Samedi, 11 Juillet 2020
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Hôpital de référence de Sangmelima:L’urgence d’une réanimation

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Vétusté de certains équipements du plateau technique, effectif insuffisant, délestages réguliers, faible fréquentation et lourd processus financier sont quelques problèmes auxquels fait face cette formation sanitaire.
Par Guy Martial Tchinda, de retour de Sangmelima
Un calme absolu accueille tout visiteur de l’Hôpital de référence de Sangmelima en ces derniers jours de 2019. Nous sommes dans le département du Dja et Lobo, région du Sud. Ouvert au public en novembre 2014 après les travaux de construction qui auront duré environ quatre ans (2010-2014) et ont coûté plus de 15 milliards Fcfa, la formation sanitaire se dresse majestueusement au cœur de la ville éponyme. Cinq ans après son ouverture au public, ce joyau architectural inauguré officiellement le 23 juillet 2015 par le Premier ministre, Philemon Yang, conserve encore tout son éclat. Du moins à première vue.
Au loin, l’on est impressionné par la grande clôture en grilles qui l’entoure, avec à l’entrée une guérite, toutes deux de couleur orangée. Une fois le portail franchi, la propreté aussi bien des couloirs que des espaces verts régulièrement entretenus, ne laisse pas indifférent.

Plateau technique
Direction, le bâtiment principal. Ici, un service d’accueil est installé à l’entrée pour l’orientation des usagers. Sous la conduite du surveillant général de l’hôpital, Tarcisse Biwoelé Koukolo, l’on entame une visite guidée de la structure. On peut alors découvrir son impressionnant plateau technique, constitué entre autres, de 115 lits d’hospitalisation, d’un scanner 16 barrettes, d’une table radiologique télécommandée, d’un panoramique dentaire, de quatre blocs opératoires, de couveuses avec photothérapie, d’une réanimation avec monitorage des paramètres et d’un laboratoire compétent pour la plupart des analyses médicales. Il dispose également d’un électroencéphalogramme et d’un électromyogramme.

Seulement, plusieurs de ces équipements sont hors-service. « Beaucoup d’appareils qui ont été livrés n’ont pas été complètement réceptionnés et la maintenance n’a pas suivie. Les contrats qui ont été passés n’ont pas insisté sur l’aspect de la garantie et de la maintenance post-livraison », renseigne le surveillant général. Au service d’imagerie, le scanner est en panne depuis près de 14 mois ; tout comme l’appareil de commande de la radio commandée.
Le long des couloirs qui mènent aux blocs opératoires, de petits tuyaux sont visibles sous la dalle. Ils ont été prévus pour le transport d’oxygène dans les différents services. Mais, après des tests, des fuites ont été constatées, rendant ce système d’alimentation inutilisable. Le personnel est contraint de transporter ce gaz médical dans des bombonnes.

La banque de sang, bien qu’équipée, ne fonctionne pas, les appareils n’ayant pas été réceptionnés. « On ne peut pas conserver de grandes quantités de sang mais, les transfusions sanguines se font de façon prompte. On ne conserve pas une poche de sang pendant plus de 24 heures. Toutefois, avant d’amener un patient au bloc opératoire, on se rassure qu’au moins une poche de sang est disponible », explique Tarcisse Biwoelé Koukolo. Les délestages réguliers sont également invoqués pour justifier le non-fonctionnement de cette unité.

Electricité
Pour faire face au problème d’électricité, l’hôpital a bénéficié d’un groupe électrogène offert par l’entreprise de distribution d’énergie électrique. Un groupe de très grande capacité pouvant alimenter tout un quartier, à en croire le surveillant général. Un générateur dont les coûts d’alimentation en carburant sont malheureusement énormes. Selon l’administration de l’hôpital, une heure de fonctionnement du groupe électrogène coûte environ 50 000 Fcfa.

Il n’est donc mis en marche que lorsqu’il y a une opération ou des examens urgents à faire. La commune de Sangmelima a voulu apporter de son aide pour la fourniture d’énergie en planifiant un projet d’alimentation à partir des panneaux solaires. Attribué à un prestataire défaillant, le marché n’a pas prospéré. L’espace réservé à l’implantation des panneaux est aujourd’hui envahi par les herbes. Non loin de là, l’on peut voir un petit hangar, fait de piquets et de tôles. Il s’agit de l’incinérateur traditionnel qu’utilise l’hôpital pour détruire ses déchets médicaux. Celui ayant été prévu au moment de la construction s’étant révélé étroit.

Côté financier, « de nombreuses menaces pèsent sur cet hôpital, en particulier le processus managérial et financier, lourd et indigeste, qui exclut toute réactivité face aux nombreux défis et urgences qui font le quotidien d’un hôpital aussi sophistiqué. La maintenance des équipements de pointe sera un défi qu’il faudra absolument relever. Le tissu socio-économique environnant est insuffisant avec pour effets, la réduction de la demande locale tant pour des raisons sociologiques que financières », indiquait récemment le directeur de l’hôpital dans un article publié dans une revue du ministère des Finances.

En ce qui concerne le personnel, l’hôpital emploie une vingtaine de médecins de diverses spécialités, une cinquantaine d’infirmiers et paramédicaux et une vingtaine de personnes en appui. Mais, « nous avons un problème d’effectifs parce qu’il y a beaucoup de fonctionnaires absentéistes », regrettait alors le directeur de l’hôpital, Dr Patrick Bekoule. De plus, certaines spécialités ne sont toujours pas pourvues. « On n’a pas d’Orl, de kinésithérapeutes, de biologistes, de radiologues, de gynécologues. Il faut que l’Etat nous affecte d’autres personnels. Sur le plan local, les personnels que nous employons sont nombreux et le coût pèse sur le budget de fonctionnement », liste pour le déplorer, Tarcisse Biwoelé Koukolo.

Spécialisation
En principe, « en terme médical, hôpital de référence voudrait dire que nous devons collaborer avec les hôpitaux de niveaux inférieurs puisque c’est l’hôpital de niveau le plus élevé dans la région. Cela veut dire que ces hôpitaux doivent référer chez nous les malades qu’ils ne peuvent pas prendre en charge », explique le surveillant général de l’hôpital, Tarcisse Biwoelé Koukolo. Toutefois, le niveau de collaboration avec ces hôpitaux reste timide.

Les patients viennent aussi bien de Sangmelima que des localités environnantes telles que Bengbis, Meyomessala, Zoetélé, Djoum… pour se faire soigner. Mais, certains éprouvent des difficultés à payer les soins reçus. « À ce moment-là, on l’enregistre au service des affaires sociales comme indigent et on le libère. Nous n’avons pas de prison ici », explique le surveillant général. Le taux de fréquentation reste faible, le taux d’occupation des lits en termes d’hospitalisation oscille entre 15 et 20%.
C’est sans doute cette faible fréquentation qui a poussé le ministre de la Santé publique à demander au top management de se réorienter vers la spécialisation. « Quand nous regardons le taux de fréquentation, on se serait attendu à plus. Dans notre imagination, on ne peut pas continuer à avoir un hôpital de référence qui fait juste des soins de santé primaire. Ce n’est pas possible. Nous allons nous acheminer vers la spécialisation. Nous pouvons référer certaines pathologies spécifiques ici », a déclaré Malachie Manaouda le 30 octobre 2019, au terme de la visite inopinée qu’il a effectuée dans cette formation sanitaire.

« Nous avons ici une structure de pointe. J’ai fait le tour et je suis impressionné par les équipements que nous avons en termes de plateau technique », a-t-il poursuivi. En attendant l’admission en réanimation que le top management appelle de tous ses vœux pour plus de performance, l’hôpital de référence de Sangmelima continue de sauver des vies, ceci malgré toutes ces difficultés. Son défi reste de donner l’exploitation de tout son potentiel.

Après l’usine de transformation industrielle de manioc à Sangmelima, dont la construction est estimée à une vingtaine de milliards Fcfa et l’usine d’assemblage des tracteurs d’Ebolowa dont la construction s’élève à une dizaine de milliards Fcfa, l’hôpital de référence de Sangmélima allonge désormais la liste des éléphants blancs qui trônent dans la région d’origine du chef de l’Etat.

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