Dimanche, 5 Juillet 2020
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Fraude électorale:Les partis politiques sur le pied de guerre

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 Chacun, y compris le parti au pouvoir, y va de sa stratégie pour surveiller ses votes dimanche prochain.

Par Cyril Marcel Essissima

Il est d’opinion établi et même académiquement enseigné que l’objectif d’un parti politique est la conquête ou la conservation du pouvoir. Sur cette voie, parfois tous les moyens sont bons. C’est ce qui explique par exemple que lors d’une élection, les acteurs en compétition recourent à la tricherie ou fraude au mépris des règles formelles du jeu électoral. Au Cameroun, tout au moins depuis le retour au multipartisme en 1990, systématiquement dans toutes les élections organisées jusqu’ici, les partis politiques, spécialement de l’opposition, ont toujours crié à la fraude. Ces griefs sont souvent appuyés par des éléments plus ou moins probants. Le double scrutin législatif et municipal du 09 février prochain, soit dans 48h exactement, donnera certainement lieu à un contentieux postélectoral houleux autour des techniques de fraudes les plus connues. On peut citer le bourrage des urnes, les charters électoraux, la poursuite de la campagne le jour du scrutin, le vote multiple de certains électeurs du fait de l’ancre qui n’est véritablement pas indélébile, les bulletins qui ne sont pas jetés dans le sac à rebus, etc.

Pour se prémunir de ces actes d’antijeu, certains partis politiques en compétition ont ficelé des stratégies, en plus des armes que leur offre la loi. Ainsi de l’Offre Orange que dirige Hilaire Kamga. Expert en questions électorales, il compte sur ce qu’il appelle les « commissariats civils pour la démocratie, initiés depuis une dizaine d’années ». Grâce à cette méthode, il entend déployer « des officiers de police électorale » qui sont des personnels initialement « outillés sur les techniques de fraudes électorales afin d’en lutter efficacement ».

À l’Union pour la fraternité et la prospérité (Ufp), le président Olivier Bile compte sur ses représentants dans les bureaux de vote. « Nous faisons le maximum d’efforts dans le but de mobiliser nos représentants pour faire en sorte que la vérité des urnes éclate de manière incontestable », a-t-il confié à nos confrères de Cameroon Tribune. Le plus souvent accusé à tort ou à raison de « tricher » aux élections, le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), ne se sent pas moins victime que ses adversaires. « La seule mesure qui compte c’est la présence dans les bureaux des représentants de tous les partis politiques, conformément au code électoral. Le Rdpc est le premier parti qui souhaite que le scrutin soit transparent, libre, et démocratique », fait savoir Jean Simon Ongola Omgba, un député Rdpc sortant dans la circonscription du Mfoundi. Et d’ajouter : « nous sommes organisés pour veiller au bon déroulement des opérations de vote. C’est une exigence pour la crédibilité du scrutin ; nous devons tous y veiller, car notre démocratie en évolution et en construction reste fragile. Nous devons la consolider», achève-t-il.

Droit de vie

Le président du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc), Issa Tchiroma, appelle quant à lui les électeurs à surveiller leurs votes, car, estime-t-il, « certains veulent récolter où ils n’ont pas semé ». Au sein du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn), c’est la loi du nombre. « On s’est arrangé pour que tous nos partisans ne quittent pas le lieu du vote avant la fin du scrutin. Les procès-verbaux seront escortés par les électeurs jusqu’au siège de la commission de supervision locale de vote. Nous allons également surveiller les charters », dévoile le secrétaire général du Mouvement 11 millions de citoyens, Aristide Eko. À Douala, le député du Social Democratic Front (SDF), Jean Michel Nintcheu, et le président du Nouveau mouvement populaire (Nmp), Banda Kani ont conçu ce qu’ils appellent la « brigade anti-fraude ». Dans sa fougue habituelle, Jean Michel Nintcheu va jusqu’à déclarer que cette brigade « a droit de vie et de mort sur les fraudeurs ».

Qu’à cela ne tienne, la fraude n’est pas l’apanage de quelques-uns. Tout le monde peut en être autant auteur que victime. Heureusement, le législateur a prévu un cadre pour dissuader les velléitaires. Selon l’article 288 du code électoral, « est puni des peines prévues par l’article 122 (1) du Code Pénal, celui qui : déchu du droit de vote, participe au scrutin ; vote soit en vertu d’une inscription frauduleuse, soit en prenant les noms et qualités d’autres électeurs inscrits ; à la suite des inscriptions multiples, vote plus d’une fois ». Les mêmes peines s’appliquent à toute personne chargée dans un scrutin « de recevoir, compter ou dépouiller les bulletins contenant les suffrages des citoyens, soustrait, ajoute ou altère des bulletins, ou indique un autre nom que celui inscrit ; à l’aide de fausses nouvelles, de propos calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses supprime ou détourne des suffrages, détermine un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter ».

Corruption

La même disposition frappe également celui qui, « avant pendant ou après un scrutin, par inobservation des dispositions législatives ou réglementaires, ou par tout autre acte frauduleux, viole le secret, porte atteinte à la sincérité, empêche les opérations du scrutin ou en modifie le résultat ; utilise à des fins autres qu’électorales, les données personnelles contenues dans le fichier électoral ; le jour du scrutin, avec violence ou non, se rend auteur ou complice d’un enlèvement frauduleux de l’urne ou de tout autre matériel électoral ». Au sens de la disposition pénale citée supra, celui qui « viole le secret du vote ; porte atteinte à sa sincérité, empêche les opérations de scrutin ; en modifie le résultat » encourt comme sanctions une « détention de trois mois à deux ans et une amende de 10.000 à 100.000 Fcfa ».

La corruption électorale n’est pas en reste. D’où l’article 289 du Code électoral, qui reprend une fois de plus certaines dispositions du Code pénal en son article 123 (1) pour sanctionner « celui qui : par dons, libéralités, faveurs, promesses d’octroi d’emplois publics ou privés ou d’autres avantages particuliers faits en vue d’influencer le vote d’un ou de plusieurs électeurs, obtient leur suffrage soit directement, soit par l’entremise d’un tiers ; directement ou par l’entremise d’un tiers, accepte ou sollicite des candidats des dons, libéralités, faveurs ou avantages cités ci-dessus ; par voies de fait, violences ou menaces contre un électeur, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi, d’exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, influence son vote ».

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