Lundi, 18 Juin 2018
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Identification: l’impression des passeports ordinaires bloquée

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À l’origine de la situation qui commence à s’améliorer, un retard dans la livraison des cartons.
Par Josiane Afom
Nelson Troy, la quarantaine environ, ne trouve plus les mots pour exprimer ce qu’il ressent. Depuis plus d’une heure, il fait des va-et-vient devant le commissariat de l’Emi-immigration, non loin de la sous-préfecture de Yaoundé 1er, ce vendredi 23 février. La mine serrée, il se rapproche désespérément de tout agent de police qui franchit le seuil du portail de la susdite unité de police en présentant son récépissé de demande de passeport ordinaire. Une pièce qu’il dit détenir depuis le 14 février dernier. «J’avais demandé une permission de deux semaines pour venir renouveler mon passeport au Cameroun. Je devais en principe prendre le vol de Dakar le dimanche, 25 février [hier, Ndlr] pour reprendre le travail lundi [ce jour, Ndlr]. Mais, hélas ! Je suis obligé d’appeler la compagnie aérienne pour proroger la date de retour et je ne sais pas ce que je vais dire à mon patron », se lamente Nelson Troy. Arrivé au Cameroun le 11 février dernier, Nelson Troy s’est rendu au commissariat de l’Emi-immigration le 14 février, dans l’optique de renouveler son passeport. « En plus des pièces exigées, j’ai mis ma carte de séjour et ma carte professionnelle dans mon dossier pour que le renouvellement de mon passeport ne traîne pas », relève l’usager. Mais, jusqu’à ce matin, il n’a pas été servi. Et le personnel en service ici lui demande d’être patient.

Nelson Troy n’est pas le seul usager dans cette situation. Marilyne T. est aussi dans le désarroi. La situation de cette compatriote résident en Guinée semble même plus complexe. Cela fait un peu plus d’une semaine qu’elle a pu obtenir une permission de son patron pour venir établir un nouveau passeport, après avoir égaré l’ancien l’année dernière. Mais, depuis une semaine qu’elle est au Cameroun, rien n’avance. « Je n’ai même pas encore constitué le dossier du passeport faute de carte nationale d’identité (Cni). Or, j’étais parmi les premières personnes qui se sont fait identifier pour obtenir la nouvelle pièce. Mais jusqu’à ce jour, la mienne n’est toujours pas disponible. Jeudi dernier, je me suis rendue au commissariat de Ngoa-Ekellé où j’avais engagé la procédure d’obtention pour comprendre ce qui coince.

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D’un ton martial, les policiers m’ont demandé de revenir plus tard parce qu’il n’y avait pas le réseau. Ils disent même ne pas savoir la raison pour laquelle ma carte n’est disponible », explique Marylin T., qui songe déjà à emprunter une autre voie. « Je suis arrivée à l’Emi-immigration ce matin pour rencontrer la dame qui m’avait aidée à faire l’ancien passeport. Je dois retourner en Guinée d’ici la fin de la semaine », confie la jeune dame. Un journaliste et défenseur des droits de l’Homme n’a malheureusement pas pu prendre part à un atelier de formation organisé par Frontline Defenders, à l’intention des défenseurs des droits de l’Homme au Nigeria pour défaut de passeport. « J’ai introduit une demande de passeport le 19 janvier dernier. Jusqu’aujourd’hui, j’attends toujours. Pourtant, il nous a été dit qu’en deux semaines, on peut avoir un passeport ordinaire. À cause de cela, j’ai raté un voyage au Nigeria où je devais prendre part à un atelier organisé du 20 au 22 février dernier », rapporte l’homme de média.

Cartons d’impression
Comme ces trois citoyens, ils sont nombreux à ne pas pouvoir entrer en possession de leur passeport ou de leur Cni depuis plusieurs mois. À l’Emi-immigration, seules les personnes détenant un récépissé de demande de passeport établi avant le mois de novembre sont servies ce vendredi 23 février. Une policière en service ici explique que la durée d’obtention du passeport est comprise entre quatre et six semaines. Certaines sources évoquent, pour justifier la non-disponibilité des passeports, la rupture des cartons d’impression. « Les passeports n’avaient pas un problème en tant que tel. Il y a eu des retards dans la livraison des cartons, mais le problème ne va plus se poser, vu que ceux-ci sont déjà arrivés », rassure une source à la Délégation générale à la sûreté nationale. « Le policier que j’ai rencontré ce matin m’a demandé d’être patient. Il m’a rassuré que mon problème sera résolu, car la question de la rupture des cartons est réglée. Ils sont arrivés vendredi dernier. Donc, j’attends », se félicite Nelson Troy.

Pourtant, une note signée du délégué général à la sûreté nationale, Martin Mbarga Nguélé, le 02 janvier dernier, rassure les usagers de ce qu’il n’y ait pas de rupture de carnet. « Le délégué général à la sûreté nationale informe à tous les demandeurs de passeports ordinaires et à tous les usagers qu’il n’y a aucune pénurie de carnet. A cet effet, les dossiers doivent continuer à être déposés dans les commissariats de l’Emi-immigration implantés dans les 10 régions du pays. (…) ». Telle est la quintessence d’un communiqué affiché sur le mur du commissariat de l’Emi-immigration de Yaoundé, lequel renseigne aussi les usagers sur les pièces à fournir en vue de l’obtention d’un passeport ordinaire et la somme à verser par l’usager. Seulement, il y a une énorme fracture entre la note du patron de la police et la réalité des choses. Les passeports tardent à être délivrés et les usagers subissent d’énormes désagréments.

Nouveau système

Tout comme avec les passeports, certains usagers rencontrent d’énormes difficultés avec leur carte nationale d’identité. « C’est depuis 2016 que je ne parviens pas à me faire établir une Cni. J’ai fourni toutes les pièces exigibles, mais la carte n’est jamais sortie. En novembre dernier, je me suis rendu au commissariat du 8e arrondissement, où j’avais établi ma carte pour avoir d’amples explications. Le policier qui m’a reçu m’a fait comprendre que mon dossier porte la mention « suspendu », narre Daniel Eba’a. Plusieurs autres usagers rencontrés dans des commissariats de Yaoundé racontent leur chemin de croix, même si des sources policières soutiennent que l’établissement des Cni ne connait aucun problème. « Si quelqu’un vous dit qu’il a fait sa carte et qu’elle n’est pas sortie, c’est qu’il a un problème. C’est soit une fausse identité, soit une erreur sur son nom, sa date de naissance ou son lieu de naissance. A la vérité, avec le nouveau système, les cartes sortent très vite », explique un commissaire de police. Qui propose par ailleurs qu’on doive signifier aux usagers dont les Cni ne sortent pas la procédure à suivre afin de se faire identifier.

D’autant que, le fait de ne pas posséder une Cni expose le citoyen à de nombreux désagréments. « Cela fait environ deux semaines que je n’ai pas pu retirer de l’argent que m’avait envoyé un proche de l’étranger dans une banque. Ceci, parce que je ne dispose pas de la Cni. Le banquier m’avait demandé d’appeler l’expéditeur et de lui dire de préciser que je toucherais avec le récépissé, une procédure qui a pris assez de temps », se plaint Catherine Alo’o. Aussi, en l’absence d’une Cni, il est impossible de prendre un crédit bancaire ou alors de se déplacer d’une ville à une autre. « Je me rappelle toujours un voyage que j’ai effectué en janvier dernier. J’allais à Ebolowa. Lorsque j’ai présenté mon récépissé dont la date de validité n’avait pas expiré à un poste de contrôle, un policier m’a demandé de descendre du car. J’ai dû attendre plus de 30 minutes pour qu’il nous laisse partir en me disant que le récépissé doit toujours s’accompagner de la photocopie de la carte nationale perdue », affirme Alain Obam, un usager qui dit n’avoir toujours pas reçu sa Cni.

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