Samedi, 28 Novembre 2020
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Jean Simon Ongola Omgba: « Les enfants de Kumba ne peuvent pas être morts pour rien »

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L’ancien député Rdpc suggère l’instauration de l’Etat d’urgence dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest et encourage le gouvernement à agir avec la plus grande fermeté contre les groupes séparatistes.  

Par Jean De Dieu Bidias

Quel commentaire vous suggère le carnage du 24 octobre dernier à Kumba, dans le Sud-Ouest ?  

Je voudrais tout d’abord saluer et féliciter le gouvernement qui, sous la très haute instruction du président de la République, a de manière prompte réagi dès l’annonce du terrible carnage de kumba. Ça c’est ce qu’il faut bien appeler une barbarie innommable. Le président de la République a estimé de manière opportune qu’il fallait décréter un deuil national pour la journée du 31 octobre 2020. Tout ce qui montre des préoccupations au plus haut niveau de l’Etat, de la tournure que semblent prendre les événements dans la zone anglophone. Il faudrait également dire que ces événements ne sont pas nouveaux, ce qui nous choque c’est parce que des enfants ont été massacrés à l’école ; depuis quelques temps, nous avons eu des scènes horribles dans cette région. Il ne s’agit plus de revendications politiques, mais d’une criminalité. Il s’agit de crimes de sang odieux organisés, qui n’ont rien à voir avec ce que l’on peut appeler raisonnablement des revendications politiques, parce que les victimes c’est surtout des enfants. Sur ce point, je dirais que le deuil national devait être observé. Je pense que ceux qui en doutaient encore peuvent se rendre désormais à l’évidence qu’il s’agit ici de véritables actes de terrorisme. Et je pense que là-dessus, le gouvernement doit pouvoir agir avec la plus grande fermeté.

Le président de la République ne devrait-il pas songer à se rendre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest en ce moment de grande tristesse ?

Je voudrais relativiser. Pour tous ceux qui estiment que le président doit aller au Nord et au Sud-Ouest, je pense que c’est une option, mais cette option-là ne donne aucune garantie pour la résolution de la crise. Je pense que ce qui a déjà été fait est marqué par des actes suffisamment forts. Ce n’est pas tous les jours qu’on a vu un deuil national dans ce pays. Ce qui est surtout important à retenir, c’est que ce qui s’est passé à Kumba est vraiment la goutte d’eau qui fait déborder le vase. J’ajouterai que c’est un crime de trop. En fin de semaine dernière encore, il y a eu un crime à Bamenda, un inspecteur pédagogique d’économie qui a été tué chez lui. Tous ces drames résument le désespoir. Il y a eu un certain nombre de crimes odieux dans le NoSo ; nous en avons parlé, mais ils n’ont pas eu le même écho. Cette fois-ci, après le deuil national, je pense que nous devons aller au-delà de la dénonciation, poser des actes qui sont forts. Tout le monde sait aujourd’hui que les sources de financement de ce terrorisme c’est des activistes qui résident à l’étranger, qui sont même pour certains citoyens de pays où ils sont basés.

Sauf qu’il sera très difficile de qualifier ces faits…

C’est vrai, il faudra apporter un certain nombre de preuves. C’est une chaîne qui est assez difficile à construire, mais je pense qu’en même temps, le moment est venu qu’ensemble, en plus du gouvernement, les associations de la société civile, les associations des parents des victimes attaquent devant les juridictions de ces pays étrangers, tous ceux qui sont impliqués dans le financement du terrorisme au Cameroun. Ils sont tous connus ! Je pense qu’il est un peu difficile d’apporter des preuves, mais il est tout à fait possible d’établir leur responsabilité dans le financement. Je voudrais vous dire que nous avons eu encore la vidéo de cette réunion de Munich, où on voit clairement un ressortissant camerounais dire qu’il faut faire la guerre contre l’Etat ; il dit même qu’il faut lever des fonds pour l’achat des armes ! Toutes ces personnes qui sont dans l’apologie du terrorisme et du crime doivent être identifiées et poursuivies en justice.

La deuxième mesure, étant donné que nos amis, à l’instar des Etats-Unis, de la Norvège, entre autres, sont relativement plus informés par les Ambazoniens que nos sources à nous, c’est que nous lancions une véritable campagne d’explication, pas seulement auprès des politiques de ces pays, mais également auprès de leur opinion, dans la presse. Je pense que le sang des enfants tués dans des conditions cruelles à Kumba ne doit pas être versé pour rien. C’est pour nous l’occasion de montrer à la communauté internationale ce qui se passe dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Donc, il faut tout une campagne de communication, de propagande et d’information de nos pays amis qui accueillent ces personnes.

Est-ce que pour vous le chef de l’Etat devrait penser à décréter l’Etat d’urgence dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ?

Je pense que le moment est venu de décréter l’Etat d’urgence dans cette partie du pays. Celui-ci pourrait être suivi éventuellement, dans le cadre de l’Etat unitaire, d’une véritable réforme institutionnelle. Je crois qu’on ne peut plus s’en départir. Si nous voulons que la confiance revienne, nous devons agir dans ce sens.

Vous pensez également à la convocation d’un nouveau dialogue qui serait plus inclusif cette fois ? 

L’organisation d’un nouveau dialogue est une option, même si je pense que le premier a été boycotté. Mais pour que la confiance revienne, pour que les parents puissent à nouveau envoyer leurs enfants à l’école sans être inquiets, je pense qu’il n’est pas trop tard pour instaurer l’Etat d’urgence. Mais en même temps, il faudra envisager des réformes institutionnelles dans le cadre de l’Etat unitaire. Pour revenir au dialogue, je pense que le gouvernement ne l’a jamais rompu. Beaucoup d’acteurs ont continué à être actifs dans l’ombre. Mais je pense qu’il est possible de mettre en place divers niveaux de dialogues. Je partage la position du gouvernement qui dit qu’on ne dialogue pas avec les terroristes. J’ai encore entendu la semaine dernière le ministre français des Affaires étrangères à Bamako, rappeler haut et fort qu’il n’était pas possible de dialoguer avec des terroristes. Mais je pense qu’il ne faut pas rester carré. A Doha au Qatar en ce moment, les Américains négocient avec les Talibans d’Afghanistan qui sont des terroristes ! Je pense qu’il ne faut pas être manichéen. Cette vision manichéenne qui voudrait qu’on ne dialogue pas avec des terroristes, nous devons nous en départir. Pour des besoins de paix, nous pouvons bien discuter avec certains groupes dans l’ombre.

Il y en a qui proposent, entre autres concessions que le gouvernement pourrait encore être amené à faire, la libération des prisonniers…

Le problème c’est qu’il y a autant d’options que de groupes armés ! J’ai lu un Tweet dans lequel un leader accuse clairement un autre d’être à l’origine du massacre de Kumba. Ça veut dire que mouvement n’est pas uni. Libérer les prisonniers ici n’est pas une garantie du succès de ce dialogue-là. Mais je pense que les services de sécurité ont entre leurs mains un certain nombre d’informations qui peuvent leur permettre d’apprécier si oui ou non il faut libérer tel ou tel prisonnier. Il faut être prudent dans cette affaire parce que, libérer des prisonniers sans tenir compte de ce qu’il y en a parmi eux qui ont commis des crimes de sang peut déclencher sur le terrain d’autres formes d’hostilités. C’est pour cela que je dis qu’il faut bâtir pas un dialogue, mais plusieurs niveaux de dialogues.

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