Jeudi, 17 Octobre 2019
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Histoire du Cameroun:La monnaie raconte

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Le Forum des numismates et collectionneurs du Cameroun organise une exposition des vestiges monétaires du pays depuis le 14 septembre dernier.
Par Lorine Claudia Agnang
Danielle, étudiante en Banque –monnaie- finance internationale à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) pensait avoir une connaissance poussée en matière de monnaie. Jusqu’au 14 septembre dernier, date à laquelle elle est invitée à prendre part à une exposition sur les vestiges monétaires du Cameroun, une exposition organisée par le Forum des numismates et collectionneurs du Cameroun. La numismatique, comme l’explique Charles Benjamin Kamla, numismate, «est une discipline auxiliaire à l’histoire qui permet de situer, et de remettre en question certains faits. Elle étudie tout ce qui entoure la monnaie [signes, symboles, effigies, etc. Ndlr]. Sur le lieu de l’exposition, les organisateurs ont pris le soin de disposer cette monnaie de la plus vieille à la récente. Cet ordre chronologique représente exactement l’histoire du Cameroun.
Dans les faits, avant la signature du traité germano-Douala en 1884, les Camerounais avaient leur manière à eux de faciliter les échanges. Ceci se faisait par le troc, l’utilisation d’une barre de fer en échange d’un service, etc. Il y a eu aussi d’autres monnaies telles le Kroo, par ailleurs très forte, que les allemands vont dévaluer plusieurs fois, dès leur arrivée en 1884. Ils l’ont remplacé par le Mark (ancienne unité monétaire de la République fédérale d’Allemagne). Et avec la signature du traité de Versailles le 28 juin 1919, lequel traité fait du Cameroun un pays sous mandat, le Mark va disparaitre au profit du Franc des Colonies françaises d’Afrique (Cfa) et plus tard au Franc de la Coopération financière en Afrique Centrale, une monnaie dont la valeur est décidée par eux-mêmes.
En outre, cette exposition bien ordonnée de la monnaie renseigne clairement sur les différentes modifications de la constitution du Cameroun qui ont donné tour à tour lieu à la République du Cameroun, la République fédérale du Cameroun, la République unie du Cameroun et la République du Cameroun.
Conservation
Depuis 1884 jusqu’à nos jours, ces billets utilisés au pays ont porté des effigies de certaines autorités coloniales et locales à l’instar du gouverneur Félix Eboue, du général De Gaulle, du président Ahmadou Ahidjo, du président Paul Biya. Des images qui ont marqué la mémoire collective. A part ces effigies, il y a sur ces billets des paysages variés. Sur celui de 1000 Fcfa de la République fédérale du Cameroun par exemple, le paysage met en scène un homme qui revient des champs portant une corbeille de café sur sa tête. Une image très significative que Nguemo Tegazing, expert en gestion de patrimoine interprète en disant que «le blanc montre au noir que pour mériter ce billet, il faut aller cueillir du café ». Selon lui, aucune image n’est mise sur un billet au hasard. C’est le colon qui choisit l’image qui doit y être imprimée.
Des réalités que la jeune étudiante citée plus haut ignorait. «Je n’avais jamais prêté attention à tout ceci. A entendre cette manière de raconter l’histoire de mon pays, j’ai mal». Pourtant, on ne peut pas renier cette histoire du pays, bien que douloureuse. Mais comment ces numismates ont-ils fait pour retrouver ces antiquaires? «Je suis allé collecter ces monnaies auprès des boutiquiers, des tradi-praticiens, de certains vendeurs ambulants, etc. En plus, j’ai un réseau d’informateurs sur le terrain. Quand ils trouvent quelque chose, ils m’appellent, me présentent l’échantillon. Si ça m’arrange, je vais récupérer. J’ai également travaillé avec des chercheurs sur l’histoire du Cameroun, tels Prince Kum’a Ndumbe III, spécialisé sur la période germanique. Il y a aussi la fondation Solomon Tandeng Muna qui a été d’un apport significatif pour la réussite de cette exposition».
L’exposition qui court jusqu’au 28 septembre est aussi une forme de plaidoyer que les organisateurs formulent auprès des autorités pour la patrimonialisation, c’est-à-dire, la conservation de ces vestiges. Car le Pr burkinabè Joseph Ki-Zerbo aimait souvent à dire : «nul n’a le droit d’effacer une page d’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme».

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