Mercredi, 23 Mai 2018
Accueil quotidien mutations societe Extrême Nord du Cameroun: le gouverneur Midjiyawa Bakari lance une campagne d’hygiène et salubrité

Extrême Nord du Cameroun: le gouverneur Midjiyawa Bakari lance une campagne d’hygiène et salubrité

309
- Publicité -
Hygiene et salubrité

Pour le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakari, l’insalubrité est encore plus redoutable que Boko Haram. Il fait le point de la campagne d’hygiène et salubrité. Il fait le point de l’insécurité.

Par Jacques Kaldaoussa

Vous êtes le tout premier gouverneur à mettre sur pied la campagne d’hygiène et  salubrité. Qu’est ce qui a motivé cette initiative? 

Disons que nous sommes partis d’un constat. La région de l’Extrême-Nord à un moment donné avait fait face à beaucoup d’inondations et épidémies. On s’est retrouvé avec des cas de paludisme, l’hôpital était saturé au point où les gens prenaient les perfusions sous les arbres. Le choléra faisait également rage dans pratiquement toute la région. Cela nous a permis de faire le constat selon lequel, cela a un lien direct avec l’insalubrité. Parce que pour ne prendre que le cas de la ville de Maroua, elle n’a pas de canalisation. Dès qu’il y a une petite pluie, les eaux stagnent et les moustiques se développent. Et c’est de cette façon que les maladies se sont propagées. Voyant cet état des choses, nous nous sommes dit qu’il fallait se mettre très rapidement au travail et trouver du répondant. Avec tous les sectoriels, nous avons dit qu’il va falloir sensibiliser les populations et puis lancer la campagne d’hygiène et de salubrité à travers l’opération «Jeudi propre» sans oublier la campagne de reboisement. L’idée était que tout le monde se mette au travail. Par après (…) voir comment motiver les populations après la sensibilisation. Et puis clôturer par un concours au cours duquel nous primerons les villes, les quartiers, les villages, les établissements les plus propres de la région. Bref, mettre tout le monde dans cette dynamique. J’avoue que cela n’a pas été facile. Les habitudes ayant la peau dure, les gens ont pensé que cela n’allait pas tenir parceque mes prédécesseurs avaient tenté sans succès. L’objectif était que les gens vivent dans un environnement propre. Étant donné que la région est baptisée, la plus belle des régions. Il fallait donc lui redonner ses lettres de noblesse. Et puis qu’ils intègrent cette habitude de propreté dans leur vécu quotidien.

Quelles analyses faites-vous des résultats rendus publics deux ans après le lancement du concours et,qu’est ce qui explique ce retard ?

Vous n’êtes pas sans ignorer que la région de l’Extrême-Nord fait face à un problème d’insécurité. Trouver de l’énergie parallèlement pour mener des actions de lutte contre les attentats-kamikazes et lutter contre l’insalubrité ainsi que relancer le secteur économique n’est pas une tâche facile. Mais, nous nous sommes dit que nous avons des potentialités, des collaborateurs, des médias et le soutien de la hiérarchie. Chacun a compris le bien fondé de cette initiative. Et nous nous sommes sentis accompagnés par tout cet ensemble de personnes. C’est possible dans cet environnement de mener la guerre contre les attentats-kamikazes, les maladies et l’avancée du désert. On peut ouvrir ce chantier. Celui de l’hygiène et de la salubrité, celui du développement et celui de la lutte contre l’analphabétisme également. Nous avons pu rouvrir des écoles et les corridors de trafic des marchandises.

On sait que la majorité des communes n’ont pas contribué, mais certaines indiscrétions laissent croire qu’il y a une collecte de fonds auprès des communes et que la gestion de cet argent a créé des mécontentements. Qu’en est-il exactement?

Je ne pourrais pas m’attarder sur cette question qui me parait marginal. Pour nous, ce n’est pas cette contribution des communes qui compte. La philosophie, c’est de remettre la pendule à l’heure, à savoir assainir nos milieux de vie, éloigner les maladies, que les gens retrouvent leur santé afin de mener leurs activités agro-pastorales. Tout ceci, c’est pour que le commerce puisse se relancer. Maintenant pour parler de ce que les maires ont donné comme contribution, je vous avoue que c’est un travail de longue haleine. Il va falloir sensibiliser. Les gens ont du mal à comprendre son bien-fondé. La présidence nous a soutenus moralement, les services du premier ministre, le Minepat(ministère de l’Economie et de la Planification du territoire ndlr), le Minatd (ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation ndlr) et le Minhdu (ministère de l’Habitat et du développement urbain, ndlr). Nous avons reçu des matériels de travail. Quelques communes ont contribué. Le Logone et Chari, bien que meurtri par les exactions de Boko Haram, les communes du Diamaré aussi. Mais d’autres ont traîné le pas, mais nous disons que c’est un problème de sensibilisation, d’autres vont suivre. Le peu de moyens a permis à la commission régionale de sillonner toute la région. Il y a un travail préalable qui a été fait par les sous-préfets au niveau de la base, coordonnés par les préfets. La commission régionale n’est allée que pour constater le travail qui a été fait. Et au finish, il y a un jury qui a tranché. Et ce jury était constitué des personnalités hors de tout soupçon. Un procureur, le sénateur Julienne Djakaou, le député Undp Hamadou Adji, l’huissier de justice Me Paulin Djorwe, l’évêque Bruno Ateba Edo, l’imam de la grande mosquée de Maroua et Abdoulaye Math de la société civile entre autres. Les gens ont lu les informations erronées dans la presse. Nous sommes ouverts pour d’autres détails. La philosophie de base, ce n’est pas le lucre. C’est un mouvement d’ensemble soutenu par la hiérarchie à l’effet d’éloigner les maladies. Dès le départ, nous avons dit comment cela devait se passer. Les mairies qui pouvaient contribuer, devraient donner 1% de leur compte administratif, ce qu’elles ont pu recouvrer. Et nous savons que presque toutes ces communes sont sinistrées. Nous avons saisi le Minatd pour demander de leur venir en aide. Ces communes n’arrivent même pas à payer leur personnel. Malheureusement, les communes qui ont suffisamment de moyens n’ont rien donné. Et cela ne nous a pas empêché de les primer et de leur donner des matériels. Elles ont eu des brouettes, des bottes, des râteaux évalués en termes des millions Fcfa. D’autres ne se sont pas présentés parce qu’elles avaient hontes, elles n’ont pas contribué. En principe, 60% de ce travail revient aux communes.

Qui gère ces fonds?

Cet argent collecté est domicilié dans un compte. Deux personnes ont été commises à cela. Ils ont ouvert le compte avec une double signature. Le peu d’argent qu’il y a là-bas sert non seulement à la campagne d’hygiène et de salubrité mais aussi à la campagne de reboisement. La région fait face au problème de changement climatique. Nous avons institué la forêt cheffale. Nous avons demandé aux chefs traditionnels de mettre à notre disposition des espaces. Nous avons également institué les forêts communales. Nous avons institué l’opération un élève, un arbre, de même que pour les étudiants. Nous avons pu planter des milliers d’arbres dans la région. Si rien n’est fait, les activités agropastorales vont en pâtir. Il y a un peu d’argent qui reste dans ce compte. C’est pour attendre le retour de la saison de pluie. Nous avons déjà passé la commande d’arbres. Des personnes de bonne volonté nous ont promis des plants d’arbres. Si rien ne marche, nous avons aussi un arsenal juridique à appliquer.

Quelles sont les perspectives et les innovations pour les prochaines éditions?

Pour les prochaines éditions, nous allons cibler les centres de santé. La propreté au sein de ces centres laisse à désirer. Ce qui permet de développer d’autres maladies notamment en saison pluvieuse. Nous allons élargir ce concours à ces formations sanitaires. Lors des descentes de tous les jeudis, nous allons demander aux préfets et aux sous-préfets d’opérer des visites inopinées pour qu’il y ait un minimum de propreté. Il y a toujours des recommandations. C’est pour cela que nous rendons publics les résultats. Le jury fait ses recommandations, des correctifs et des propositions. C’est quelque chose que nous avons fait à l’Ouest et les populations ont bien compris. Nous voulons que ce que nous avons fait dans la région de l’Ouest prenne également ici. Il faut que les gens se l’approprient. Voilà le maire de Banganté qui est sollicité dans le monde entier pour expliquer son budget et son mécanisme de développement. Il faudrait que nos populations, nos municipalités comprennent également ce mécanisme de développement de proximité.

Cette campagne vous tient à cœur, au point où on se demande si les questions sécuritaires sont d’ores et déjà évacuées?

Les questions de sécurité ne sont pas évacuées. Vous savez que la saleté est aussi plus nuisible que Boko Haram. Nous voyons les effets du paludisme, du choléra, de la méningite et j’en passe. Cela peut faire autant de dégâts sinon plus que l’insécurité. Nous avons besoin des jeunes qui doivent être enrôlés dans l’armée camerounaise. Mais il faut que cette jeunesse soit en bonne santé pour déjà aller à l’école. Nous avons besoin des fonctionnaires en bonne santé, des agriculteurs, d’éleveurs qui doivent nous ravitailler en aliments de qualité. La saleté est une arme très redoutable au même titre sinon plus que Boko Haram. Il va falloir s’attaquer avec toute l’énergie. On peut bloquer Boko Haram en développant des stratégies. Mais vous allez bloquer la maladie comment? Elle vient au galop mais elle repart à petit pas comme le dit un adage. Nous avons même besoin des hommes propres pour éloigner davantage Boko Haram. Comprenez que les deux sont intimement liés. Sinon il va falloir donner la priorité à l’assainissement. Parce que c’est la condition sine qua non de la vie.

Un mot à l’endroit de vos collaborateurs…

Nous demandons à nos collaborateurs de ne pas baisser les bras. Parce que la tâche n’est pas facile. Nous sommes sous le soleil, les rigoles et la pluie. Ceci jusqu’au moment où les populations vont s’approprier l’opération et on se dira que nous avons pu remplir la mission que le président de la République et chef de l’Etat nous a confiée. A savoir, rétablir la sérénité, la sécurité, le développement, l’éducation, la santé et la lutte contre le changement climatique.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP