Jeudi, 17 Octobre 2019
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Joseph Dion Ngute:Colombe dans un nid de faucons

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Désigné pour présider le « grand dialogue national » et récusé par le SDF et les groupuscules séparatistes, le Premier ministre a rendez-vous avec l’Histoire.

Par Jean De Dieu Bidias

Dès le lendemain de l’annonce par le président de la République de l’ouverture d’un « grand dialogue national » au Cameroun à la fin du mois de septembre en  cours, le Premier ministre (Pm), Joseph Dion Ngute, a engagé des consultations préparatoires à ce rendez-vous. Le ballet de personnalités politiques, de la société civile et du pouvoir traditionnel qui s’était ouvert à l’immeuble Etoile, le 11 septembre dernier, avec une réunion entre le Pm et les membres du gouvernement originaires comme lui de la partie anglophone du Cameroun, se poursuit. Au terme d’un long échange avec le président de l’Assemblée nationale (Pan), lundi dernier, Joseph Dion Ngute a exprimé à la presse, sa joie de discuter avec Cavaye Yeguié Djibril qui, selon lui, a une longue expérience dans la modération des « grands débats ». C’est dire que les audiences du chef du gouvernement, dont un planning non officiel prévoit qu’il rencontrera également les chefs de missions diplomatiques accréditées à Yaoundé, ne visent pas uniquement à recueillir des propositions sur le dialogue annoncé, mais elles constituent aussi pour lui, autant d’occasions pour affûter ses armes en tant que médiateur officiel de l’Etat dans le cadre de ce dialogue.

En effet, comme dans un concert de musique classique, il est attendu de Joseph Dion Ngute qu’il en soit le seul et unique maître de chapelle. Comme l’avait été feu Sadou Hayatou, lors de la Tripartite d’octobre et novembre 1991. Seulement, aura-t-il la maestria et le charisme du prince de Garoua qui, avant de devenir Premier ministre et d’être désigné par Paul Biya pour diriger ces travaux, avait déjà séjourné plusieurs fois au gouvernement comme ministre titulaire ? Est-il politiquement aguerri, étant donné que le champ du grand dialogue va bien au-delà de la crise anglophone, et intervient à un moment où le procès en incompétence du régime Biya fait rage notamment, sur les réseaux sociaux ?

Pour l’histoire, Sadou Hayatou a tour à tour, été ministre de l’Agriculture (1983-1985), ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire (1985-1987), et ministre des Finances (1987-1990). Pour sa part, Joseph Dion Ngute, bien que crédité d’une riche carrière administrative et politique, n’a joué que les seconds couteaux, avant d’être propulsé au poste de Pm : directeur général adjoint (Dga) puis de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam), ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures, chargé du Commonwealth, ministre chargé de missions à la présidence de la République (sans portefeuille).

Fusible

Il est vrai, lorsqu’il arrive à la Primature le 04 janvier 2019 à la surprise générale, beaucoup avaient parié qu’il aurait de la peine à manager une équipe gouvernementale au sein de laquelle continuaient de séjourner des caïds et dauphins putatifs de la trempe de Laurent Esso ou encore René Emmanuel Sadi. Neuf mois plus tard, l’on se rend à l’évidence qu’aucune véritable fausse note n’a été enregistrée sur le plan de la coordination de l’action gouvernementale.

Récusé par le Social Democratic Front (SDF) et la plupart des groupuscules séparatistes anglophones qui veulent d’un médiateur neutre, Joseph Dion Ngute tente de tirer parti des consultations en cours pour séduire, tout en passant outre les soupçons de partialité qui pèsent sur lui. Un membre du sérail est cependant d’avis qu’il est « politiquement immature », et qu’il est important de le « coacher » dans la lourde tâche qui l’attend. « Malgré son extraction sociologique et son identité culturelle anglophone, la récusation de Joseph Dion Ngute par la société civile, le SDF et notamment par certains courants du mouvement sécessionniste invités au dialogue, procède théoriquement d’une suspicion légitime de partialité interjetant un membre de l’appareil politico-administratif en conflit avec une partie adverse. Ce positionnement idéologique aurait pour postulat que la loyauté au régime qui l’emploie et son militantisme au parti au pouvoir, seraient des biais axiologiques à sa neutralité par-delà la crainte sur ses moyens récursoires et sa capacité de contrainte ou de pression du gouvernement à observer fidèlement les accords et résolutions issus du dialogue », analyse le politologue Siméon Roland Ekodo Mveng.

Pour sa part, le politologue Aristide Michel Menguele estime que « le Premier ministre a le profil et la légitimité nécessaires pour conduire cette concertation […]. Ce choix contribue à consolider le pouvoir du Pm ès qualité. Stratégiquement, ce choix peut s’expliquer notamment à l’aune du recours à un fusible de luxe… ». Fusible, le mot est lâché. Joseph Dion Ngute est donc prévenu. Il a pour lui, d’être un chef traditionnel. Et donc, un sage.

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