Vendredi, 5 Juin 2020
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Economies de la Cemac: l’effet COVID-19

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Un rapport du secrétariat permanent du programme des réformes économiques et financières de la sous-région analyse les incidences de la pandémie en cours et propose quelques solutions pour éviter le pire.

Par Lucien Bodo

17 pages pour diagnostiquer l’ampleur du mal et ses effets probables, ainsi que le processus curatif et préventif. C’est l’objet du rapport que publie le secrétariat permanent du comité de pilotage du programme des réformes économiques et financières de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Pref-Cemac). Les résultats de cette étude ont été présentés le 28 mars à Brazzaville, lors d’une session extraordinaire du comité de pilotage du Pref-Cemac. A ce jour, tous les pays de la sous-région sont touchés par le coronavirus, pour un total d’environ 140 cas positifs, avec cinq décès et deux guérisons. Un lourd fardeau pour une sous-région qui éprouve déjà des difficultés à se tenir debout du fait, entre autres, de multiples crises sécuritaires.

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Louis Paul Motaze: Ministre camerounais des Finances

Selon le secrétariat permanent du Pref-Cemac, « l’évaluation des conséquences économiques et financières du COVID-19 sur les économies dans le monde est pour l’instant rendue difficile par l’incertitude sur : la durée de la crise, la vitesse de propagation de la pandémie et l’efficacité de la réponse que les pays y apporteront, aussi bien de manière individuelle que concertée. Toutefois, les premières études démontrent que cette urgence sanitaire de portée mondiale dégradera les perspectives macro-économiques de tous les pays en 2020 et au-delà ».

Il est ainsi projeté une baisse significative des recettes budgétaires, une dégradation importante des comptes macro-économiques, une baisse des financements extérieurs, une perturbation des échanges intracommunautaires, une fragilisation de la stabilité externe et financière et un risque de montée des tensions inflationnistes.

L’étude identifie ensuite quatre voies de transmission de la crise sanitaire actuelle sur les économies de la Cemac. Il s’agit d’abord de la chute des termes de l’échange. Celle-ci sera la conséquence du recul des cours du pétrole et de plusieurs autres produits de base. En effet, avec un cours moyen du baril exporté par les pays de la Cemac de 39,1 Dollars (environ 23 300 Fcfa), contre 61,4 Dollars en 2019 (Environ 36 599 Fcfa), les termes de l’échange diminueraient de 28,6 % en un an.

Viennent ensuite les contraintes d’offre. Le rapport établit qu’il s’agira d’une conséquence liée aux « perturbations causées par la mortalité, ainsi que par les confinements et les restrictions de mouvements de personnes et de biens. [Chose qui ferait accroître] les coûts de transactions et les conditions financières et perturberait plus directement le commerce, le tourisme, le transport et les transferts des migrants ». A côté se trouveraient alors les contraintes de demande. Lesquelles « résulteraient de la montée de l’incertitude, de la poussée des comportements de précaution, des efforts de confinement et du renchérissement des conditions financières qui, dans l’ensemble, feraient baisser les revenus et le pouvoir d’achat des ménages.

Comme dernier canal de transmission, l’étude parle de l’instabilité des flux et des marchés financiers. En effet, l’analyse des crises économiques mondiales qui sont survenues dans le monde au cours des années passées montre qu’elles se sont généralement traduites par les fuites des capitaux, la baisse des financements extérieurs, la diminution des investissements directs étrangers et le durcissement des conditions financières intérieures qui ont incontestablement eu pour effet de limiter les financements en faveur des ménages et des entreprises.

Entre optimiste et pessimisme

Ces prévisions sont le résultat de diverses simulations et scénarii qui remettent complètement en cause les prévisions macroéconomiques des différents pays de la Cemac élaborées en début d’année 2020. Ainsi, l’on a une hypothèse optimiste où la crise serait transitoire et rapidement maîtrisée avec un cours moyen du pétrole à 39,1 Dollars en 2020. Un deuxième scénario, pessimiste, prévoit quant à lui une propagation rapide et de grande ampleur de la crise. Cette dernière se caractériserait alors, entre autres, par une chute drastique des cours du pétrole à 20 Dollars (11 921 Fcfa) le baril.

Dans un cas comme dans l’autre, le secteur réel, les finances publiques, le secteur extérieur, la situation monétaire et la stabilité financière seront tous impactés très négativement.  L’on assisterait à des pertes d’emplois massifs ; des fermetures temporaires ou définitives d’entreprises dans les domaines du tourisme, des loisirs, de l’hôtellerie, des transports et du commerce ; un creusement déficitaire conséquent du solde budgétaire ; une aggravation du déficit extérieur courant ; une baisse des avoirs extérieurs nets ; un grand recul de la croissance, etc.

Moyens de lutte

Afin de combattre efficacement la situation désastreuse qui s’annonce, l’étude propose des solutions à quatre niveaux. Les premières mesures visent à renforcer la résilience et à juguler la propagation du COVID-19. Il est question, entre autres, de mettre en œuvre le plan de riposte communautaire à court terme (mars-mai 2020) contre le coronavirus adopté à Douala le 12 mars dernier par les ministres en charge de la santé des Etats membres ; réallouer les dépenses publiques non prioritaires vers le renforcement des systèmes de santé pour permettre la prise en charge plus rapide des personnes à risque ; renforcer la protection sociale et institution de la gratuité de l’accès aux services médicaux pour les plus vulnérables.

La deuxième batterie de mesures s’intéresse à l’atténuation des effets macro-économiques de la crise du coronavirus. L’étude recommande d’adopter dans de plus brefs délais des lois de finances rectificatives pour s’adapter à la nouvelle réalité ; soutenir les entreprises à travers des allègements fiscaux et des appuis budgétaires ; engager des négociations avec les principaux partenaires bilatéraux et multilatéraux afin de rééchelonner les échéances courantes de la dette extérieure, de manière à alléger l’ampleur des ajustements budgétaires, etc.

En troisième position, il est suggéré des mesures destinées à assurer la stabilité monétaire et celle du système financier. Il s’agit de renouveler les échéances des programmes financiers actuels avec le Fonds monétaire international ; poursuivre les efforts de rapatriement des fonds publics détenus à l’étranger ; inciter les banques à réaménager les échéanciers de leurs créances sur les entreprises affectées par la crise, etc.

Enfin, les dernières propositions concernent le renforcement, à moyen terme, de la résilience des pays de la Cemac dans la perspective des crises futures. Dans cette catégorie se trouvent l’adoption des plans triennaux de convergence multilatérale, l’amélioration du climat des affaires et la diversification de la base productive. Un chantier immense.

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