Jeudi, 29 Octobre 2020
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Eneo:Trois fronts électriques

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Au centre de plaintes multiples de la part des usagers, l’entreprise contrôlée par le Britannique Actis assure à la fois la production, la distribution et la vente de l’énergie électrique au Cameroun.

Par Lucien Bodo*

Jeu d’étincelles permanent entre Eneo et ses clients. La situation est telle que parfois, la seule évocation de cette entreprise durant une conversation suffit à installer une ambiance électrique. Pour beaucoup en effet, son nom est synonyme de délestages, et tout incident sur le réseau lui est imputé. La société contrôlée par le Britannique Actis depuis 2014 a effectivement autrefois eu la charge de presque tous les aspects de l’électricité au Cameroun. Mais, face aux défaillances observées, l’Etat a opéré plusieurs changements pour essayer d’améliorer ce service public.

Ces modifications sont consacrées par la loi du 14 décembre 2011 régissant le secteur de l’électricité, ainsi que son décret d’application du 24 septembre 2012. Des textes qui inaugurent l’entrée en scène de nouveaux acteurs pour la gestion de ce domaine à la fois vaste et sensible. Ainsi, au sens de l’avenant numéro 3 (1er novembre 2018) du contrat qui le lie à l’Etat du Cameroun, Eneo ne s’occupe désormais plus que d’une partie de la production, assure la distribution et gère la vente de l’énergie électrique.

Production

Dans le portefeuille « Production » de la société dirigée par Eric Mansuy, l’on retrouve trois centrales hydroélectriques : Song-Loulou (d’une capacité de 384 MW), Edea (276 Mw) et Lagdo (73 Mw). Eneo exploite aussi trois barrages-réservoirs pour la régulation du fleuve Sanaga : Bamendjin, Mbakaou et Mapé. Afin d’atteindre ses objectifs de production, l’entreprise a également recours à l’énergie thermique.

Six centrales fonctionnant au diesel sont ainsi connectées au réseau : Oyomabang à Yaoundé, Bassa à Douala (En arrêt depuis qu’il y a la centrale à gaz), Logbaba II (Douala), Bafoussam, (En arrêt depuis la mise en service de la centrale PTU Bamenda) et Limbe (En arrêt pour travaux). A ceci s’ajoutent 26 petites centrales isolées réparties sur l’ensemble du territoire national. Au total, selon son rapport d’activités annuel de 2018, Eneo dispose d’une capacité installée de 999 Mw.

Du fait de l’état du réseau et de la qualité générale des infrastructures, très vétustes, une nouvelle période d’investissement lui a été concédée. La 1ère va de la signature de l’avenant numéro 3 en 2018  jusqu’au 31 décembre 2019 ; la 2e période s’étale du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2026 ; et la dernière se situe entre le 1er janvier 2027 et le 31 décembre 2031. Durant ce créneau calendaire, Eneo devra entreprendre de réhabiliter les ouvrages de production de Song-Loulou, Edéa et Lagdo. Sur le terrain, ces travaux titanesques ont déjà débuté dans plusieurs compartiments de ces différentes infrastructures.

D’après son contrat, Eneo doit par ailleurs créer, au plus tard le 17 juillet 2021, une filiale de droit camerounais destinée à gérer le volet production. Il transfèrera à cette filiale, dont elle disposera de la totalité des titres et droits de vote, l’ensemble des actifs, droits et obligations, relatifs à cette activité.

Distribution et vente

Pendant des années, Eneo a également assuré le transport et la gestion du réseau de transport de l’énergie produite dans les différentes centrales du pays. La réorganisation du secteur fait que ce pan incombe désormais à la Société nationale de transport de l’électricité, créée en 2015, mais ne se déployant effectivement sur le terrain que depuis le 1er janvier 2019. En plus de la production dans certains ouvrages, Eneo ne s’occupe donc que du réseau de distribution.

Celui-ci consiste à acheminer l’énergie du transformateur HTB/HTA jusqu’au client final. Il permet de transporter l’énergie électrique à l’échelle locale, des centres de distribution vers le client final : les petites et moyennes entreprises, les villes, les grandes surfaces, les commerces, les artisans, les particuliers, etc. L’entreprise s’est organisée en neuf régions électriques pour assurer ce service : Douala, Littoral et Sud-Ouest, Ouest et Nord-Ouest, Centre, Sud, Yaoundé, Sanaga Océan, Nord et Est.

 Le contrat d’Eneo aurait dû prendre fin en 2021. Mais la société a sollicité et bénéficié d’une rallonge de 10 ans. Ce qui la lie désormais au Cameroun jusqu’au 17 juillet 2031. Pendant cette période, ses investissements doivent également porter sur l’amélioration de l’accès à l’électricité. Selon ses propres estimations, l’entreprise se dit capable de faire progresser la situation actuelle de 1,5% par an (entre 2019 et 2021), 2,25% par an (entre 2022 et 2026) et 2,25% par an (entre 2027 et 2031).

Une opération pas du tout aisée du fait de la dégradation des infrastructures de distribution qui sont parfois à l’origine de multiples pannes. Pour résoudre ce problème l’électricien a opté pour un remplacement des poteaux de bois arrivés en fin de cycle. L’entreprise achète également de l’énergie auprès de producteurs indépendants pour accroître son offre de distribution.

Du reste, Eneo est engagée dans un vaste chantier modernisation de la distribution à travers le recours à la technologie. Celui-ci se matérialise surtout par la mise-à-jour des systèmes de comptages et des services associés, ainsi que l’acquisition d’un logiciel qui permet d’étudier le comportement du réseau de distribution et d’anticiper sur d’éventuelles défaillances. La modernisation a également vu apparaître des possibilités tels que le paiement des factures par mobile money ou encore l’installation des compteurs prépayés.

Créances

Au plan financier, l’activité d’Eneo est régulièrement perturbée par des problèmes de trésorerie. Selon son directeur général, à fin 2019, l’électricien devait plus de 155 milliards Fcfa à ses fournisseurs, dont certains ont cessé de le ravitailler pendant une certaine période. Situation à l’origine de régulières coupures de courant.

Dans le même temps, en fin d’année dernière toujours, la dette due à l’électricien s’élevait à plus de 180 milliards Fcfa dont 63 milliards Fcfa détenus par les seules entreprises publiques ou à capitaux publics du Cameroun. L’Etat a promis de payer un premier montant de 45 milliards Fcfa en allant sur le marché des titres publics de la Banque des Etats de l’Afrique centrale.

 

Eneo en bref

Actionnariat : Actis (51%), Etat du Cameroun (44%) et personnel (5%) ;

Capacité installée : 999 Mw ;

Domaine d’intervention : Production, distribution et vente de l’électricité ;

Directeur général : Eric Mansuy ;

Effectif : 3697 employés (2018) ;

Date de la fin du contrat : 17 juillet 2031.

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