Vendredi, 26 Avril 2019
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Jean-Pierre Saah:Vie et mort d’un géant de la production musicale

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Celui qui a produit de nombreux artistes d’ici et d’ailleurs a été tué à son domicile à Bonabéri dimanche dernier.

Par Marthe Ndiang avec Tatiana Ngnombouowo

A l’annonce du décès de Jean Pierre Saah (Jps) lundi 1eravril, beaucoup de personnes croient à  un poisson d’avril. Que non ! Rendu à son domicile au lieu-dit « Texaco Fokou » à Bonaberi,  la foule en larmes trouvée à l’entrée de sa maison  témoigne de la véracité des faits. Jean-Pierre Saah n’est plus. Le drame est survenu dimanche 31 mars dernier, aux environs de 22h, alors que le producteur de musique venait de regagner son domicile, apprend-on de sources familiales. A en croire sa belle-mère, présente lors du crime, c’est quelques minutes après qu’il soit entré chez lui, qu’un gang de malfaiteurs  a fait irruption. « Ils l’ont d’abord assommé avec un gourdin. Ensuite, ils lui ont ligoté  les pieds et les mains avec des lacets, avant de l’étrangler», relate en larmes Odette Nantchouang, la belle-mère de Jps. « Nous l’avons retrouvé mort et couché sur le ventre, les mains et pieds liés à l’aide des lacets de chaussure. Il était couché à l’entrée de l’une de ses salles de séjour», ajoute un policier.

C’est avec un tissu pagne déchiré sur un vêtement de sa femme que les assaillants parviennent à leur fin apprend-on.  Alerté,  les éléments des commissariats de police du 19e, du 5e, les Equipes spéciales d’intervention rapide (Esir), la police judicaire (PJ) et le procureur sont descendus sur le lieu du drame.  Le corps sans vie de Jps (comme on l’appelait communément) a été déposé à la morgue de la garnison militaire de Bonanjo.Selon des sources policières, il s’agit d’un crime prémédité. « Apparemment, les sept malfrats venaient uniquement pour le tuer parce qu’ils n’ont pas volé grand-chose», révèle la source. Ces derniers ont emporté  des téléphones portables, des vêtements et des bijoux. Des objets qu’ils ont collectés auprès de la belle mère et de son petit-fils retenus et séquestrés à l’étage. Avant de mourir, le sexagénaire aurait livré une bagarre contre ses agresseurs. « Les traces de sangs visibles à l’entrée de la salle de séjour montrent qu’une bagarre s’est déclenchée avant que mort s’en suive », révèle une source policière. Pour l’heure le premier suspect serait le gardien qui reste introuvable. Reste que ce n’est pas la première fois que des bandits réussissent à s’introduire chez Jps.

Onde de choc

«  Il y a souvent eu  des cas de vols et braquages à mains armées ici. Mais les voleurs réclament  souvent de l’argent et s’en vont », informe Marcel Jamein , beau-frère du défunt. Une infraction de plus qui a coûté la vie à ce père de famille qui laisse une veuve (actuellement à l’étranger pour des raisons familiales) et cinq enfants. Pour sa famille artistique, c’est un véritable choc. Beaucoup n’en reviennent pas encore. Les circonstances dramatiques de son décès en ajoutent une couche. Joint au téléphone, Ledoux Marcellin, en perd son latin. « Les mots me manquent pour m’exprimer sur ce coup dur. Un coup dur non seulement pour la communauté artistique, mais aussi pour la Sonacam », se désole celui qui est membre du Conseil d’administration de la Sonacam, au même titre que Jps. « On est encore sous le choc », ajoute l’artiste musicien. Même son de cloche du côté d’Henri Njoh. « C’est un choc. Je n’ai même pas de mots. C’est vraiment une grande perte ». D’après ce dernier dont il a produit deux albums « Tip top » et « Kamer all stars », c’est une  grande perte. « Il représentait beaucoup pour la musique camerounaise, la culture en général. C’était un grand homme. Il a beaucoup œuvré pour la musique camerounaise et africaine », reconnaît l’artiste musicien. L’auteur de « Onguélé » poursuit, « hormis cela, c’est quelqu’un qui était généreux, qui nous encadrait comme il pouvait et on avait gardé de très bonnes relations même comme on ne continuait plus à travailler ensemble ».

Horrifiée à l’annonce de cette triste nouvelle et sans doute des circonstances aussi, Lady Ponce laisse exploser son chagrin sur sa page Facebook. Dans son texte en hommage au défunt, elle décrit « un homme au grand cœur, un cœur en or ». Pour la chanteuse, Jps était un « homme discret, malgré toutes les bonnes actions accomplies chez les artistes d’Afrique et d’ailleurs, tu as toujours voulu garder l’anonymat, la discrétion absolue. Car pour toi, la production n’était pas une façon de te donner une visibilité aux yeux du monde, mais une façon de rendre à la musique en particulier et à la culture africaine et du monde l’amour que tu lui portais en général ». Trois de ses albums ont été produits par le Label Jps Production. A savoir : « Confession », « Bombe atomique », « La loi du Talion ». Un Label qui a également produit des grosses pointures de la musique d’ici et d’ailleurs

Producteur

En effet, Jean Pierre Saah a fortement marqué la culture camerounaise et africaine entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Avec sa maison JPS Production, il a produit plusieurs des grands artistes camerounais et africains de l’époque et de l’heure. Notamment  les Congolais Werrason, Nyoka Longo (Zaïko Langa Langa), Félix Wazekwa ou encore Madilu System (ex-OK Jazz de Franco Luambo Makiadi),  Koffi Olomidé, le groupe ivoirien Espoir 2000, Petit-Pays, Lady Ponce… Des artistes qui, au-delà de produire les œuvres, a assuré leur succès. Mais depuis une décennie, le nom du producteur a disparu des hits. Son nom apparaissait plus dans les colonnes des faits divers. Le producteur suscitait des rumeurs aussi folles les unes que les autres. Le mania de la production camerounaise à qui certains attribuaient des connections avec des réseaux d’arnaque a plus d’une fois été annoncé aux arrêts dans des pays étrangers.

A plusieurs reprises, la rumeur l’a enfermé et démembré. Beaucoup se souviennent encore de cette rumeur insolite qui avait secoué plus d’un. Celle-ci faisait état de ce que les yeux de l’homme d’affaires avaient été crevés sur décision de justice au Moyen-Orient pour « Feymania » (arnaque, Ndlr), conformément à la loi de la « Charia » appliquée dans les Etats islamiques du Moyen-Orient. Une nouvelle qui va se révéler fausse, et dont votre journal se chargera d’ailleurs d’apporter la preuve du contraire à cette époque. Nous sommes en octobre 2015. Au mois de février de l’année dernière, une autre rumeur  embrase la toile. Cette fois-là, ce sont des internautes qui ont fait circuler une vidéo faisant croire que le promoteur culturel était aux arrêts aux Philippines pour « Feymania » une fois de plus, et que l’information était relayée sur l’une des chaines de télévision de ce pays Une autre rumeur qui va s’avérer fausse. Des rumeurs et fausses informations qui vont entourer de mystère, la vie de ce baobab de la production musicale jusqu’à sa mort, quelques jours après son arrivée au Cameroun. Originaire du département du Ndé dans la région de l’Ouest, le producteur serait né en 1954.

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