Mardi, 25 Juin 2019
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Hôpitaux au Cameroun : des morgues deviennent des sépulcres

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Des dépouilles passent plusieurs mois dans les chambres froides des hôpitaux pour toutes sortes de raisons.

Par Adrienne Engono Moussang

Pour de nombreuses familles, l’anniversaire d’un décès est le moment au cours duquel l’on revisite les épisodes marquants de la vie avec un parent ou un ami disparu. Pour le recueillement, la tombe de ce dernier reçoit alors plus de présence humaine que d’habitude. Mais, chez  les proches de papa Moatcho, plus les années passent, plus  la tristesse fait son nid dans les cœurs, à chaque date de commémoration de son décès. En fait, la famille de ce natif de Bokaga par Bokito dans la région du Centre, parti dans sa jeunesse des années plus tôt en aventure, a appris qu’il est décédé et enterré quelque part dans le Nyong et Kellé. Une nouvelle qu’ils ont eue du mal à accepter. « A chaque anniversaire, certains d’entre nous pensent qu’il va revenir », confie, Plus de 25 ans après, sa nièce Rihanna.

Preuve qu’après l’annonce d’un décès, il faut le vivre. La dépouille mortelle est indispensable pour ce fait. Et c’est la raison pour laquelle après plus de quatre années de recherches sans suite, la famille de Noubadoum Sotinan, journaliste tchadien, disparu le 4 mars 2014 à Douala au Cameroun, a décidé de voir du côté des morgues.

Des espaces mortuaires dans lesquels, pour une raison ou pour une autre, des dépouilles continuent de giter. 98 corps sont recensés dans la morgue de l’Hôpital central de Yaoundé tel que l’indique un communiqué du directeur de cet établissement hospitalier relayé dans l’édition de Cameroun tribune du 14 mars 2019. Dans le même document, le Pr Fouda convoque les familles des concernés à passer  les récupérer. Approché, ce dernier a souhaité ne plus s’étaler sur le sujet. « Nous attendons les réactions positives des proches ; c’est peut-être après que nous pourrons nous exprimer sur le sujet, s’il s’avère nécessaire », lance laconiquement le directeur de l’Hcy qui ne cache pas sa gêne à l’évocation de ce sujet ; laissant ainsi l’opinion sur sa faim quant aux conditions à remplir (les frais payants ou non) pour retirer le mort.

Parmi ces occupants abandonnés à la morgue, l’on note la présence des personnes décédées lors de l’accident de train ayant eu lieu le 21 octobre 2016 à Eséka et celles victimes d’autres accidents de la circulation. Beaucoup se disent surpris d’apprendre que parmi ces corps se comptent ceux de la catastrophe du train à Eséka. « Il y avait eu officiellement 71 morts déclarés par le gouvernement. D’où viennent les trois indiqués sur la liste du directeur de l’Hôpital central alors que les familles ont cherché les dépouilles des leurs en vain ? », se demande une dame, pour exprimer son incompréhension.

Tourner la page

Dans le cadre de leur prise en charge, « les corps inanimés des individus ne peuvent pas traîner sur la voie publique. Dès qu’une présence de dépouille est signalée sur un lieu, les forces de sécurité se mobilisent et procèdent à son enlèvement pour le service hospitalier compétent. Et c’est à la morgue qu’il est déposé. Il y a des communiqués qui sont ensuite diffusés pour informer les proches », explique  une source proche de la police qui n’a pas souhaité être citée. Celle-ci ajoute que pour les cas des individus non-identifiés, les communiqués de presse sont aussi une invite à ceux qui recherchent des proches de se rapprocher de la formation sanitaire pour vérifier si les morts correspondent aux parents et amis recherchés.

Toutefois, les corps non-récupérés dans les morgues ne sont pas que ceux des personnes non-identifiés. En ce moment, l’hôpital Jamot de Yaoundé peut se targuer d’abriter dans sa morgue celui qui est en passe d’être appelé « le plus ancien résident en la matière », à en croire des confrères du journal « Notre Santé ». En fait, dans la dernière  édition de ce journal parue il y a deux semaines, il est signalé la présence à la morgue dudit hôpital, du : «  doyen des morgues ». C’est que la dépouille de ce compatriote n’a pas été levée à cause des disputes dans sa famille. « Aujourd’hui, relève l’article du journal sus-mentionné, tous les protagonistes sont décédés et enterrés. Le mort est resté dans le casier où il a été déposé. » Sur ces mêmes lieux, repose un adolescent, déposé lorsqu’il n’avait que 4 ans. Lui aussi, à cause des disputes entre ses deux géniteurs. Des « abandons de corps » qui font prendre un coup à la tenue des rites funéraires jugés indispensables pour la famille appelée à tourner la page.

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