Lundi, 18 Juin 2018
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Hôpital Général de Yaoundé:une journée au service d’hémodialyse

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service d’hémodialyse

Répartis en trois groupes, les malades d’insuffisance rénale passent une séance de quatre heures par jour.

Par Paulette Ndong

Ce vendredi 28 juillet, pas facile de se rendre à l’Hôpital Général de Yaoundé au quartier Ngousso. En ce début de week-end, les différents axes qui mènent à cet hôpital sont embouteillés. Difficile de trouver un taxi qui décide de braver ces bouchons causés notamment par la grande fréquentation de cette institution sanitaire
en ce jour de mises en bière. Lorsqu’on réussit à en trouver un, on peut pousser un ouf de soulagement. Mais la délivrance se trouve au bout de longues minutes d’interminables embouteillages.

Il est neuf heures lorsque le chauffeur se gare devant la façade principale de l’Hôpital Général de Yaoundé. A l’entrée principale, le vigile, généralement très curieux, laisse les usagers se mouvoir sans poser de questions. Dans la grande cour de cet établissement de 1ère catégorie, tout le monde va au pas de course. Pour accéder aux différents services de l’établissement hospitalier dirigé par le Pr Ndam Njitoyap, on passe par le service des urgences. Ce matin, l’accueil grouille de monde. Sur les visages, l’impatience et la fatigue se dessinent au fur et à mesure que les
minutes s’égrainent.

La blouse blanche chargée de l’accueil est submergée. Il faut donc être un fin stratège pour lui soutirer un renseignement. Après avoir prononcé quelques formules de politesse, l’on apprend alors que le service d’hémodialyse se trouve au sous-sol. « Il faut longer jusqu’au bout du couloir et emprunter l’escalier », indique la dame.
De part et d’autre de l’allée, l’on retrouve les bureaux du personnel et des salles d’hospitalisation.

Au passage, personnel médical et garde-malades s’entretiennent. Après avoir parcouru une centaine de mètres, on arrive enfin au bout du couloir. Là, il est inscrit : « Hospitalisation Med. Nucléaire ». Une vingtaine de marches séparent le service
d’hémodialyse des autres spécialités. Presque cinq minutes de marche, on aperçoit la plaque qui indique « Dialyse rénale, radiothérapie ». L’allée qui mène à ce ser-
vice est peu éclairée.

Hémodialyse

Dans la salle d’attente, une vingtaine de malades attendent leur seconde séance de dialyse. Ici, on ne peut pas décrire un malade sans utiliser le verbe « gonfler ». Les sujets ont les pieds, ainsi que le ventre, gonflés. Ils trainent cette lourde charge dans les différentes salles d’hospitalisation dans l’espoir d’être vite appelés.

Difficile d’attendre son tour debout. Certains s’allongent, tandis que d’autres s’asseyent. « Je me sens très fatigué. Je ne peux pas tenir longtemps débout », murmure un patient souffrant d’insuffisance rénale. Atteint depuis l’âge de quatorze ans, il est sur les lieux depuis huit heures. La cause, dit-il, est un excès de décoctions.

« Je prenais mon remède contre le paludisme sans posologie », déplore le trentenaire. Les origines de la maladie sont diverses. Chacun a une histoire triste à raconter en attendant l’heure de la dialyse. A en croire des malades, les premières séances ont débuté autour de quatre heures du matin.

« Je fais partie du premier groupe. Je suis là depuis sept heures », confie une étudiante. Pour une prise en charge rapide et contrôlée, les patients sont repartis en trois groupes. Les effectifs varient selon la disponibilité des générateurs. L’accès à ce service est interdit aux visiteurs et aux garde-malades. « Madame, retournez dans la salle d’attente. Seul le personnel soignant a accès aux chambres », gronde un infirmier, ajustant son masque.

« Si le chef vous trouve en train de sillonner le couloir, il ne va pas du tout apprécier », avertit-il. La ruse et l’observation sont donc les
meilleures armes pour avoir l’information. On peut ainsi voir des générateurs en marche. Neuf au total sont fonctionnels. A côté de ces derniers, sont allongés les premiers venus et ceux admis aux urgences.

L’avant-bras est la partie du corps rattachée à la machine. C’est à partir de ce membre que la dialyse s’opère. A travers des tuyaux, les déchets sont évacués hors de l’organisme. Ils deviennent liquides et sont déversés dans une fosse placée en dessous de ce service. Le sang est ainsi purifié et renvoyé dans le corps.

De manière scientifique, les spécialistes parlent d’un procédé thérapeutique temporaire ou définitif qui permet au patient d’éliminer les toxines et l’eau contenues en trop grande quantité dans son sang, lorsque ses reins ne sont plus capables d’assurer leur fonction de maintien de l’organisme dans un équilibre en eau, en sodium, en potassium et en
calcium.

Kit d’hémodialyse

Durant ce procédé, la forme n’est pas au beau fixe. Les dialysés présentent des signes de fatigue. Pour ne pas entrer en hypoglycémie, les sujets doivent manger et surtout consommer des boissons sucrées. « Le jus de grenade aide à maintenir le taux de
sucre demandé pour la séance », confie une patiente. Mais, il peut arriver que ce taux chute. C’est l’un des instants redoutés par tous les sujets. « Deux options se présentent à moi : soit j’entre dans le coma, soit je meurs. Seulement 1500 kits sont arrivés lundi 24 juillet. Ils vont couvrir cinq semaines », s’attriste Antoine Boyomo, le
visage pâle.

Mort

« Ayant un taux de sucre bas, mon père est entré dans le coma lundi 24 juillet. Il n’a feait que trois heures de dialyse au lieu de quatre », déclare Louis Kamga. « Depuis ce jour, il a une anémie sévère, il ne fait plus les selles et il n’urine non plus », poursuit-il avec amertume.

« Il étouffe. Ma mère est allée chercher deux poches de sang. Il faut qu’il soit transfusé avant d’être dialysé », relate le jeune homme. Nous apprendrons que Monsieur Kamga est décédé dimanche dernier (le 30 juillet, ndlr). Joint au téléphone, Louis K. nous révèle que la maladie de son père les a ruinés, au point où ils n’ont pas d’argent pour payer les frais de la morgue. «Je suis en train de chercher de l’argent pour amener la dépouille au village ce soir », ajoute-t-il.

L’argent est le véritable nerf de la guerre dans la prise en charge des sujets. En dehors des kits (consommables utilisés pour la dialyse) qui coûtent 5000 Fcfa, les sujets doi-
vent débourser par mois au moins 25000 Fcfa pour une poche de sang et des examens.

Insuffisance rénale au Cameroun

A en croire des malades, ils sont entre la vie et la mort tous les jours. « Est-ce qu’une
personne bien portante ne fait plus des selles, ni d’urines », se demande Antoine B. Pour les femmes, il est difficile de donner la vie. « Si je conçois et que je désire mener ma grossesse à terme, je devrais être hospitalisée jusqu’au jour de l’accouchement », explique Anne Ngo Ma’a. Faisant partie du premier groupe, elle est appelée autour de 17 heures.

Avant l’entrée en salle, elle prend son poids et annonce au major qu’elle est à 50Kg. « Il faut retirer les quatre kilogrammes de plus », rappelle-t-elle. La jeune femme va se
diriger vers son lit sous le regard envieux des autres malades. La prochaine séance étant prévue mardi.

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