel Lucky Dube, qui est différent de celui des Jamaïcains. Ça coûtait extrêmement cher. Quand j’avais un peu d’argent, je partais en studio travailler. Certains amis m’aidaient quelques fois financièrement. J’ai passé pratiquement six ans à faire treize titres et j’enregistrais au moins deux chansons par an.

Vous annoncez la sortie prochaine de votre 4e album. Pouvez-vous nous le présenter ?

L’album « Unity is urgent » comporte 13 titres. Dont un en hommage à Lucky Dube et les douze autres arborant nos problèmes sociaux. La chanson « Ne me dis pas » qui n’était pas du tout prévu dans cet album est la plénitude de notre société en ce moment. La rébellion des mototaxis, l’irresponsabilité des médecins, la dépigmentation de la peau, l’insalubrité. Des titres qui appellent à un éveil en Afrique. Les sonorités dans cet album je les souhaitais ainsi. C’est-à-dire un mélange de Reggae et de « Bakanga », musique traditionnelle Sud-africaine. Quand vous enregistrez un album en Afrique du Sud, vous êtes sûr que musicalement parlant ça sonne. Et en chantant en ma langue d’origine camerounaise parlée dans la région de l’Ouest, j’ai voulu faire comprendre à ceux qui m’écoutent qu’on peut  faire du Reggae en son dialecte. Pour ce qui est des featurings, j’en ai fait deux. Un premier avec Thuthu Kani Cele, chef d’orchestre de « Lucky Dube band ». Et le deuxième avec un des groupes mythiques de reggae « House of Riddim » qui a été enregistré au Cameroun, en Afrique du Sud et en Autriche où ils sont basés.

Quelle est la particularité de ce nouvel album qui signe votre come-back ?

La particularité de cet album est que je le considère comme mon premier car je l’ai écrit dans des conditions de rêve. Pendant 16 ans j’ai rêvé avoir un album de cette qualité. J’ai fait les meilleurs studios avec de grands ingénieurs de son et de grands musiciens. C’est l’album de rêve de « Kimaany ». Il n’y a rien qui fait plaisir que le résultat ce qui est difficile à produire. Je suis très content de ce délice et je souhaite que les camerounais se l’approprient.

Ne craignez-vous pas qu’après ce moment de retrait que le public ne se rappelle pas de vous ?

Le public ne peut pas m’oublier ! J’ai la chance d’être un artiste engagé. Je me rappelle de mon 3album pendant les émeutes en 2008, j’étais dans la rue pour faire la médiation entre le peuple et la police. Tout le monde se rapprochait de moi pour me demander d’agir par rapport à la situation. L’album déjà bouclé, je suis reparti en studio enregistré « Plus jamais le feu ». Donc nous chanteur de reggae avons de la chance d’aborder des sujets atemporels.

Le public vous a connu comme Gaël Kimaany, mais là vous revenez sur le devant de la scène avec le nom Kimaany. Pourquoi Kimaany sans Gaël à présent ?

À l’époque, tout le monde souhaitait avoir un nom « fashion ». J’étais jeune et aujourd’hui je regrette. « Gaël » n’est pas inscrit dans mon acte de naissance et ne fait pas partir de moi. Ce sont des folies de jeunesse. « Kimaany » est mon nom de famille et je remercie le Seigneur de me l’avoir donné.

Le reggae est votre rythme de prédilection visiblement. Qu’est-ce qui vous aura attiré vers celui-ci ?

J’ai grandi dans une famille où tout le monde écoutait de la musique et précisément du reggae. Un jour je découvre que je peux écrire et je m’y lance à l’âge de 10 ou 12 ans. Avec l’encouragement d’Aubin Sandjo, Gregory Alem et Frenky Mood à l’époque qui m’ont poussé à croire en moi. Le reggae est extraordinaire car c’est une musique de contestation, de lamentation et de peine. Il y a une chanson de cet album qui m’est venue après une mésaventure entre la frontière du Togo et du Ghana. C’est avec de chaudes larmes que je l’ai écrite. Le message que je veux passer à travers cet album n’aura jamais le même effet sur un autre rythme musical. Je m’inscris sur cette lignée d’artistes engagés et ceci jusqu’à la fin de ma vie. À un moment donné il faut penser à une carrière, donner le temps aux gens de consommer avant de revenir avec d’autres chansons.

Qu’en pensent vos proches ?

Mon papa jusqu’à sa mort était toujours en conflit avec moi. Ma maman par contre m’a donné sa bénédiction quand elle a compris que j’étais décidé à devenir chanteur. Jusqu’à ce jour, elle est toujours là à m’encourager. Du côté de mes frères, quand la maman a accepté, ils se sont alignés derrière elle. N’empêche qu’ils soient toujours partagés. Et je ne veux pas détester mon frère par ce qu’il n’aime pas ce que je fais.

À quel moment avez-vous mis fin à vos études ?

Au moment où j’ai échoué à l’examen de Brevet d’étude du premier cycle (Bepc). J’ai dit à mes parents que je ne voulais plus retourner à l’école. Seulement, une voix en moi me demandait de m’accrocher à la langue anglaise que j’adorais. Alors je me rapprochais de ceux qui la maîtrisaient dans mon quartier, et faisais mes propres recherches. Aujourd’hui, je peux aller partout dans le monde sans qu’il y ait un problème de communication. C’est aussi la première langue que j’utilise dans mes chansons.

Quelle appréciation faites-vous de la musique camerounaise ?

Je suis particulièrement déçu des messages véhiculés par les jeunes musiciens. Très talentueux qu’ils soient, ils devraient utiliser leur talent quelques fois au service du pays. Si chacun pouvait consacrer au moins une chanson de son album à la conscientisation du peuple camerounais, les choses évolueront. Au lieu de toujours faire de la musique d’ambiance. Pour finir ceux qui aiment les musiques d’écoute ne se retrouveront plus.

Dans l’une de vos chansons extraite d’un précédent album, vous décrivez les mauvaises routes du pays. Sauf que les choses n’ont pas beaucoup changé…

Il y a un dicton qui dit « l’espoir fait vivre ». Je rappelle à mes confrères que personne ne viendra nettoyer nos routes à nos places. Il revient aux Camerounais de s’approprier leur pays et d’avancer. Je reste convaincu qu’un beau jour on dira aux gens que le pays était dans cet état mais personne n’y croira. Je ne permettrai pas que mes enfants subissent aussi la galère que j’ai endurée. La volonté peut nous amener à faire beaucoup de choses. Rien que pour ça, je vais continuer mon combat.

Photo : Kimaany 

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