Jeudi, 20 Septembre 2018
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Ferme suisse : Affrontements sanglants entre employés et agents de sécurité

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Des affrontements ont fait deux morts, une dizaine de blessés graves et 42 personnes gardées à vue samedi.

Par Lazare Kingue, à Edéa

Tout est apparemment calme dans la matinée du samedi 4 mars 2017 à la Ferme suisse, arrondissement d’Edéa 1er, région du Littoral, département de la Sanaga maritime. Des personnes vont et viennent, mais le commerce tourne au ralenti. De part et d’autre, des groupuscules d’hommes et de femmes sont encore préoccupés par le sujet: la localité vient d’être le théâtre d’un soulèvement sanglant qui a fait deux morts, onze blessés graves et d’énormes dégâts matériels. Dans un domicile au V2 b, six femmes à la mine triste tiennent compagnie à une quinquagénaire éplorée. C’est la maman de Koum Eguina Sus. Son fils âgé de 19 ans, élève en Form III dans un lycée de Bamenda est arrivé à la Ferme suisse il y a quelque temps, fuyant les évènements de Bamenda. Mais il vient de succomber de suite d’une hémorragie interne causée par un violent coup de latte qu’il a reçu lors des affrontements qui ont opposé dans la nuit de jeudi à vendredi des agents de Africa Security aux populations anglophones originaires du Nord-Ouest. Un soulèvement dont le défunt est accusé d’être le déclencheur.

D’après des informations recueillies auprès des populations et du poste de gendarmerie de la place, tout a commencé jeudi soir dans un débit de boisson au V2 b, baptisé « club des cadres ». Une vive altercation entre Ebogo et Kaolo Djapssa, deux éléments de la société de gardiennage Africa Security a dégénéré. Pendant la rixe, Djapssa pompe du gaz lacrymogène sur son collègue qui l’esquive. La substance atteint plutôt un jeune anglophone (dont on n’a pas pu obtenir le nom) qui prenait un pot avec ses frères. La réaction des siens est prompte mais pas belliqueuse. La victime est conduite au poste de gendarmerie. Ici, le gendarme en faction demande de laisser passer un moment afin que la douleur du gaz s’estompe, lorsqu’arrive Eguina, tout bouillonnant de colère. « Il ne voulait rien entendre. Pour lui, il fallait donner une leçon aux agents d’Africa Security. Il est allé acheter du carburant dans l’intention d’incendier la base d’habitation des agents de sécurité », informe un mototaximan, qui a requis l’anonymat. Il est alors 22 h, quand Koum Enguina et sa bande se rendent à la base d’Africa.

Mais ils y rencontrent une résistance des vigiles. Une échauffourée se déclenche. « L’auteur de cet affront a reçu d’un gars de sa bande un coup de latte violent qui visait mon élément. Bien que c’est eux qui nous ont attaqués, nous l’avons quand même rapidement transporté à l’infirmerie catholique d’à côté», déclare Paul Egeune Ngan Bikop, chef de base Africa Security. Ses propos sont confirmés par André Tayomnou chef du quartier v2b, qui ajoute que «vers minuit, la victime a enlevé la perfusion qui lui était administrée, voulant repartir se battre. Mais subitement, il s’est mis à vomir du sang, et sur ordre du sous-préfet d’Edéa 1er, qui venait d’arriver sur les lieux, il est évacué à l’hôpital régional d’Edéa. Malheureusement, là-bas, il décède au petit matin».

L’annonce de son décès tôt le vendredi tombe comme un couperet pour les Essimbi (une ethnie du Nord-Ouest majoritairement présente à la Ferme suisse) qui décide de venger la mort d’un des leurs. Déterminés à en découdre avec les agents de sécurité qu’ils accusent d’avoir ôté la vie à leur frère, ils s’arment de gourdins, haches, machettes, vont incendier et piller les maisons d’habitation des vigiles, agressant au passage chaque gardien rencontré. C’est ainsi que l’agent Bouba Metod, commando à Africa Security, originaire de l’Extrême-Nord succombe suite à cette expédition punitive. Grâce aux gendarmes et militaires venus en renfort d’Edéa, un certain Sigui Ngaf Kreo, agent de sécurité que les vandales s’apprêtaient à passer à tabac dans les plantations, aura la vie sauve. Sur ordres du préfet de la Sanaga maritime, arrivé sur place vers midi, une perquisition par maison est faite. 42 personnes sont interpellées et transportées à la compagnie d’Edéa. Aux dernières nouvelles, dix ont été remises en liberté samedi après-midi, et 32 y sont encore en gardées à vue pour exploitation.

 

Les non-dits d’un soulèvement

Par Lazare Kingue

Il serait maladroit de penser, comme certains le publient sur les réseaux sociaux, que c’est la crise anglophone qui s’est propagé à la Ferme suisse. Que non! Ce qui s’est produit c’est d’une part, la régurgitation du mécontentement d’une frange de la population qui égrène sans cesse le chapelet des mauvaises conditions de vie et de travail que connaîtrait la classe ouvrière de la Ferme suisse et, d’autre part, le fruit d’un activisme naissant qui puise dans le tribalisme mais surtout le vandalisme.

Dans cette localité constituée à 70% des originaires de Bamenda en majorité des Essimbi (une ethnie du Nord-Ouest) les populations dénoncent le mal être et l’esclavagisme que leur inflige l’employeur. «Nous sommes très mal lotis. Regardez nos maisons d’habitation, tout est vétuste, quand il pleut c’est le calvaire. L’environnement est insalubre. L’accès à l’eau potable est par moment difficile. Il arrive que des cours d’eau soient pollués par des déversements de la société. La prise en charge médicale à l’infirmerie n’est pas conséquente. Parfois, il se pose un problème du manque d’Epi (Équipement de protection individuelle) pour nous qui travaillons dans les plantations », confie un délégué du personnel sous anonymat.

Et un autre d’ajouter : « Le travail à l’usine et dans les plantations est rude. Nous dépensons beaucoup d’énergie mais à la fin, c’est un Smig dérisoire qu’on perçoit. Ceci, précédé d’un abus d’autorité, un dédain et un chantage de la part des cadres de l’entreprise ». Il se laisse aussi entendre que des licenciements se bousculent sans fondement dans cette société industrielle. La plupart avouent que c’est la somme de ces conditions déplorables qui pousse d’aucuns à pratiquer l’activité du transport clandestin des noix dans les plantations pour en extraire de l’huile de palme à but commercial. Quand on nous licencie à tort et à travers, quand on n’a plus de quoi nous occuper, on est obligé d’aller nous ravitailler dans les palmeraies pour vivre. Tant mieux s’ils appellent cela du vol », se défend un paysan.

Or il se trouve que depuis l’arrivée de la société Africa Security, il y a deux ans, le système de sécurité est renforcé à telle enseigne que le maraudage du précieux aliment dans les champs devient difficile. « Depuis deux ans nous avons fait mettre une centaine de voleurs en détention. Chaque fois qu’un individu est pris en flagrant en plantation, il veut négocier et propose de l’argent, mais nous refusons et le dénonçons », renseigne Paul Eugène Ngan Bikop, chef de la base sécuritaire Africa, qui soutient également que « c’est cette rage et rancœur  que les Essimbi ruminent dès lors contre les agents de sécurité. Ils veulent ainsi briser la restriction qui les empêche de voler dans les plantations ». Sur la base de cet argumentaire, on comprend qu’il a suffit d’un prétexte pour certains afin d’assouvir leurs pulsions vindicatives. Il faut du reste souligner que nos démarches auprès des responsables de la Ferme suisse ont été infructueuses.

 

 

 

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