Vendredi, 5 Juin 2020
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Joseph Antoine Bell: « Samuel Eto’o réalisera certainement un jour ce qu’il a fait »

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L’ancien international footballeur camerounais, gardien de but, revient sur ses rapports avec l’ancien capitaine des Lions indomptables, donne son avis sur la gestion de la Caf par l’actuel exécutif un an avant la fin de son mandat et évoque la gestion de la concurrence avec son coéquipier Thomas Nkono à l’équipe nationale à l’époque.
Par Claude Olivier Banaken

Comment et où vivez-vous votre confinement lié au COVID-19 ?
Je suis à Douala au Cameroun et je vis mon confinement chez moi avec les membres de ma famille.

Le Burundi fait partie des pays dont les activités sportives se poursuivent toujours, malgré que la pandémie ait déjà envahi pratiquement tous les pays africains. Est-il prudent de le faire ?
Je pense qu’il ne faut pas se singulariser juste pour le besoin d’être différent. La maladie qui atteint l’Europe est arrivée chez nous et de manière décalée c’est logique qu’en Afrique on ait aussi arrêté de jouer après les autres. Un adage camerounais dit « quand on est dans la forêt, on ne fuit pas parce qu’on a vue des arbres bouger, on attend d’avoir vue l’éléphant ». Le Burundi avait donc parfaitement le droit de continuer son championnat dans la mesure où il n’était pas atteint. Il savait qu’il pouvait être atteint et qu’il fallait s’arrêter à temps.

Vous avez été plusieurs fois été candidat malheureux à la présidence de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), une bataille à laquelle vous n’aviez jamais renoncé…
Il faut savoir que lorsque vous êtes une personnalité, les gens écoutent ce qui se dit sur vous. Moi je me rappelle qu’à 23 ans, on m’appelait Vétéran parce que j’avais commencé à jouer en première division à 16 ans. Donc, j’ai été candidat à la Fecafoot seulement deux fois, notamment en 1996, puis en 2019. Mais l’élection de 2019 ayant trainée depuis 2013, on aurait pu penser que j’ai été candidat plus de fois. Il ne faut donc pas penser que j’ai toujours été ou voulu être candidat. Toutefois, il faut savoir que même en sachant que je vais perdre, j’aurai tout de même été candidat parce que le football camerounais se porte mal depuis l’époque où je jouais et je le critiquais déjà en étant joueur. S’il n’y a pas de candidature de qualité, les gens croiront qu’on n’avait pas de choix. Or, c’est la candidature de qualité qui montre le déphasage entre ce que disent les gens et ce qu’ils pensent profondément entre eux. Ce qu’on constate souvent, à peine l’élection terminée, les mêmes votants recommencent à se plaindre de ce que leur football ne marche pas. De 1996 à 2020 on a toujours les mêmes les critiques. Donc ceux qui sont responsables de voter pensent avant tout à leurs ventres et après leurs têtes se plaindront de ce qui n’allait pas déjà avant l’élection. Il est temps que l’africain se rende compte que la démocratie est le moment pour lui d’engager quelqu’un qui va être à son service. S’il le recrute dans de mauvaises conditions, qu’il s’attende à de mauvais résultats.

Plusieurs fois vous avez eu des accrochages avec Samuel Eto’o sur pas mal de sujets. Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez de bons rapports avec lui ?
Un père peut toujours être fâché contre son fils, mais ne pas ressentir de la haine envers lui. Si je suis en bonne santé aujourd’hui, c’est parce que je m’efforce à ne pas avoir d’ennemi. Des gens peuvent me considérer comme leur ennemi mais moi non. Je ne dors pas et je ne vis pas en pensant du mal des autres. Avec Samuel Eto’o, ça s’est passé comme ça s’est passé. Il réalisera certainement un jour ce qu’il a fait. Si c’est bien qu’il continue sur cette voie et si ce n’est pas bien, il saura quoi faire.

A un an de la fin du mandat de l’actuel exécutif de la Confédération africaine de football (Caf), est êtes-vous satisfait de la touche d’Ahmad Ahmad comme vous l’étiez lors de sa prise de fonction il y a quatre ans ?
Il faut souligner que les hommes ne sont pas toujours préparés pour le changement. Les gens aspirent au changement en pensant que les choses resteront les mêmes et c’est peut-être pour ça que je ne suis pas élu à la tête de la Fecafoot. Parce que la rigueur qui doit aller avec le changement n’est pas quelque chose que les gens envisagent. Aujourd’hui, les changements ne se font plus avec dictature. Il faut un certain temps pour que les gens adhèrent. A la Caf quand je critiquais, je disais qu’il ne sert à rien de voter pour quelqu’un si c’est pour laisser qu’un seul cerveau travaille à la place d’une cinquantaine. Tout le monde attend que le président agisse seul. Beaucoup de gens au sein de la Caf veulent encore bénéficier de ce qu’il se passait à l’époque où Issa Hayatou dirigeait et ils étaient des spectateurs. C’est pour dire qu’aujourd’hui, il faut un petit temps pour que la politique Ahmad Ahmad se mette en place, sans oublier qu’il n’y a pas de conduite parfaite.

Quelles sont les raisons de votre absence au mondial de 1990 ?
C’est une longue histoire que je raconte entièrement dans mon livre « vue de ma cage », publié en 2011. Mais, ce qu’il faut retenir c’est qu’en cette période il n’y avait pas de démocratie et personne n’a jamais dit non en Afrique en général en dehors de Sékou Touré. Il se trouve que cette année-là, les dirigeants sont venus comme d’habitude avec leurs idées sur la prime qu’ils devaient nous donner. Mais, nous on avait une autre idée simplement parce que j’avais considéré que l’équipe n’aurait jamais réussi une performance considérable en Coupe du monde, puisque notre préparation n’était pas bonne. J’avais fait comprendre à mes coéquipiers que la prime ne détermine pas le niveau de jeu mais l’entrainement. J’ai donc proposé à mes partenaires de réorganiser l’équipe mais en contrepartie, ils auraient la prime de leur souhait. Au cours de la réunion avec les dirigeants, nous avons donc proposé un montant de prime qui venait d’eux-mêmes mais que j’étais chargé de défendre devant les dirigeants. Pour avoir mené cette révolution-là, on a dû couper ma tête de l’équipe.

Le gardien de but est-il un footballeur à part ?
Ceux qui ont inventé le football ne s’y sont pas trompés. Le premier numéro qui existe en football c’est le 1. C’est en réalité le joueur sans lequel on ne peut pas faire d’équipe et voilà pourquoi les règlements eux-mêmes sont établis de telle sorte que lorsque le gardien d’une équipe se blesse lors d’un match, le règlement demande qu’il y ait quelqu’un dans les buts pour qu’on joue. C’est le seul poste qui ne peut pas être absent. Donc, le gardien est un type à part, il doit être responsable. C’est chez lui qu’on perd les matches. C’est le seul qui, le soir, n’est pas content d’avoir encaissé malgré la victoire. J’ai contribué en 1993 à faire du gardien un joueur à part entière avec l’instauration de la Tasque force, qui a changé les règles et intègre le gardien au jeu tel que ça se pratique aujourd’hui avec des gardiens qui jouent aussi bien des mains que des pieds.

Comment se gérait la concurrence entre vous et Thomas Nkono à l’équipe nationale ?
La concurrence n’est facile à gérer que lorsque vous avez un encadrement compétant. Ça n’a pas toujours été forcément bien géré. On peut être en concurrence permanente. A un moment donné, l’encadrement doit choisir son numéro 1. Ce qu’il s’est passé à un moment à l’époque de notre concurrence est qu’elle était si vive et excellente qu’en réalité si vous choisissez l’un ou l’autre, vous ne vous trompiez pas beaucoup. Tous les entraîneurs déclaraient avoir deux grands gardiens et avaient du mal à effectuer un choix. Malheureusement, de nous deux, j’avais beaucoup de personnalité et je n’étais pas de la capitale politique et, ce sont ces choses je pense, qui ont souvent prévalues. Mais, j’estime que les encadreurs n’ont pas assez pris leur responsabilité en étant pas souvent très clairs sur leurs décisions, qui n’étaient pas dans l’esprit du jeu. Donc, n’allez pas dire que Bell et Nkono ont refusé d’être chacun remplaçant. Au mondial de 1994, Nkono était remplaçant. Jusqu’à ce que je décide de ne plus jouer en 1990, il était parti aussi pour être remplaçant puisque l’entraîneur lui avait demandé avant de donner sa liste finale. C’est pour ça qu’il avait le dossard 16. Mais il y a eu des manigances pour m’évincer qui ont marchées. Donc, le gros problème est que les encadreurs doivent souvent prendre leurs responsabilités et désigner leur numéro 1.

Comment le Cameroun fait-il pour être la terre des gardiens de buts ?
D’un côté on dit qu’il faut prêcher par le bon exemple et de l’autre, on dit qu’apprendre en ayant un exemple est toujours plus facile. Nkono et moi sommes certes nés bons gardiens de buts, mais la chance que nous avons eu c’est d’avoir rencontré un jour en 1974, au sein de la sélection nationale du Cameroun, Vladimir Dearra, qui a été un grand gardien de but de ce qu’on appelait la Yougoslavie. Il nous a beaucoup apporté et c’est grâce à lui que nous avons développé cette qualité de présence dans la surface de réparation, la technique d’un gardien de but, l’entraînement spécifique d’un gardien de but. Après, on en a eu un autre, Ridanović, qui nous a apporté un état d’esprit. C’est ce que nous essayons de transmettre à la jeune génération qui à son tour devra continuer le travail. On ne devient pas bon gardien du jour au lendemain. Mais on commence à jouer jeune, on rencontre quelqu’un qui nous donne des bases et après c’est le travail qui permet de s’améliorer tous les jours.

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