Dimanche, 12 Juillet 2020
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Grand Manu, tu sais!!!

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« Raphaël, c’est ici que j’ai signé mon arrêt de mort ». Le mot est lâché. Créé en 2003 suite à une réforme initiée par le regretté Ferdinand Léopold Oyono, alors ministre d’État en charge de la Culture, la Cameroon Music Corporation (CMC) est sans fonds. Le professeur Gervais Mendo Ze, directeur général de la CRTV, décide de voler au secours de l’organisme de gestion collective du droit d’auteur et du droit voisin du droit d’auteur en lui octroyant la somme de 100 millions de francs CFA.

Par Raphaël Mvogo, journaliste

Manu Dibango, le président du Conseil d’administration désigné à ce poste à l’initiative du chef de l’État, Paul Biya, se rend avec une poignée de collaborateurs à la Trésorerie générale de Yaoundé où l’argent doit être débloqué. L’accueil est chaleureux, mais au moment de l’opération Grand Manu est surpris d’être soumis à la fameuse règle non écrite des 30℅ qui veut qu’il cède à ses interlocuteurs une somme correspondant au pourcentage mentionné.

 » Je veux bien, dit-il avec cet humour qui le caractérisait à ses vis-à-vis, mais qu’est-ce que je vais dire au groupe que je représente ? » A ses dépens, Manu Dibango découvre par la suite que son refus, bien que poli, de se laisser dicter une pratique bien enracinée dans l’administration camerounaise était mal passé et il devait le payer cher en essuyant un lynchage médiatique bien orchestré.
« J’ai une tête de croco », se plaisait-il à me dire dans une allusion aux multiples coups reçus tout au long de sa vie et de son parcours artistique.

Adulé ailleurs, Manu Dibango était sensible à la moindre marque d’attention manifestée à son égard dans son pays natal qu’il ne cessait de célébrer par l’expression » mboa » dans ses compositions. A l’exemple de cette semaine d’hommage de la nation que le chef de l’État avait décidée en son honneur en décembre 2007, suivie d’une invitation à la présentation des vœux début 2008.

« Raphaël, même si tu viens du plus petit pays du monde, si tu n’as pas la reconnaissance de chez toi, tu n’es rien », me confiera-t-il après l’avoir accompagné pour une rencontre que j’avais provoquée avec l’ambassadeur de France, Georges Serre. Une première ! La veille, je l’avais aussi emmené rencontrer les employés de la Société de Presse et d’Editions du Cameroun (SOPECAM), en particulier la rédaction de Cameroon Tribune.

 » Raphaël, la rencontre avec l’ambassadeur de France, la visite à la SOPECAM, ce que tu viens de faire pour moi n’a pas de prix », me déclare-t-il, ému, par la suite.
Entre grand Manu et moi, c’était une histoire d’amitié franche et cordiale qui avait débuté lors d’un concert qu’il était venu offrir au public national le 2 mai 2000 au Palais des Congrès de Yaoundé, à l’initiative des Rencontres musicales de Yaoundé (REMY). Deux jours après j’avais rendez-vous avec lui pour une interview à l’hôtel Mont Febe. Me voyant devant lui à l’heure du rendez-vous, 15H00, il me lance : « Tu es réglé comme une feuille ». Toujours un zeste d’humour dans son propos.

Le contact se renouvelle en avril 2003 à Douala, où il avait également répondu à une invitation d’Annie Anzouer et son ex-mari pour un concert dans leur cabaret, la Pêche Music Hall. à Akwa. Ayant appris l’événement, je saute dans le bus dans l’objectif de l’interviewer encore et lorsqu’il me voit devant lui il me prend dans ses bras en me disant :  » Retrouve-moi, je vais faire la balance « . Une fois sa séance de répétitions avec son orchestre terminée, il me rejoint en précisant : » Toi, j’accepte de te parler parce que tu vas vers l’information « . Par cette observation, je découvre une facette du géant de la musique : l’homme a une mémoire d’éléphant! Près de trois ans après, il n’a pas oublié notre première rencontre.

Il a beau être philosophe, mais il a mal vécu les accusations injustes de détournement de fonds publics portées contre lui par ce groupe de personnes qui avait décidé de l’éjecter de la CMC par le retrait d’agrément en 2005. Pourtant, en acceptant de répondre à la sollicitation du chef de l’État, grand Manu était fier de  » faire quelque chose  » pour son pays. De la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs, il avait obtenu un financement d’un milliard de francs CFA pour bâtir un grand organisme de gestion collective du droit d’auteur et du droit voisin du droit d’auteur de l’art musical.

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