Mardi, 23 Octobre 2018
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Du Lion et du poing levé

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Une élection présidentielle comme celle qui aura lieu le 7 octobre prochain sera un déversoir de textes de toutes sortes dont la littérarité et le contenu ne devront pas échapper à l’œil qui sait voir derrière les lignes.

Par Jean-Claude Awono*

Car ce sera une Par Jean-Claude Awono* pendant laquelle les mots cesseront d’être des mots et deviendront des incendies, des dragons, des tempêtes ou des cyclones. Les candidats deviendront des cyclopes, des créatures mythologiques dont on attendra miracles et enchantements. Ils ne sauront plus résister à des débordements verbaux qui les transformeront en de petits monstres avalant tout sur leur passage et crachant des laves qui embrasent toute la réalité ambiante. Il y aura une métaphorisation outrancière du parler, une éruption du dire qui ne laisseront aucun citoyen indemne d’un territoire (re)devenu, le temps d’une campagne électorale, une zone totalement infe(sc)té de mots. Mais il y a des conditions qu’il faudra remplir pour qu’une telle éruption soit politiquement efficace.

Par le passé, Paul Biya s’était animalisé, s’offrant l’image ravageuse d’homme-lion, dont nos contes et légendes sont riches de rugissements réels et symboliques. Et on avait senti le lion passer, sur les affiches et dans les urnes. Au bout du compte, la forêt n’avait été secouée d’aucune révolution, aucun moustique n’ayant pu déstabiliser, à la différence de ce que nous sert une légende bien audacieuse, l’establishment. Les différentes affiches montrant partout l’homme-lion étaient une parole visuelle, une littérature insidieuse dont la force et la violence, avaient dévoré tout sur leur passage.

Bien avant cela, en 1992, c’était le poing fermé et virile de Fru Ndi qui avait réussi à devenir la cristallisation d’une époque de braise. Tous les vents d’Est, toute la colère d’un peuple, toute la rage du changement s’étaient donnés rendez-vous dans la poigne unique, musclée et héroïque d’un ancien libraire devenu par la force de l’histoire – même si l’icône perdra de sa superbe plus tard – un des hommes politiques qui auront donné un visage radicalement différent à la pratique de cet art dans notre pays.

Les autres n’auront pas réussi, toutes ces 30 dernières années, à produire un code expressif verbal ou iconique qui fasse véritablement sens en période électorale. On peut dire qu’ils seront bonnement passés à côté du sujet durant tout ce temps, incapables de comprendre qu’une élection se joue dans la pertinence de la littérarité qui sous-tend la communication que l’on met en branle. Du poing levé au lion, l’histoire récente de l’élection présidentielle dans notre pays montre bien que les Camerounais veulent du visible, du virile, du violent même, qui constituent un ensemble d’ingrédients dont ils ont besoin pour se soustraire à un quotidien morose et sans sel et se frayer d’autres voies.

Jusqu’à lors, une semaine après le démarrage de la campagne électorale, les Akere Muna, Joshua Osih, Garga Haman Adji, Cabral Libii, Adamou Ndam Njoya, Maurice Kamto… ne nous ont pas encore laissé percevoir une quelconque alternance au poing dur levé en direction du soleil et des étoiles d’autrefois venu de Bamenda. Il y a certes une percée du numérique qui commence à faire son chemin, mais il faut douter de ce que l’Internet soit un outil suffisamment pertinent pour faire pencher la balance en faveur de l’opposition dans notre contexte. Et il faut rêver d’hommes politiques qui soient vraiment pénétrés de la réalité profonde du Cameroun, qui sachent que tous les trésors de la littérature orale et écrite, que nos proverbes, nos mythes et légendes constituent des mines d’or susceptibles de révolutionner le discours politique au Cameroun.
*Poète, professeur de lettres, éditeur

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