Samedi, 11 Juillet 2020
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Jean Michel Nintcheu: « Nos résultats aux derniers scrutins étaient prévisibles »

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Le député et président régional du SDF pour le Littoral dresse le bilan du parti, qui a célébré son 30e anniversaire le 26 mai dernier.

Par Blaise Djouokep  

Trente ans après sa création, quel bilan pouvez-vous faire du SDF ?  

Le bilan est globalement satisfaisant même si l’objectif n’est pas encore atteint, à savoir débarrasser le Cameroun de la dictature reptilienne de M. Biya. Le SDF au cours des 30 dernières années, s’est battu pour la conquête des libertés fondamentales du citoyen même si beaucoup reste encore à faire dans ce sens.  Au demeurant, nous avons pu de haute lutte décrocher  certains acquis au rang desquels la liberté d’expression quoiqu’elle ne soit pas du reste totale, la pluralité des médias à capitaux privés, la bataille pour les urnes transparente, la refonte des listes électorales, l’introduction de la biométrie dans le processus électoral même si elle est encore parcellaire ; la bataille pour la mise sur pied du Sénat qui a permis la mise sur pied du Conseil constitutionnel qui n’a malheureusement rien d’impartial, du fait du caractère partisan de la quasi-totalité des membres qui le composent. Il fallait tout de même que cette institution importante dans les mécanismes de dévolution successorale du pouvoir politique prenne tout de même corps, après le long règne sans partage de M. Biya.

Le SDF est au Parlement depuis 1997 ; est-ce que vous pensez que cette présence à contribué à améliorer le dispositif législatif du Cameroun et la gouvernance du pays ?  

Nous avons mené des batailles énormes au sein des institutions parlementaires ainsi que dans les conseils municipaux. Au niveau du Parlement où j’entame mon troisième mandat de député, nos députés se sont battus corps et âme contre la mauvaise gouvernance de l’exécutif. Le déclenchement de la toute première phase de l’opération baptisée « Épervier » est le « Mounchipougate » qui a été déclenchée grâce à la pugnacité des députés du SDF. Nos députés ont régulièrement joué leur rôle de contrôle de l’action gouvernementale au sein de l’hémicycle. Près d’une dizaine de propositions de loi et de propositions de constitution des commissions d’enquête parlementaire ont été rejetées par la majorité sans cesse obèse et mal acquise du parti-État, le plus souvent au mépris du règlement de l’Assemblée nationale.

Au niveau interne, le parti a enregistré des départs. Certains départs ont été assurément tandis que d’autres ont été perçus autrement. Certains camarades peu aguerris à la rudesse des batailles politiques ont quitté le navire pour des destinations du reste questionnables et parfois inopportunes alors qu’ils pouvaient encore être utiles au parti. À la décharge de la direction nationale du parti, il y a lieu de savoir que seuls ceux qui ne font rien ne commettent jamais des erreurs. Des erreurs de jugement sur certains aspects en rapport avec la vie nationale et sur lesquels je ne vais pas revenir ici ont été parfois commises. C’est le propre de tout mouvement politique. Ces 30 dernières années, rien n’a été épargné au SDF. Les attaques les plus hideuses et les mensonges les plus sordides nous ont été réservés. La dictature a longuement travaillé dans ce sens. S’agissant de nos résultats électoraux, ils sont officiellement décroissants et plus du fait des facteurs exogènes qu’endogènes. Sur ce dernier point précisément,  un des principaux objectifs du parti à savoir que les gouvernants soient l’émanation du peuple à travers des élections libres, crédibles et transparentes, n’est pas encore atteint. Le processus électoral est toujours biaisé, vicié et taillé à la mesure de la dictature jupitérienne de M. Biya.

Au sortir du dernier scrutin présidentiel, ce parti historique de l’opposition s’est retrouvé à la quatrième place, loin de la deuxième place qu’il a jusque-là occupée. Comment analysez-vous ce déclin ? 

Y a-t-il eu élection présidentielle en 2018? Seuls les Camerounais de mauvaise foi peuvent répondre par l’affirmative.   Le SDF est allé à cette élection présidentielle sachant que notre candidat n’avait pratiquement aucune chance. Le contexte infernal dans nos bastions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne s’y prêtait pas du tout. Il se trouve que le boycott des élections est proscrit par nos statuts. Voyez-vous, quand on va à une élection, il y a des militants, des sympathisants, des indécis et évidemment des adversaires. Les militants sont des votes acquis d’office. Ce qui n’est pas le cas pour les sympathisants et surtout les indécis. Il se trouve que plusieurs de nos sympathisants et même certains indécis – qui constituent le gros de nos suffrages dans les huit autres régions – ont préféré s’abstenir de voter au motif que le parti n’avait aucune chance compte tenu du contexte dans les deux régions anglophones où les populations ont été privées du droit de vote du fait des violences perpétrées par les deux extrémistes qui y sévissent à savoir les conservateurs de la dictature reptilienne et les Ambaboys. Fort de ce qui précède, il est incongru de se fonder sur ces résultats de la présidentielle pour mesurer la domination réelle sur le terrain d’un parti politique sur l’échiquier politique national. La crise anglophone a non seulement privé le SDF d’un important réservoir de voix mais a également eu un effet domino sur nos sympathisants et les indécis dans les huit autres régions du pays.

Les mêmes causes (raisons) peuvent-elles expliquer la chute du parti aux dernières municipales et législatives au terme desquels le parti a totalisé seulement une dizaine d’élus ?

Justement. Et c’est même plus grave pour les municipales et les législatives qui sont des élections locales qui nécessitent la présence effective de tous les candidats sur le terrain. C’est ce que j’expliquais plus haut. Il faudrait ajouter que pour ce qui concerne le double scrutin des municipales et des législatives, le boycott absurde en tous points de vue prôné par un parti concurrent à la présidentielle. Cette démarche qui ne pouvait profiter qu’au parti-État, a contribué à la démobilisation des indécis qui, faut-il le rappeler, déterminent leurs choix la veille du scrutin et le plus souvent dans les bureaux de vote en face de l’urne. Ceux-ci, qui sont toujours plus nombreux que les militants de tous les partis politiques réunis, ne sont ni des sympathisants ni des militants de parti politique. Si le discours du boycott a pu décourager les indécis, il n’est nullement acquis qu’ils auraient pu voter en faveur d’un parti politique quelconque à la faveur de ce double scrutin.

Pour revenir à ce double scrutin, nos chances étaient maigres avec le contexte actuel. Seuls les camerounais de très mauvaise foi peuvent prétendre le contraire. Dès la convocation du corps électoral, il y a tout de suite eu au sein du parti des divergences sur la participation du parti à ce double scrutin. Étant dans l’impossibilité de convoquer une réunion extraordinaire du Comité exécutif national (Nec) avant la date limite de dépôt des candidatures et compte tenu également de ce que la participation aux élections est actée dans nos statuts puisqu’il y est inscrit que le SDF accédera au pouvoir par voie d’élections, option qui impose notre présence au sein de toutes les institutions législatives, le parti a fini par opter pour la participation, la mort dans l’âme. Nous ne nous attendions pas à grand-chose. Le parti a pris cette option non seulement pour ne pas acter la sécession mais également pour ne pas être absent de la prochaine échéance électorale majeure à savoir la présidentielle de 2025. Les résultats ne nous ont pas surpris. Je suis surpris que certains soient surpris de notre résultat qui était somme toute prévisible, sauf miracle. Plus encore, quand  on y greffe à ce contexte la fraude, le bourrage des urnes et les achats multiples de conscience du fait du processus électoral biaisé, on ne saurait logiquement se baser sur ces différents résultats électoraux pour établir l’influence réelle sur le terrain de chaque parti politique notamment le SDF sur l’échiquier politique national.

Il est reproché au SDF une proximité avec le pouvoir en place. N’est-ce pas l’une des raisons des contre-performances du parti de la balance ?

Ce sont des balivernes. En ce qui me concerne, j’attends toujours des preuves palpables pour être fixé. Je n’y crois pas du tout. Nous avons peut-être eu des choix discutables mais de là à dire que nous sommes de connivence avec le pouvoir de M. Biya, ce sont des fadaises. C’est vrai que moi-même je n’ai pas toujours été d’accord avec certaines orientations pour des raisons de roublardise permanente de M. Biya et de son entourage de kleptocrates, mais il y a que ces choix ont le plus souvent été dictés par l’intérêt supérieur de la Nation. Pour ce qui concerne les contre-performances du parti, il me semble que je les ai déjà suffisamment expliquées plus haut.

Le parti a également connu la démission de nombreux cadres, ajouté récemment à la crise anglophone dans ces deux régions (bastion électoral du SDF)  depuis bientôt quatre ans. Est-il acquis aujourd’hui que le parti en a souffert ou qu’il en souffre encore ?

La démission des cadres, il en existera toujours dans les partis politiques. Notamment dans un pays comme le nôtre où tout est mis en œuvre par le système de M. Biya pour fragiliser et déstabiliser tous les adversaires politiques. La démission d’un cadre n’a jamais apporté de plus-value à un parti politique. C’est vrai que la démission d’un cadre d’un parti politique comme le SDF se fait toujours de façon fracassante et est toujours relayée par les organes de presse. Ces démissions ne sont bien sûr pas à encourager. L’idéal serait d’éviter des démissions. Elles ont toujours été des pertes. Ce qu’on ne dit toujours pas et qui mérite d’être mentionné est qu’elles sont généralement et en permanence suivies de nouvelles arrivées qui ne sont pratiquement jamais relayées. Ce qu’il y a lieu de relever est qu’on est libre de militer dans un parti politique comme on est libre d’en sortir. Un parti politique ne saurait être une prison. Mais bon, les journalistes ont l’habitude de dire qu’on ne commente pas un train qui arrive en gare à l’heure.

Il est évident que le parti souffre énormément de la non présence sur le terrain de ses cadres et militants dans la zone anglophone. Il y a également qu’il ne faut surtout pas perdre de vue que même dans les huit autres régions, le SDF souffre également du zèle des préfets et sous-préfets qui, en violation de la loi de décembre 1990 sur les associations et partis politiques, interdisent systématiquement toute mobilisation populaire à travers des meetings. C’est une lapalissade.

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