Vendredi, 17 Août 2018
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Drame de l’enseignant, drame du Cameroun

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Alain GeorgeS Boyomo

Des enseignants dans la rue pendant trois jours pour réclamer le paiement de 25 à 60 mois d’arriérés de salaire. Le scénario ne se déroule pas en République centrafricaine, pays qui se relève à peine d’une longue et coûteuse guerre civile ; mais au Cameroun, « îlot de stabilité »qui abrite un « gouvernement qui dure 30 ans ». Devant le ministère de la Fonction publique et le ministère des Finances (Minfi), ces diplômés des écoles normales supérieures ont crié leur misère sous le soleil, abandonnant leurs élèves dans les salles de classe. Ils ont, au passage, décrié la corruption qui a fait son lit dans les services du Minfi. Une pratique qui les prive d’une part consistante du peu de rémunération que le gouvernement veut bien leur accorder. Il n’en fallait pas plus pour que l’équipe Yang, qui préfère manifestement, pour des raisons inavouées, gérer les crises plutôt que de les prévenir, se mette en mouvement. Face au « collectif des enseignants indignés », des ministres, plus portés vers le confort de leurs bureaux que vers le cambouis du terrain, ont fait mine de descendre de leur piédestal. Pour ne justifier la situation dramatique à laquelle sont confrontés les grévistes que par les « difficultés financières ». Reléguant dans les tiroirs de l’oubli, l’inertie et la bureaucratie qui constituent l’Adn de la gouvernance au Cameroun. Omettant de reconnaître que « gouverner, c’est prévoir ». Dans un Etat qui se vante de sa résilience, la qualité de la dépense ne devrait pas être une vue de l’esprit. Le drame vécu par les enseignants « indignés » questionne. Est-il normal qu’on délaisse autant ceux qui ont vocation à former les Camerounais de demain ? Les professionnels de la craie doivent-ils être les seuls à payer « l’effort de guerre » alors qu’au même moment, des dépenses somptuaires sont consenties par le gouvernement pour des circonstances folkloriques ? Le drame de l’enseignant camerounais doit pouvoir interpeller toute la société camerounaise. Car permettre que l’élite camerounaise de demain soit formée au rabais, par des enseignants clochardisés, dans un environnement d’inhumanité, c’est sacrifier l’avenir du pays. L’autre question est de savoir si la société camerounaise est encore capable d’indignation. Au plus fort de l’affaire Monique Koumatekel, le philosophe Nkolo Foé (interviewé chez notre confrère Le Jour), était optimiste à ce sujet : « Le retour de l’indignation est réel. Il est synonyme de réveil moral de la nation, prélude sans doute à un authentique réveil politique. Je parle d’authentique réveil politique parce que les éructations bravaches contre un «pouvoir vieillissant et honni » et les foucades spectaculaires de quelques politiciens exigeant la chute immédiate du régime sont stériles ». Mais, au vu du silence de la société civile et des partis politiques sur les évènements de la semaine dernière, on ne peut que relativiser l’optimisme du philosophe émérite. L’affaire Koumatekel n’était qu’une éclaircie dans la nuit noire. De fait, en dehors de la presse, les autres contre-pouvoirs ont ignoré le mouvement des « indignés », prélude, si l’on n’y prendre garde, au «chaos» du Cameroun. Un chaos qui prend corps à l’ombre des violences à Bamenda et des actes terroristes de Boko Haram, dans l’Extrême Nord.

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