Mercredi, 12 December 2018
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Eko Roosevelt:les échos d’un pianiste de renom

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Même s’il est en retrait depuis quelques années, les nombreux tubes de cet artiste musicien de 73 ans continuent à faire trémousser des mélomanes.
Par Lazare Kingue

Au final, plus de peur que de mal. L’ange de la mort n’a pas pu emporter Louis Eko Roosevelt. Le père de « Kilimand-jaro » a récemment été victime d’un accident de la circulation dans la ville balnéaire de Kribi. Les faits remontent à un peu plus d’un mois. Au volant de son véhicule, l’artiste a fait un tonneau au quartier Nziou, à l’entrée de la ville touristique. Conduit aux urgences, il s’en est sorti avec une fracture de la côte et
une blessure au doigt. Le pire a été évité, puisque c’est un Eko Roosevelt debout et physiquement solide
qui nous reçoit le matin du samedi 21 avril 2018 à son domicile. La barbe et les cheveux entièrement
blancs, ainsi que son visage ridé rappellent que l’homme n’est plus tout jeune.

« Ne regardez pas ma barbe blanche. C’est un symbole de sagesse et de longue vie. J’ai bientôt
74 ans », s’en amuse-t-il d’ailleurs. Sans aucun protocole, c’est en toute décontraction que l’artiste
s’installe avec le reporter dans une construction semi-traditionnelle au toit de chaume.
Le ciel est clément ce jour. La mer, elle, arbore sa tenue bleu-clair dont les reflets embellissent le paysage.
Un vent marin frais caresse la peau. Sa tenue relax et la bonne humeur qu’il dégage rassurent son hôte et
mettent tout de suite à l’aise. D’emblée, notre interlocuteur avise : « On devra se dépêcher de réaliser cette
interview parce que j’ai énormément des choses à faire ce samedi », prévient-il à l’entame de l’entretien.

Le septuagénaire est très occupé. Même s’il est un peu en retrait sur le plan musical, père Eko, comme aiment à l’appeler ses proches, a un agenda assez chargé. Son quotidien aujourd’hui, il le partage avec sa charge de conseiller municipal et ses fonctions de chef traditionnel. En effet, Eko Roosevelt est
conseiller municipal à la commune de Kribi 1er et grand conseiller à la communauté urbaine de Kribi. Et faire de la politique ne l’empêche pas de prendre soin et d’être à l’écoute des populations. Chef traditionnel du village Lobé I depuis huit ans environ, celui qu’on appelle communément ‘’Sa majesté’’ succède à sa mère, la nommée Kethy, qui hérita du trône au décès de son père Louis Eko, homonyme du musicien.

Quotidien

Il doit donc au quotidien gérer, règlementer et solutionner les différents litiges qui surviennent dans son village. En outre, en tant qu’officier spécial d’état civil, il célèbre des mariages et procède aussi à l’établissement des actes de naissance. Et avec tout ça, le septuagénaire a encore assez d’énergie pour superviser les chantiers familiaux et dispenser des cours de musique. Parce que oui, Louis Eko Roo-
sevelt a décidé de partager ses connaissances avec des jeunes avides d’apprendre. « Je donne des cours de musique à l’Université de Douala. Et chez moi au village, j’ai un studio d’apprentissage avec une dizaine d’élèves », révèle-t-il. Comme quoi, malgré ses multiples occupations, sa majesté trouve toujours le temps de revenir à sa passion : la musique. Cette musique-là qui lui a tout donné, comme il le confiait à des journalistes partis à sa rencontre il y a trois ans.

Né à Kribi dans les années 1945 d’un père américain et d’une mère camerounaise originaire de Lobé, celui qui deviendra artiste musicien plus tard fait ses études primaires et secondaires au Cameroun, couronnées par l’obtention d’un baccalauréat de l’enseignement technique. En 1964, alors qu’il est âgé de 19 ans, son géniteur, le docteur en théologie William Roosevelt, pasteur missionnaire à l’Eglise presbytérienne (aujourd’hui Eglise presbytérienne camerounaise), le fait voyager pour le Sénégal où il intègre
l’école des arts de Dakar. Quelques années après, il obtient une bourse pour aller poursuivre ses études en France.

Lorsqu’il est diplômé en métiers techniques de bâtiments, il se lance dans la vie active. « Je travaille en France de 1970 à 1982. Parallèlement, je fais de la musique. Parce que je m’y intéressais profondément
lorsque j’étais à l’école des arts de Dakar au Sénégal », précise-t-il. En France, l’artiste crée le groupe « Dikalo » (d’artistes formés en France) qui sort son premier album en 1975. Un album éponyme constitué de huit titres dont deux composés par ce fils de pasteur. La même année, « Nalandi » se retrouve dans les bacs. Le titre connaît un franc succès et devient disque d’or. Deux ans plus tard, en 1977, arrive « Kilimanjaro.
Dès lors, ce musicien de talent va enchaîner les albums. Avec des rythmes aux couleurs tropicales. Son travail le révèle au public français et lui ouvre les portes de la célébrité. En 1982, il signe un contrat au Cameroun pour des travaux de construction et revient s’installer définitivement dans son pays natal.

Auteur-compositeur-ar- rangeur.

Revenu dans son pays comme architecte, l’homme dont la musique est la première passion ménagera son temps et consacrera une bonne partie de son agenda aux chants, compositions et arrangements. Aidé de l’expertise acquise à l’école de musique. Patriote, il crée l’orchestre national qui, malheureusement, peine à s’affirmer. En une décennie, il côtoie la moitié des grands musiciens de son ère et travaille avec des célébrités camerounaises et africaines. A l’instar de Marthe Zambo, Joe Mboule, Ngale Jojo, Toto Guillaume (…) Klaver Ben et Makaya Madivo au Gabon, Samy Massama au Congo, etc. « C’est moi qui ai arrangé leurs disques. J’ai aussi arrangé des disques européens. En fait, personnellement, j’ai produit quelques albums, mais j’ai beaucoup plus fait des arrangements. Parce que j’ai travaillé les chansons d’une cinquantaine d’artistes africains et européens », nous apprend-il. Aujourd’hui, Louis Eko Roosevelt, de son vrai nom, marque quelque peu une pause. Depuis 2010, il n’a pas produit d’albums.

De plus, sa présence sur les scènes se fait rare. Mais, il donne quelques fois des concerts privés ci et là. Le 11 décembre 2015, l’artiste a offert un spectacle de haute facture, à l’occasion de la célébration de ses 50 ans de carrière. Des noces d’or célébrées à l’hôtel La falaise à Yaoundé. Son style musical est universel. A son actif, il compte neuf albums, dont de nombreux tubes. D’ailleurs, certains de ses titres phares sont repris par plus d’un et continuent à faire le tour du monde. Il s’agit notamment de « Kilimandjaro », « Nalandi » et le titre « Lobé ». Celui qui fait corps avec le piano, son instrument de prédilection, est marié depuis une trentaine d’années à sa tendre Nicole. Il est père de trois enfants et grand-père de cinq petits-fils.

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