Vendredi, 19 Octobre 2018
Accueil quotidien mutations opinions Évocation à propos du centenaire de l’entrée en guerre des Etats-Unis

Évocation à propos du centenaire de l’entrée en guerre des Etats-Unis

297
- Publicité -

Donald Trump, le président des Etats-unis, a été l’hôte de marque du président français Emmanuel Macron lors du défilé du 14 juillet 2017 à Paris, pour marquer le Centenaire de l’entrée en guerre des Etats-unis.

Par Bernard Ouandji

Tout s’est très bien passé, entre dîner et parade sur les Champs-Elysées ; un mot de M. Macron a forgé ces retrouvailles « Rien ne nous séparera des Etats-unis ». Cependant notre lecture des événements passés et de l’actualité  porte à croire que beaucoup de concepts séparent les américains des français, tout au moins quand on considère que, selon notre lecture des événements militaires et politiques qui se sont déroulés au Cameroun et en Palestine

Notre thèse souligne que le Cameroun doit son indépendance à l’entrée en guerre des Etats-unis en 1917 ; en effet, aussitôt les forces allemandes définitivement chassées du Kamerun, les vainqueurs franco-britanniques s’étaient partagés la possession allemande dans l’intention de l’intégrer chacun dans sa colonie voisine, le Nigeria pour la partie occidentale  dévolue à la Grande – Bretagne, l’Afrique équatoriale française pour le Cameroun oriental alloué à la France ; dès le 3 mars, les deux chefs des corps expéditionnaires consignent sur papier les lignes d’occupation militaire du terrain abandonné par les vaincus. Le plan de partition du Kamerun obéira grosso modo au principe « j’y suis j’y reste », en fonction du positionnement des troupes sur le terrain, les troupes britanniques tournées vers le Nigeria, les troupes françaises étant venues du Gabon, du Congo et du Tchad.

Le Kamerun avec ses frontières allemandes issues de la Conférence de Berlin de 1885 devant être rayé de la carte selon la partition effectuée par les franco-britanniques ; de nos jours si on parle encore du Cameroun en tant que entité politique internationalement reconnue, tel n’est pas le cas pour d’autres ex-possessions allemandes qui ont été définitivement démembrées (le cas du Togoland, du Ruanda-Urundi).

C’est Wilson, président des Etats-unis qui a empêché l’annexion du Kamerun lors de la Conférence de Paris en 1919, où il expose un plan en quatorze points pour terminer la guerre et instaurer une paix durable. Les grandes lignes du plan américain incluent la liberté de navigation dans les mers et l’autodétermination des peuples victimes de la guerre.

L’un des points du plan défendu par Wilson stipule que les ex-possessions coloniales des puissances vaincues ne doivent pas être annexées en vue de leur intégration dans les empires européens victorieux, à savoir le British Empire et l’Empire français ; pour mesurer le courroux des diplomates et militaires franco-britanniques, il faut considérer que le plan Wilson autorise l’annexion, mieux le retour de l’Alsace-Lorraine arrachée aux Allemands, et plusieurs autres modifications de frontières en Europe qui entraîneront la naissance de nouveaux états en Europe centrale et dans les Balkans. La position américaine concernant les possessions outre-mer est ferme ; ces possessions seront administrées par la Communauté internationale sous l’égide de la Société des Nations, organisme créé sur place par le Traité de Versailles le 28 juin 1919 ;

la SDN à son tour va octroyer mandat d’administrer les territoires en cause en vue de leur auto-détermination plus indépendance ultérieure. Curieusement, les diplomates franco-britanniques vont arracher à la SDN le mandat d’administrer chacun la portion du territoire kamerunais militairement conquis. En tout état de cause, le Cameroun dans ses frontières d’aujourd’hui doit son indépendance à l’entrée en guerre des Etats-unis en 1917.

Les diplomates franco-britanniques à la Conférence de Paris en début 1919 ne sont pas les seuls courroucés. Le président Wilson a débarqué portant avec lui le courroux du Sénat américain suite à la révélation de l’Accord Sykes-Picot ; c’est une entente négociée par les diplomates Sykes (britannique) et Picot (français), signée par la Grande Bretagne et la France, le Tsar de Russie étant le garant et détenteur d’une copie originale.

En effet, si les possessions allemandes visées dans le plan américain se trouvent surtout en Afrique, les possessions de l’Empire Ottoman, l’autre grand vaincu, se trouvent au Moyen-Orient. Les Ottomans avaient dominé tout le couloir Syrien, la Palestine, toute la péninsule arabique depuis cinq siècles, jusqu’en 1830, n’ayant perdu que l’Algérie et l’Egypte, désormais entre les mains des …. Franco-britanniques. Les possessions ottomanes sont commercialement stratégiques et sentimentalement précieuses car elles abritent les lieux saints chers aux chrétiens d’Occident.

Or, dès le 16 mai 1916, la France et la Grande-Bretagne, espérant la victoire finale, avaient signé en secret l’Accord Sykes-Picot dans le but de se partager les possessions ottomanes, démembrées en plusieurs « zones d’influence » franco-britanniques.

Diviser pour régner, d’autant plus que la Nation arabe elle-même était animée par une kyrielle de chefs de guerre contrôlant chacun un pan de désert plus ou moins riche en pétrole ; il faut donc obtenir leur entrée en guerre contre les Ottomans en échange d’une promesse d’indépendance à la fin de la guerre.

Un militaire espion anglais, Lawrence d’Arabie, rencontrera un à un les cheikhs, émirs arabes pour susciter leur entrée en guerre, avec des armes et moyens militaires franco-britanniques ; il aura du succès car les chefs arabes vont opérer dès juin 1916 à Damas ce que l’histoire a forgé sous le mot « soulèvement arabe – arab uprising ». La duplicité des franco-britanniques peut se résumer comme suit : d’un côté  les colonialistes européens promettent l’indépendance de la Nation arabe ; de l’autre côté l’Accord Sykes-Picot accapare les territoires qui englobent les états connus de nos jours avec pour noms Syrie, Liban, Israël (toute la Palestine) Irak, Koweit, Arabie saoudite, Jordanie.

Accord Sykes-Picot 

Le Sénat et le public américains sont très courroucés parce que les Etats-unis sont entrés en guerre en 1917, sans être au courant de cette entente secrète connue sous le nom l’Accord Sykes-Picot ; or des centaines de milliers de soldats américains meurent  pour sauver deux complices franco-britannique qui se sont déjà partagé le butin de guerre.

Ce n’est qu’en février 1918 que l’accord secret Sykes-Picot est dévoilé par Lénine et ses compagnons, après la chute du Tsar. En conséquence, le plan en quatorze points touche de plein fouet l’Accord Sykes-Picot ; donc pas d’annexion des possessions ottomanes du Moyen-Orient ; il y aura plutôt un régime de mandat conduisant à l’auto-détermination, en un mot même traitement que le Kamerun. Sous l’égide de la SDN, la France reçoit mandat sur la Syrie et le Liban ; la Grande-Bretagne reçoit mandat sur la Palestine et tout ce monde devra accéder à l’indépendance, cependant que l’Arabie saoudite devient indépendante dès 1922 avec un très fort appui des Etats-unis.

Le problème au Moyen-Orient se corse parce que les financiers juifs de Londres, Boston et New York qui financent les opérations de guerre des Etats-unis, ont obtenu en échange, la promesse de la création d’une future nation juive en Palestine. Cette promesse est forgée dans la déclaration Balfour en novembre 1917 et engage les gouvernements de Londres et Washington. Voilà l’autre raison, sinon la plus importante, de la vison d’autodétermination du plan Wilson ; la Communauté internationale  devra donc résoudre l’équation Une Palestine, deux nations, l’une arabe, l’autre juive, problématique qui subsiste encore jusqu’aujourd’hui.

La SDN

Nous sommes autorisés à conclure que l’entrée en guerre des Etats-unis en 1917 a suscité le processus d’indépendance du Cameroun, d’Israel, et des autres pays au sort lié. Mais pourquoi ces indépendances ne sont-elles intervenues qu’après la seconde guerre mondiale ? La réponse est qu’en 1919, les Etats-unis n’ont pas encore les moyens militaires de leur politique, n’étant que troisième ou quatrième puissance navale du monde ;

La Grande Bretagne et la France faisant tout pour torpiller la SDN ; en Palestine la Grande-Bretagne s’obstine obligeant les nationalistes de l’Irgoun à prendre les armes contre les forces britanniques pour évoluer vers l’indépendance d’Israël. Il faudra une autre guerre en Europe et dans le monde, à l’issue de laquelle les Etats-unis vont émerger comme l’un des deux super-grands, pour que la SDN soit transformée en ONU et que le Conseil de Tutelle de l’ONU soit en mesure d’opérationnaliser le concept d’auto-détermination des peuples. En 1949, l’ONU accepte l’indépendance de la Syrie, du Liban et d’Israël.

 

Dans la région Afrique, la France s’obstine à maintenir le colonialisme. Par conséquent, aussitôt débarqué en Afrique du Nord en novembre 1942 (non sans avoir essuyé le feu des militaires français présents à Alger), le général Eisenhower va susciter ou appuyer des mouvements nationalistes pro-indépendance dans son territoire de commandement en Afrique du Nord et en Syrie. Un an plus tard, en fin novembre 1943, en marge de la Conférence de Casablanca réunissant les chefs politiques Churchill et Roosevelt avec Eisenhower et les chefs militaires français les généraux de Gaulle et Giraud qui sont en rivalité pour le leadership, les Etats-unis imposent la légalisation du parti Istiqlal, en échange de la reconnaissance du général de Gaulle comme légitime chef de la France alliée.

Dans la foulée le général de Gaulle reconnait également l’indépendance de la Syrie où des officiers nationalistes ont pris les armes contre l’Armée française depuis 1937 ; en janvier 1944, le général de Gaulle réunira les élites africaines lors de la Conférence de Brazzaville où le mot Emancipation sera prononcé. Au Cameroun français, la Mission presbytérienne américaine va jouer un rôle de première heure pour susciter la conscience nationale des planteurs de cacao des régions du Ntem-Kribi, la mission évangélique suisse-allemande idem auprès des Bamiléké planteurs de café du Mungo. Quelques années plus tard, les nationalistes camerounais de l’UPC vont déposer une requête réclamant l’indépendance du Cameroun seulement pour essuyer le refus obstiné de la France, puis essuyer les coups de feu de l’Armée française. Pour terminer, si rien ne séparera plus la France des Etats-unis, force est de conclure que, par rapport à la question coloniale et néo-coloniale, les Etats-unis et la France ont de tous temps menés des politiques aux antipodes l’une de l’autre.

Economiste de classe internationale – Membre du Directoire de l’UPC

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP