Jeudi, 12 December 2019
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Gestion des urgences:Laurent Esso change de disque

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Réputé taiseux et secret, le ministre de la Justice tente de se dédouaner dans l’affaire de la mutinerie à la prison de Kondengui, en faisant fuiter des correspondances adressées à certaines personnalités au sujet de ces événements.

Par Wamba Sop

« Les urgences, c’est à l’hôpital ». C’est dans l’esprit même de cette formule fétiche répétée à ses collaborateurs par Laurent Esso, qu’est écrit son message-porté du 30 juillet dernier, dans lequel il demande aux chefs des Cours d’appel des dix régions, de lui faire parvenir leurs suggestions en vue de la réduction des lenteurs judiciaires par voie législative, notamment les réaménagements et amendements susceptibles d’être envisagés dans les dispositions du Code pénal. Le ministre d’Etat, ministre de la Justice et garde des Sceaux,  qui a toujours su prendre son temps y compris en contexte d’extrême urgence, tente visiblement de gagner du temps en évoquant l’éventualité d’une nouvelle modification du Code de procédure pénale à la suite des mutineries des 22 et 23 juillet derniers dans les prisons centrales de Yaoundé-Kondengui et Buea, au lieu d’agir immédiatement sur la base des textes existants et des différents rapports produits aussi bien par son département ministériel que d’autres instances, à l’instar du barreau et de la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndhl).

La question de la surpopulation carcérale, cause la plus immédiate des récents événements à Kondengui et Buea prend ses racines dans le « dysfonctionnement du couple administration/Justice qui laisse souvent échapper la situation de certains détenus qui sont pourtant éligibles à la liberté.

Notamment les détenus à terme de peine, des détenus en paiement d’amendes, des détenus ayant des défauts de titre de détention », etc., énumère Me Christian Daniel Bissou, président de la commission des droits de l’Homme au barreau du Cameroun. Le projet dit « Habeas corpus », mis sur pied l’an dernier par cette instance dans l’optique de décongestionner les prisons en engageant des procédures d’urgence pour que les personnes détenues de manière illégale, inopportune et irrégulière (400 cas dans la seule prison centrale de Yaoundé en 2017, selon la Cndhl), a été presqu’ignoré par la chancellerie.

Bombe

Un décompte effectué par le gouvernement en 2015 indiquait qu’il y avait près de 10.000 détenus en plus dans l’ensemble des pénitenciers du Cameroun. L’on y comptait 26702 détenus, pour une capacité d’accueil cumulée d’à peine 17000 personnes. Un an plus tôt, le ministère de la Justice, dans son rapport sur l’état des droits de l’Homme dans le pays, notait que sur 25908 détenus à cette date, 15853 étaient des prévenus. C’est dire que Laurent Esso, qui est revenu à ce poste le 09 décembre 2011 après un premier passage entre le 19 septembre 1996 le 17 mars 2000, était suffisamment et depuis longtemps informé sur la bombe à retardement de la surpopulation carcérale. Il savait aussi que celle-ci s’était aggravée depuis la survenue de Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord en 2014, la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis le troisième trimestre 2016, entre autres (30701 détenus dont 1785 à titre préventif, de source officielle). Mais il n’a pas bougé le petit doigt. Comme à son habitude, l’ancien secrétaire général de la présidence de la République (2006-2011) s’est emmuré derrière un mutisme qui frise l’arrogance.

Par ailleurs, Laurent Esso qui fait partie des rares personnalités de la République à murmurer à l’oreille du chef de l’Etat, Paul Biya, ne semble pas avoir fait une quelconque pression sur ce dernier pour qu’il signe le décret d’application  des peines alternatives, prévues dans le Code pénal de 2016. Il n’a pas non plus, en tant que magistrat, veillé à l’application par ses collègues au niveau des tribunaux, du Code de procédure pénale qui veut que la privation de liberté soit une exception et non la règle comme c’est le cas jusqu’ici. Cette violation permanente de la loi se traduit par les déferrements systématiques au niveau des parquets. Des correspondances adressées le 26 juillet au secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, et le 16 juillet au ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, se sont curieusement retrouvées sur les réseaux sociaux au lendemain des mutineries de Yaoundé et Buea. Il y décrivait des tensions à la prison de Kondengui, sur fond de menace d’insurrection et suggérait qu’un certain nombre de détenus relevant du Tribunal militaire soient transférés dans d’autres lieux de détention de Yaoundé et ses environs. La fuite pourrait donc être partie du ministre d’Etat lui-même, dans le but de se dédouaner. Il en est de même du message-porté aux chefs de Cours d’appel.

Maurice Kamto

En clair, il gère désormais urgences et le montre. Curieuse mue pour ce haut magistrat à la parole publique rare, et qui sur le plan politique a essuyé une cuisante défaite l’an dernier dans son fief du Wouri (Littoral). Son champion, Paul Biya, avait été battu à la présidentielle dans ce département par Maurice Kamto.

Né le 10 août 1942, Laurent Esso est magistrat de formation. En cette qualité, il a exercé à Bafoussam comme procureur de la République près la Cour d’appel de l’Ouest, au début de la décennie 1970. En 1982, cumulativement avec ses fonctions de secrétaire permanent du Conseil supérieur de la magistrature, il est nommé conseiller technique au secrétariat général de la présidence de la République, avant de connaître une ascension fulgurante dans la haute administration : conseiller spécial à la présidence de la République (04 février 1984 -23 août 1985), secrétaire général adjoint de la présidence de la République (16 mai 1988-12 avril 1989), directeur du cabinet civil de la Présidence (13 avril 1989-18 septembre 1996), ministre de la Justice, garde des Sceaux (19 septembre 1996-17 mars 2000), ministre de la Santé publique (18 mars 2000- 26 avril 2001).

Le 27 avril 200, il est bombardé ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense. Il y reste jusqu’au 07 décembre 2004, date à laquelle il devient ministre des Relations extérieures. Le 22 septembre 2006, le natif de Douala rebondit à la présidence de la République comme secrétaire général.

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