Lundi, 30 Novembre 2020
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Filière tabac:la difficile relance à l’Est  

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Depuis la fermeture de la Société camerounaise des tabacs en 1992, plusieurs acteurs s’affrontent sur le terrain pour le contrôle de la production et la commercialisation de ce produit.

Par Sébastian Chi Elvido

80 tonnes des tabacs. C’est la production réalisée par 1200 planteurs encadrés par Cameroon Golding Wrapper Group (CGWGS) au cours de la campagne agricole 2019. Pour obtenir cette production, CGWGS a créé deux hectares de champs semenciers dans le département de la Kadey et dans le Lom-et-Djerem. La même structure a aussi utilisé 35 techniciens pour l’encadrement des planteurs sur les méthodes culturales.

« Il s’agit d’un arrangement gagnant-gagnant qui garantit un approvisionnement constant en tabac et une amélioration de la vie économique et sociale des planteurs », explique le fondateur de CGWGS, Dobil Bakari. Ce dernier précise que « cette structure a été créée pour promouvoir l’emploi au sein des communautés défavorisées et assurer le développement de la culture du tabac tout en mettant l’accent sur la valorisation du tabac de Cape ».

La production régionale quant à elle est estimée, en 2019, à 725 tonnes de tabac de Cape et 30 tonnes de tabac de Coupe. Lors de la campagne agricole 2018, et selon les statistiques du Projet national d’appui au développement du tabac et des plantes stimulantes (Pnadtps),  « 625 tonnes  de Cape et 328 tonnes de Coupe ont été produits  par 7500 producteurs encadrés par six sociétés tabacoles dans le Lom-et-Djerem et la Kadey. Le coordonnateur national du Pnadtps, Joseph Woumké, qui révèle ces statistiques, affirme qu’à l’heure actuelle, « l’Est est la seule région qui produit le tabac au Cameroun qui est exporté au marché mondial ». Cependant, note-t-il, « il y a une bataille féroce entre les sociétés et entre les producteurs sur le terrain ».

Ces batailles, apprend-on,  se résument au non-respect des contrats entre les producteurs et les sociétés et au non-respect des zones de production entre les concurrents. A ces combats, les dirigeants de la Cameroon Golding Wrapper évoquent d’autres difficultés, parmi lesquelles « le manque de pistes agricoles, le manque de centres de conditionnement de tabac, le vieillissement des planteurs et la concurrence déloyale des sociétés qui viennent acheter le tabac auprès des planteurs qu’ils n’ont pas encadrés ».

Société camerounaise des tabacs

Pourtant, à en croire le coordonnateur national du Pnadtps, « le tabac est un secteur porteur du produit intérieur brut (Pib) ». En effet, cette culture était l’une des principales sources de revenus et d’emplois pour les populations de l’Est après les indépendances. Pour encadrer les planteurs, l’Etat avait créé la Société camerounaise des tabacs (Sct). Malheureusement, à cause de la crise économique en 1992, la Sct a cessé ses activités, laissant les milliers de planteurs et d’employés dans le désarroi. Depuis lors, plusieurs initiatives de relance ont été entreprises et certaines ont même reçu des subventions de l’Etat.

Malgré tous ces appuis, la culture de tabac n’a véritablement pas repris son envol. En fait, plusieurs acteurs viennent dans la filière juste pour s’enrichir sans véritable souci d’améliorer les conditions de vie des planteurs, développer la filière afin de lutter contre la pauvreté et contribuer au Pib du pays. D’où le règne des batailles sur le terrain depuis plus de 20 ans aujourd’hui.

Batailles

Au moment où il était ministre de l’Agriculture et du développement rural, (Minader), Jean Nkueté avait effectué une visite à l’Est en 2007 suite « aux tensions et à la cohabitation difficile entre les producteurs de tabacs ». Une séance de travail  avait eu lieu à l’Ecole technique d’agriculture d’Abong-Mbang avec les directeurs généraux des sociétés de tabac, les responsables de l’Agriculture et le gouverneur de l’Est. Ceci « à l’effet de restructurer la filière tabac en identifiant clairement ce que fait chacun sur le terrain ». Durant les travaux, toutes les flèches avaient ciblé la Fédération des planteurs du tabac et autres cultures vivrières du Cameroun, (Fptc).

Le gouverneur de l’Est de l’époque, Abakar Ahamat, avait soutenu qu’il ne connaissait par les activités de la Fptc, alors que les magasins de cette structure sont implantés à Bertoua. Par contre, l’ex-patron de l’Est avait affiché son soutien aux actions des concurrents de la Fptc ; en l’occurrence, la Cetac et la Mct. Il expliquait alors que comme la défunte Sct, ces deux structures encadrent les planteurs et achètent leurs produits alors que la Fptc achète seulement les tabacs auprès des  planteurs encadrés par ses concurrents.

Les responsables de la Fptc estimèrent quant à eux qu’ « il y avait des réseaux obscurs qui s’activaient dans le noir contre leur société qui encadrait 3500 planteurs depuis la faillite de la Sct et qui était bénéficiaire de 2 milliards Fcfa des fonds Ppte du Minader dans le cadre de son Projet de relance de la production tabacole, (Partec) ». A Abong-Mbang, Jean Nkueté avait aussi révélé que l’ex-ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, Niels Marquart, avait saisi le Minader au sujet des problèmes du secteur de tabac à l’Est puisque Cetac et Mct, en concurrence avec d’autres entreprises, étaient des sociétés à capitaux américains.

Autre indice des batailles, en 2004, le préfet de la Kadey avait interdit la collecte des tabacs par la Fptc sur l’ensemble de son département, estimant que les planteurs n’étaient pas payés. Une semaine plus tard, c’était un arrêté du gouverneur de l’Est qui mettait fin aux activités de cette Fédération sur l’étendue de son unité de commandement. Il avait fallu l’intervention du ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale de l’époque, Marafa Hamidou Yaya, pour que les choses reviennent à la normale. A ces combats, il faut ajouter l’opacité qui entoure la production du tabac, compte tenu du manque de statistiques fiables auprès des producteurs et les sociétés qui collectent.

Valeur économique

Malgré ces batailles, l’Etat, à travers le Projet national d’appui au développement du tabac et des plantes stimulantes (Pnadtps) du ministère de l’Agriculture et du développement rural, soutient les producteurs avec du matériel agricole, des intrants et de l’appui conseil. Pour avoir une idée de sa valeur, le prix d’un kilogramme de tabac selon diverses sources, varie entre 1000Fcfa et 2000Fcfa en fonction de la qualité.

Ce qui signifie que pour la campagne agricole 2018, les 625 tonnes de tabac de Cape et 328 tonnes de Coupe ont généré un minimum de 953 millions Fcfa auprès des producteurs locaux. Et lorsqu’on considère que ce prix est pratiquement doublé au niveau du marché mondial, la filière tabac aura généré au moins de 2 milliards Fcfa par an.

Pour mettre de l’ordre dans la filière, les maires des zones de production estiment qu’il faut opérer une cure appropriée. Celle-ci passe par la délimitation des zones de production de chaque société et la mise en place des mécanismes de collecte d’impôt auprès des producteurs et des acheteurs, ainsi que par la valorisation des emplois dans le secteur.

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