Vendredi, 20 Septembre 2019
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Jalel Snoussi: »Une dizaine de candidats est crédible »

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L’ambassadeur de Tunisie au Cameroun analyse la présidentielle anticipée du 15 septembre prochain dans son pays, à la suite du décès du président Beji Caïd Essebsi.

Par Jean De Dieu Bidias

M. l’ambassadeur, vous rentrez de Tunisie où vous avez passé votre congé annuel. La campagne électorale en vue de la présidentielle du 15 septembre dans votre pays s’ouvre ce jour. Quelle est l’ambiance qui y prévaut ?  

Jusqu’à hier dimanche les candidats étaient en précampagne. Ils répondaient à des invitations de journalistes dans les chaines de télévision, de radio, etc., pour parler de leurs programmes. Les Tunisiens sont très attentifs, ils voteront pour le candidat qui les aura convaincus le plus. On a observé une certaine effervescence qui devrait monter en grade à partir d’aujourd’hui, avec le lancement de la campagne officielle. Jusque-là, tout s’est très bien passé, il n’y a pas eu d’incident.

En Tunisie, y a-t-il égalité en matière d’accès aux médias du service public ?

Pendant la campagne, oui. Du 02 au 14 septembre, le temps de jeu, pour parler comme dans le football, sera égal pour tout le monde. L’autorité de l’audiovisuel contrôlera tout.

Il y a deux femmes parmi les candidats à ce scrutin. Est-ce que la Tunisie, pays arabe, est prête à être dirigée par une femme ?

En Tunisie, l’émancipation de la femme a commencé en 1958. Dès l’indépendance, il y a eu la promulgation de ce qu’on appelle le code du statut personnel, où toutes les libertés ont été accordées aux femmes. Ce code-là est renforcé tout le temps. En Tunisie, la polygamie est interdite, contrairement aux autres pays musulmans. Maintenant, on est en discussions pour la parité de l’héritage. Voire une femme devenir chef d’Etat, ça ne choque pas les Tunisiens ; c’est dans l’ordre normal des choses. Donc, la condition de la femme dans notre pays est très avancée par rapport au reste de la région. L’idée de l’émancipation de la femme est dans la culture de la Tunisie. Après tout, la première femme à piloter un avion dans l’ensemble du monde musulman c’est une Tunisienne ; la première femme médecin et la première femme à avoir conduit un train également. Il y a d’ailleurs beaucoup de secteurs où les femmes tunisiennes sont pionnières.

Plus de 30 candidats à l’élection du 15 septembre, est-ce que ce n’est pas trop ?

La Constitution n’empêche personne de présenter sa candidature dès lors qu’il remplit les conditions. Il y a eu 97 candidature ; l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie) les a tous examinés et a rejeté ceux qui n’étaient conformes à la loi électorale.

Pour la première fois en Tunisie, il aura un débat télévisé entre les différents candidats à l’élection du 15 septembre. Pensez-vous comme certains qu’il s’agit d’une grande avancée dans la démocratie tunisienne ?

C’est une première effectivement, et j’espère que ça va se consolider d’élection en élection. J’estime que c’est une bonne chose pour la démocratie, pour les élections. Les candidats vont s’affronter directement et les Tunisiens vont les départager sur la base de ce qu’ils auront proposé en termes de programmes.

N’y a-t-il pas un candidat qui serait favorisé par le pouvoir de transition ?

Parmi les candidats, il y a une dizaine qui sont crédibles et qui se battent pour passer au second tour ; mais je ne vois personne qui se distingue en particulier. Les autres candidatures ne sont peut-être pas fantaisistes, mais elles n’ont pas de soutien au sein de la société. Ils n’ont pas une machine électorale pour les faire avancer.

Vous êtes à votre quatrième année en tant qu’ambassadeur de Tunisie au Cameroun. Si vous deviez partir demain, auriez-vous un bilan en termes de densification de la coopération entre le Cameroun et votre pays ?

De toutes les façons, mon mandat au Cameroun s’achève l’année prochaine, puisqu’on a un mandat de cinq ans. Quand je vais être rappelé, je ferai certainement un bilan. Si je prends le seul exemple de la coopération universitaire, depuis que l’université existe en Tunisie, le gouvernement a toujours offert des bourses de coopération aux ressortissants africains francophones. Depuis quatre ans que je suis là, je me suis battu pour augmenter le nombre de bourses offertes aux étudiants camerounais. J’y suis parvenu ; on est passé de cinq à 26 bourses par an. Il y a entre 600 et 700 visas étudiants pour la Tunisie chaque année depuis que je suis là. C’est pourquoi il y a une forte communauté estudiantine camerounaise en Tunisie.

L’un des secteurs à avoir longtemps porté l’économie tunisienne c’est le tourisme. Les attentats de 2015 avaient fait fuir les touristes. Qu’en est-il quatre après ?

Les deux attentats de 2015 ont été terribles. Ils avaient ciblé des touristes et le secteur a été fortement sinistré. Beaucoup d’emplois ont été supprimés mais, depuis 2017, il y a une reprise progressive. Depuis le début de l’année, on a battu le record des quatre dernières années. On s’attend à de meilleurs résultats d’ici la fin de l’année. J’ai bon espoir qu’on va retrouver le niveau des années de référence 2009-2010.

Est-ce que la sécurité est de retour en Tunisie ?

Vous savez, le secteur  du tourisme est le secteur le plus vulnérable. Même avec une rumeur, vous pouvez le tuer. Les terroristes ont ciblé le secteur du tourisme parce qu’ils sont dans une logique de guerre économique contre la Tunisie. Il est question de faire fléchir économiquement le pays car, quand un pays fléchit économiquement, il y a des fortes chances qu’un soulèvement populaire survienne, qu’il y ait des troubles sociaux pour permettre aux ennemis de la Tunisie de pouvoir infiltrer le mouvement. Mais, la sécurité est revenue en Tunisie, les forces de l’ordre et l’armée ont renforcé leurs moyens. Je ne dirais pas qu’on a éradiqué le terrorisme, puisqu’aucun pays n’en est capable. Aucun pays n’est à l’abri d’un acte terroriste.

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