Lundi, 27 Janvier 2020
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Exploitation forestière:L’implantation d’une industrie fait polémique

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Des populations de Nyeté et Campo, dans la région du Sud, désapprouvent la cession de 60 000 ha de forêt à l’entreprise Camvert pour la production d’huile de palme.

Par Adrienne Engono Moussang, de retour de Nyétéet Campo

Une concertation a été présidée par le sous-préfet de l’arrondissement de Nyété, département de l’Océan, région du Sud le 12 septembreMbotiji Hotison Babilaa voulu recueillir les avis des uns et des autres sur le projet de création d’une unité de production et de transformation d’huile de palme. 60 000 hectares de terre sont requis par l’entreprise Camvert ; 56 000 ha dans l’arrondissement de Campo et 4 000 ha à Nyété

Le terrain en voie de libération suite à un avis au public du ministre des Forêts et de la Faune (Minfof), Jules Doret Ndongo, signé le 15 mai 2019 porte déclassement d’une partie  de l’Unité forestière d’aménagement (Ufa09-025)  qui a une superficie totale de 88 147 ha. L’espace en question est situé entre la route Campo-Kribi à l’est et le parc national de Campo Ma’an à l’ouest avec lequel il partage une limite sur environ 50 km. En rappel, l’Ufa avait été créée le 14 février 2005 par un décret du Premier ministre. Destinée à l’exploitation forestière, elle sera certifiée 2016. 

« Si le projet a l’accord du gouvernement c’est qu’il est important en terme de création d’emplois », indique le sous-préfet. Seulement, les populations de Nyété,  représentées par leurs chefs traditionnels restent perplexes ; le même langage leur a été tenu lorsque s’installaient,  il y a quarante ans par-là, la société de production d’hévéa (Hevecam) et celle de production du palmier à huile (Socapalm).  « Mais, nous sommes restés pauvres et je dois même dire que nous nous appauvrissons davantage », regrette le chef du village Adjap.

Pêche

Les mêmes craintes sont exprimées dans l’arrondissement de Campo. Rencontré le 13 septembre dernier chez lui, Nestor Kowe est rentré de l’eau au petit matin. Pour le pêcheur d’Ebonje dans l’arrondissement de Campo, toujours dans  l’Océan,  la pêche n’est plus florissante comme par le passé. Marié et père de quatre enfants, il ne cache pas son inquiétude quant aux probables  impacts négatifs que pourrait avoir le projet de création d’une unité de transformation d’huile de palme. Des impacts qui viendraient se greffer à ceux de Hevecam, de Socapalm et du Port en eau profonde de Kribidont il ressent les conséquences.

« Les produits utilisés par les agro-industries, notamment Hevecam ont pollué l’eau. Un matin, nous avons constaté qu’il y avait beaucoup de poissons mortsqui surnageaient. Et depuis lors, la pêche ne donne pas», indique-t-il.  Même s’il peut, comme son père, Romain Kowe, patriarche dudit village, reconnaître que l’initiative en cours va créer des emplois pour les jeunes comme lui, il ne croit pas au développement qui leur est promis. « Nous n’avons ni électricité, ni eau potable, ni centre de santé, ni enseignants alors que l’Océan abrite des grands projets. Ils ne nous laissent que la pollution. Même la route, ils n’entretiennent pas alors que ce sont leurs véhicules qui la dégradent », se plaint le jeune pêcheur.

Production durable 

Son père par contre garde espoir. « Nous pensons que nous allons nous rattraper avec Camvert. Nous avons pensé que nous devons lui demander de résoudre les problèmes de pollution que son activité va causer. Nous avons aussi la formation de nos jeunes et la création des champs communautaires pour le palmier et les produits vivriers », renseigne le patriarche

Dans ce village, comme dans bien d’autres de cet arrondissement, Il faut au moins deux heures à voiture pour couvrir une distance de 10km à cause des bourbiers qui jonchent les routes. Les questions foncières commencent à se faire ressentir avec la pauvreté des cours d’eau en poisson. « Les bruits que produit le Port en eau profonde du Kribi fait fuir le poisson.  Nous ne disposons pas d’engins pour nous déplacer et aller pêcher plus loin. Et nous sommes obligés de faire un peu plus de champs qu’avant pour joindre les deux bouts. Si une autre agro-industrie s’installe ici, où allons-nous cultiver ? La pêche même deviendra difficile voire impossible », estime Nestor Kowe. Les réserves sur la création d’une agro-industrie sur l’Ufa 09-025 ne sont pas émises que par les populations riveraines. 

Pour plusieurs raisons, une trentaine dorganisations de la société civile intervenant dans la protection de l’environnement a signé une pétition demandant au gouvernement de réorienter le projet qu’elles trouvent important pour l’offre en huile de palme et produits dérivés. « Pour un projet d’une telle envergure, Camvertn’a aucune expérience en la matière. Comment peut-il tout d’un coup demander 60 000 ha ?  C’est inquiétant car si l’on prend le cas des sociétés qui sont dans le domaine depuis 50 ans comme la Socapalm,  elles n’ont pas atteint 50 000 ha de terre à ce jour. Comment va procéder Camvert qui n’a qu’un capital social de cinq millions Fcfa ? » s’interroge John Takam, coordonnateur de l’Environment Gouvernance Issue (EGI), basée à Buea dans la région du Sud-Ouest.

Pour Aristide Chocgom, coordonnateur de Gda,« lorsque la Socapalm s’installait dans la même zone, l’on avait dit que ce sera pour réduire la pauvreté des populations. Mais aujourd’hui, c’est plutôt la grande misère. Il y a des gens qui vivent dans les plantations avec la pollution. Le poisson a diminué parce que les eaux sont souillées. Les enfants grandissent et se retrouvent dans les plantations pour des tâches minables comme les parents  parce qu’ils n’ont pas reçu de formation adéquates »

Sur le plan environnemental et de la lutte contre le changement climatique, « la proximité du projet avec le parc national de Campo-Ma’an va perturber la biodiversité logée dans cette aire protégée, réduire le domaine permanent de l’Etat et compromettre la promesse du Cameroun  de créer des réserves forestières sur 30% de son territoire national. Sans oublier que lors de la 21e Conférence des parties (Cop21) tenue à Paris en 2015, dans sa Contribution déterminée au niveau national (Cdn), le Cameroun s’était engagé à réduire de 32%, ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035 par rapport au niveau de 2010. Ceci pour contribuer à la lutte contre le changement climatique », ajoute M. Checgom

Déforestation

Mutations a voulu en savoir plus sur les motivations de la décision du gouvernement à déclasser l’Unité forestière d’aménagement 09-025 en faveur d’un complexe agro-industriel de production et de transformation d’huile de palme. Néanmoins, l’on apprend qu’il s’agit de combler le déficit national en production d’huile de palme afin de limiter les importations qui coûtent des milliards Fcfa chaque année au budget de l’Etat. « Le Minfof qui s’est étonné de ce large déboisement a engagé une concertation avec les administrations sectorielles et l’espace pourrait être revu à la baisse », confie une source proche du dossier. Cette concertation est sans doute motivée par le souci du gouvernement à respecter ses engagements dans la lutte contre le changement climatique. Surtout qu’elle intervient au moment où, sous l’égide de l’Organisation des nations unies, se tient à New York un Sommet extraordinaire sur le climat.

Il ne faut cependant pas perdre de vue que le Cameroun fait partie de l’Initiative africaine de production durable du palmier à huile prise en marge de la Cop 21 ; laquelle prône la réduction de la déforestation. C’est pourquoi les défenseurs de l’environnement et des droits fonciers suggèrent l’encadrement des populations pour la création des plantations familiales. Ceci pour réduire la déforestation et la pauvreté. Et surtout en sauvegardant les aires protégées, comme le parc national de Campo-Ma’an. Pour sa part, Camvert promet de respecter ce qui sera contenu dans le cahier de charges.

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