Dimanche, 27 Septembre 2020
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Gouvernement obèse

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Alain GeorgeS Boyomo

Elu le 7 décembre 2016, le chef de l’Etat ghanéen, Nana Akufo-Addo, rentre dans l’histoire comme le premier président africain à former un gouvernement de 110 ministres. Pas moins. Dans le détail, l’équipe gouvernementale ghanéenne, rendue publique le 15 mars dernier, compte 40 ministres (dont quatre d’Etat), 50 ministres délégués et 20 ministres régionaux, ainsi que leurs suppléants. L’opposition ghanéenne dénonce un « gouvernement éléphant », mais Nana Akufo-Addo reste droit comme une aiguille. «Je ne crois pas que mon gouvernement soit particulièrement fourni comparé à ses nombreux défis. Il est préférable d’avoir des hommes et des femmes capables de servir les intérêts de la nation et de travailler à la croissance de l’économie. Si je réussis, vous découvrirez bientôt que le brouhaha actuel n’est rien comparé au succès », explique le président de ce pays de 29 millions d’habitants. Rendez-vous donc au bout des 100 premiers jours pour une première évaluation. Avant le Ghana, le pays champion en matière de gouvernement pléthorique est la Guinée Equatoriale. Le gouvernement que dirige le Premier ministre Vicente Ehate Tomi, est composé de trois vice-Premier ministres, 24 ministres (dont six d’État), 25 ministres délégués et 52 vice-ministres ou secrétaires d’État. 89 ministres au total pour un pays de moins de 800.000 habitants. Avec ses 60 ministres, le Cameroun de Paul Biya tient bien sa place dans le hit parade des gouvernements obèses en Afrique. Les bailleurs de fonds (Fonds monétaire international et Banque mondiale) ont beau s’inquiéter de cette obésité, compte tenu des charges budgétaires que cela induit, dans un contexte de morosité, mais rien n’y fait. Au cours d’une conversation avec un ancien ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun (rapportée dans un câble de wikileaks), le président de la République, Paul Biya, justifiait la taille de son gouvernement par la « complexité » du Cameroun, qui est une mosaïque d’ethnies. Aussi est-il important de satisfaire toutes les composantes sociologiques du pays. L’argument avancé par le chef de l’Etat camerounais s’avère court, car s’il faut s’en tenir à cela, les Etats-Unis ou la France auraient des gouvernements « ultra obèses ». Or, le gouvernement Trump compte (seulement) 15 membres contre 17 ministres pour le gouvernement Cazeneuve. Comment comprendre dès lors que la première et la cinquième économie mondiale soient aussi parcimonieuses dans la distribution des postes ministériels et que des pays africains économiquement claudicants soient aussi généreux en la matière ? La vérité est toute simple. En Afrique, les postes au sein du gouvernement sont, dans bien de cas, considérés comme des parts de gâteau à un partager. Dans son infinie magnanimité, le prince s’applique à repartir les tranches de ce gâteau, en fonction des considérations ethnico-tribales, régionalistes, électoralistes ou simplement amicales. Il peut arriver qu’un « petit » arrondissement se retrouve avec trois postes de souveraineté ou qu’une partie du pays soit sevrée d’un ministère de souveraineté. De simples « bavures », pour le distributeur automatique des strapontins. On voit bien comment le chemin est long pour satisfaire tout le monde dans cette affaire. Autant revenir à la rationalité technocratique et réduire la variable politique à la portion congrue.

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