Jeudi, 17 Octobre 2019
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France: Dans l’antre des musiques du monde, à Bordeaux Cenon  

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Construit en 2010, le Rocher  de Palmer ouvre ses 6700 m2 de scènes et de studios à toutes les sonorités de la planète dont celles africaines, qui occupe 30% de la programmation.

Par Jean De Dieu Bidias, de retour de Bordeaux

Au début du mois juillet 2019, un grand groupe béninois, le Benin International Musical en l’occurrence, a presté en qualité d’invité dans le mythique Rocher de Palmer, construit sur le parc Palmer de Cenon, une commune du département de la Gironde, à Bordeaux (sud-ouest de la France). C’était dans le cadre du Festival des hauts de Garonne, le plus ancien des événements culturels d’été de la ville. Peu après lui, c’est la Malienne Mamani Keïta qui, invitée pour jouer avec des artistes d’autres continents, a fait des émules sur les planches de cette maison de spectacle aujourd’hui devenue un symbolise du brassage des cultures dans toute la région Nouvelle-Aquitaine. « C’est important de créer sur ce territoire de tels moments. Le festival est ouvert à toutes les cultures et toutes les musiques », explique le directeur artistique du Rocher de Palmer, Patrick Duval.

Ce mordu de culture qui fait aujourd’hui partie de ceux qui comptent dans la ville s’est fait connaître à travers une association dénommée « Musique de nuit », entre autres. Grâce à la politique d’ouverture qu’il met en œuvre, celle de la mixité des cultures, le Rocher de Palmer est de toute évidence aujourd’hui l’un des principaux espaces d’expression des musiques du monde, qui y occupent 50% de la programmation. « Musiques du monde c’est la traduction littérale du mot anglais Wold music, qui ne veut absolument rien dire. Parce que, toutes les musiques sont du monde. En France, les musiques du monde sont celles qui viennent d’Afrique, du Maghreb, d’Amérique latine, etc. C’est aussi des musiques traditionnelles, les musiques métisses. Nous mettons toutes les cultures sur le même pied d’égalité. Ça peut paraître normal, mais il n’y a pas une vieille tradition en la matière en France », développe Patrick Duval.

« New-Bell »

Qui pense qu’il important pour les populations étrangères vivant à Bordeaux d’avoir accès à leur patrimoine culturel.  « Il y a une grande discussion qui a lieu aujourd’hui en France sur ce qu’on appelle les droits culturels : c’est la possibilité pour chacun d’avoir accès à son patrimoine culturel. C’est fondamental. Ça veut dire que chacun doit avoir droit à ses musiciens, à ses musiques, etc. Nous avons accueilli ici en 2017 une chanteuse kurde qui s’appelle Aynur. Toute la communauté kurde est venue l’écouter. Et c’est important parce que, Aynur prestait jusque-là dans des gymnases, des salles qui ne sont pas des salles de concerts. C’est comme si l’on considérait que ces personnes-là étaient des artistes de seconde zone », regrette-t-il. Dans une société bordelaise très cosmopolite mais suffisamment intégrée, le discours de cet homme de culture passe plutôt bien. « Je vais prendre l’exemple d’un vieux groupe de musique marocain qui s’appelle Nass al Riwane ; ils ont joué dans la salle de 650 places il n’y a pas longtemps. Ce concert-là a été traité de la même manière que celui de la Française Vanessa Paradis qui va prester ici en décembre prochain ou Catherine Ringer qui vit à Mexico et qui sera là en novembre ».

Comme artistes camerounais, se rappelle le directeur artistique « nous avons déjà reçu Richard Bona qui est extrêmement populaire ici, Manu Dibango qui est un patriarche de la musique africaine et au-delà. C’est un peu les incontournables ici. Il y en a eu d’autres. Autre artiste camerounais, c’est Blick Bassy qui s’est installé depuis trois ans à Bordeaux en partie parce qu’il y a le Rocher de Palmer. Il vivait dans le nord de la France ; un jour il est venu jouer ici et m’a appelé pour me dire : « j’aime bien la salle, j’aimerais trouver une maison non loin d’ici. Il a pu trouver de l’espace en banlieue où il est en train de construire un studio d’enregistrement. Il vient régulièrement en résidence ici, nous travaillons ensemble », raconte-t-il, un tantinet ému. Avec l’accompagnement de l’équipe du Rocher de Palmer, notamment sur le plan du contenu, Blick Bassy a créé à Bordeaux un festival qu’il a nommé « New-Bell » et grâce auquel il existe aujourd’hui un partenariat culturel entre Bordeaux et Douala.  « Nous avons la mission de faire venir des artistes qui sont peut-être connus au Cameroun mais, qui ne le sont pas encore en France ou en Europe. C’est aussi pour présenter d’autres profils que ceux déjà connus. Au Cameroun il y a une scène dynamique, notamment autour du hip-hop ».

Visa  

Le seul problème parfois, regrette Patrick Duval, c’est que les artistes invités ne parviennent pas toujours à voyager parce que ça bloque au niveau du visa. En 2018, il y a eu une mission à Douala à laquelle faisait partie un grand Dj de Bordeaux. L’idée justement c’était de prendre des contacts avec la scène hip-hop camerounaise. Sous-réserve de l’obtention des visas, en décembre prochain, le Rocher de Palmer invite d’autres opérateurs culturels camerounais dont Dj Toko, Dj Maxtor, Dj Bouba, Kiki Elamè, qui sont tous de Douala.  « Il y a également un partenariat qui est en train de se nouer avec une association de Bordeaux qui s’appelle Migra Mc2A (Migrations culturelles Aquitaine-Afrique), qui travaille beaucoup sur les arts visuels et la photo », apprend-on. Une photographe de Douala, Olga Blanche Agoumé en l’occurrence, se rendra à Bordeaux en octobre prochain pour travailler avec le photographe Pierre Soubrier. Lui aussi de déplacera ensuite à Douala pour donner naissance à une exposition qui va circuler sur la capitale économique du Cameroun et ensuite sur l’agglomération bordelaise.

Construit sur 6700 m2, le rocher de Palmer possède un centre de ressources dédié aux cultures du monde (la Cabane du monde), une pépinière d’entreprises culturelles, une régie numérique, un espace de coworking, des cycles de formation et d’espaces d’expositions. Il est doté de salles de 1200 places (debout), 650 places (assises), de salon de musiques modulables de 250 à 450 places, etc. Inauguré en 2010, le Rocher de Palmer a coûté quelques 16 millions d’euros d’investissements, soit environ 10,4 milliards Fcfa. Les travaux avaient été financés par la commune de Cenon, les autres collectivités de Bordeaux, l’Union européenne et l’Agence nationale de rénovation urbaine de France. Son budget de fonctionnement annuel est 2,2 millions d’euros.

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