Lundi, 18 Juin 2018
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Herakles Farms:des communautés du Sud-Ouest dans l’angoisse

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Trois ans après la signature de la concession provisoire, elles s’interrogent sur le sort des 20.000 ha de terre cédés temporairement à la firme américaine.

Par adrienne engono Mousang

Difficile de dire avec exactitude si la concession provisoire signée le 25 novembre 2013 par décret présidentiel, à la Sithe Global Sustainable Oils Limited, (SGSOC) affiliée à la firme Herakles Farms, a été renouvelée ou pas. Des supputations vont bon train sur le sujet, comme le relève Eric Parfait Essomba, représentant Afrique centrale à Environmental Investigation Agency (Aie). « Des rumeurs non officielles font état de l’existence d’un décret pour le renouvellement de la concession qui serait au niveau de la Présidence pour signature », souligne l’expert.

Une hypothèse depuis redoutée par les communautés villageoises des arrondissements de Mundemba, Nguti et Toko, respectivement dans les départements du Ndian et du Koupe Manenguba, qui disent compter sur le président de la République pour leur rétrocéder cette parcelle que SGSOC n’aurait pas occupée comme il l’avait promis, c’est-à-dire pour la culture du palmier à huile. «Herakles Farms a plutôt coupé du bois dans la zone. Du bois qu’il a exporté sous une société écran», déplore un natif de Ngutti dans le Koupé Manenguba. Propos qui rejoignent les conclusions d’une enquête de Greenpeace présentée le 27 mai 2014. «En janvier 2014, une «entreprise peu connue» dénommée Uniprovince, rachetée plus tôt par la filiale camerounaise d’Herakles Farms, a obtenu «un titre d’exploitation forestière (vente de coupe n° 11-02-10) sur 2.500 hectares.

La vente de coupe se situe à l’intérieur de la concession d’Herakles Farms, avant même la signature du décret présidentiel lui octroyant une concession foncière provisoire en novembre 2013. Le bois devait être vendu en Chine », révèle celle-ci.

Eric Parfait Essomba mesure l’impact d’une concession définitive à Herakles Farms. «Ce serait très dommage pour l’image du Cameroun auprès des investisseurs internationaux, car, en laissant avancer ce projet, on donne le sentiment aux investisseurs qu’ils sont au-dessus des lois et règlementations. Pour ce qui est des communautés, les conséquences négatives sur leurs moyens d’existence seront importantes. Car, certaines, notamment celles de la zone de Nguti, se verront dépossédées de leur source principale de revenus, sans contrepartie et compensation. La localisation de ce projet entre quatre aires protégées, laisse envisager que des pressions et menaces vont s’accroître sur la faune sauvage abondante dans cette zone», s’inquiète-t-il. Mais, Herakles n’a jamais voulu s’exprimer sur le sujet.

La loi piétinée au profit d’intérêts égoïstes

Des cas d’accaparement des terres sont régulièrement signalés au Cameroun. Souvent causés par des tiers annonçant des investissements agropastoraux. Au final, se dévoile un agenda caché ; des basculements dans l’exploitation forestière ou minière et le braconnage. L’exemple de la SGSOC n’est pas isolé. La société civile appelle le gouvernement à mieux encadrer les investissements pour garantir les droits des communautés qui dépendent étroitement de la terre et des forêts, pour leur survie.

Sur les 20.000 hectares de terrain concédés à Herakles depuis 2013, l’entreprise n’a planté que 800 ha d’arbres dans l’arrondissement de Nguti, selon une enquête du Relufa. La loi foncière stipule qu’en matière de concession (propriété que l’Etat cède à une personne physique ou morale dans le domaine national), elle ne peut être définitive que si pendant la durée du titre provisoire, la parcelle a été effectivement mise en valeur. C’est d’ailleurs cet argument qui justifie l’espoir des communautés villageoises dont les terres ont été prises sans contrepartie en réalité. Le renforcement des droits fonciers des communautés rurales reste une préoccupation récurrente à laquelle la réforme de la loi foncière en cours apportera une solution.

 

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