Samedi, 21 Juillet 2018
Accueil quotidien mutations economie Isaac Tamba, directeur général de l’Economie :le deuxième axe stratégique du Dsce est consacré à la modernisation de l’appareil de production.

Isaac Tamba, directeur général de l’Economie :le deuxième axe stratégique du Dsce est consacré à la modernisation de l’appareil de production.

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Dsce

Après deux années de trêve imposée par l’insécurité, la parade va reprendre droit de cité dans cette localité. Un groupe d’experts économistes a rendu public, le 03 mai dernier, un ouvrage. Il est intitulé : « Document de stratégie pour la croissance et l’emploi : comment atteindre une croissance à deux chiffres ? ». Ce livre jette un regard panoramique sur les défis du développement socio-économique du Cameroun. Il relève d’énormes défaillances dans la mise en œuvre du Dsce, non sans suggérer une réorientation de la stratégie gouvernementale. Cette étude apporte en effet de l’eau au moulin de la Banque mondiale. Cette institution de Bretton Woods  affiche son pessimisme quant aux capacités du Cameroun à atteindre ses objectifs à l’horizon 2035. Par exemple, dans le Dsce, le pays projete le taux de croissance de son Pib à au moins 9%. Une estimation planchée à l’intervalle  2016-2020.

Mais celui-ci a toujours du mal à atteindre les 6%. Il n’empêche. De son côté, le gouvernement est demeuré optimiste. Dans l’interview ci-contre, le directeur général de l’Economie et de la programmation des investissements publics au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, juge « partielle et parcellaire » l’étude faite par l’université de Yaoundé II. Il explique aussi comment et pourquoi le gouvernement poursuit son programme d’investissement dans les infrastructures. Ceci en dépit des appels à la suspension de certains projets du Fmi.

Par Jean De Dieu Bidias

Monsieur le directeur général, vous avez assisté à la’dédicace du livre intitulé «Dsce : comment atteindre une croissance à deux chiffres ? » Comment avez-vous accueilli cet ouvrage qui relève des défaillances dans la mise en œuvre de la stratégie 2010-2020 du gouvernement ?

Comme l’a dit le ministre de l’Economie, toute œuvre, tout projet de recherche, toute contribution qui peut aller dans le sens de nous remettre en cause, de nous sanctionner est toujours le bienvenu. Au ministère de l’Economie, nous sommes disposés à échanger sur toutes les questions économiques. Lors de la dédicace du livre dont vous avez fait mention, le ministre a partagé une partie de ses observations après la lecture de l’ouvrage. C’est donc une réaction de satisfaction, parce que de telles contributions ne sont pas monnaie courante dans notre environnement. Les réactions viennent de nos partenaires techniques et financiers. Ces sont le Fmi, la Banque mondiale, l’Union européenne ou l’Afd.

A propos de ce livre savez-vous qu’il y a des choses à changer dans le Dsce ?

Je ne pense pas qu’il s’agisse de l’objectif visé dans le livre. Si vous avez bien lu cet ouvrage, il s’agit d’une évaluation partielle du Dsce. Car, il faut noter que le Dsce est quelque chose de plus complexe que ce qui a été présenté. C’est trois grandes dimensions. La première dimension, c’est la stratégie de croissance. La deuxième dimension, c’est la stratégie de l’emploi et la troisième dimension, c’est la gestion stratégique de l’Etat. Donc ces trois grandes dimensions font un tout. En même temps, les objectifs du Dsce doivent s’entendre en termes de ces trois dimensions.

Les auteurs de l’ouvrage sont allés dans la première dimension. Ils se sont concentrés sur les cinq axes qui structurent le volet croissance. Mais, ils en ont étudié que deux, De notre point de vue  ces deux  axes sont secondaires. Notamment l’axe portant sur la modernisation de l’appareil de production ; encore que là aussi, c’était partiel. Et puis l’axe sur l’intégration régionale et la diversification d’échanges. Donc, voilà ce que je peux dire. Une fois de plus, je réitère que c’est une vue partielle et parcellaire du Dsce.

Pour vous, qu’est-ce qui est important dans le Dsce ?

Rire. Est-ce que vous-avez déjà lu le Dsce ? Si oui, vous auriez constaté qu’il y a une traduction entre la politique, la pensée et l’action ou la praxis comme dirait les Grecs. Le premier axe stratégique du volet croissance du Dsce porte sur les infrastructures et ce n’est pas anodin. Car, si nous avons atteint les niveaux de croissance qui font du Cameroun un pays résiliant, c’est grâce à cet axe sur les infrastructures. Pour tout vous dire, en 2017 les infrastructures représentent 67% du budget de l’Etat et ça a été toujours comme cela depuis 2010.

Cette option du gouvernement camerounais à aller dans le sens du développement des infrastructures comble les gaps accusés pendant les deux décennies d’ajustements structurels. Sur la question de l’énergie qui est fondamentale, vous vous souvenez sans doute des délestages. C’est vrai que ce n’est pas encore totalement derrière nous, mais cela a connu des améliorations positives.

Nous aurions souhaité que cette option du gouvernement fasse l’objet d’un regard extérieur. Il doitnous dire si nous avons bien mené cette option. Et cela nous aurait éventuellement permis de nous questionner dans la perspective des projets dits de deuxième génération. Pour cette seconde génération les réflexions sont déjà en cours au ministère de l’Economie. Parce que, ce dont il est question dans le premier axe stratégique, c’est les projets de première génération. Par conséquent, une critique constructive doit  nous renseigner sur les méthodes à utiliser, sur les choix sectoriels qui ont été les nôtres, sur les modes de financements que nous avons adoptés serait le bienvenu.

Ainsi, quand nous rentrerons, comme c’est le cas déjà au ministère de l’Economie, dans la préparation des projets dits de deuxième génération, que nous puissions avoir un regard extérieur. Il faut déjà noter que nous avons fait une évaluation des projets dits de première génération. Nous avons répertorié nos forces et nos faiblesses et nous savons clairement où nous pouvons mieux faire.

Dsce

Il ne s’agit pas de la théorie du « Big push ». Nous avons axé notre stratégie essentiellement sur les infrastructures. 63% des dépenses du Budget d’investissement public 2017 sont consacrées aux infrastructures. La modernisation de l’appareil de production qui est le deuxième axe stratégique du Dsce vient avec moins de 9%. Les autres secteurs, comme il y en a sept dans le Dsce, ont pratiquement 2%. Vous voyez donc qu’il n’y a pas une dispersion. Il y a plutôt une concentration des efforts vers un secteur qui nous semble critique, celui des infrastructures. Alors, je m’interroge de savoir si les gens qui parlent du Dsce l’ont lu.  Font-ils  une traduction entre  le Dsce et les réponses gouvernementales qui se traduisent notamment en termes d’efforts budgétaires ?

Le Cameroun et la sous-région ont connu ces derniers temps. Est ce qu’il ne faut pas e concentrer les efforts sur les secteurs prioritaires pour permettre d’atteindre d’ici 2020 les objectifs du Dsce ?

Nous sommes en cohérence dans la poursuite de nos objectifs.Vous voyez, le ministère de l’Economie est le ministère du secteur privé. J’insiste sur cette considération afin que vous voyiez les orientations qui sont les nôtres. Depuis 2010, jusqu’en 2017, nous avons mis l’emphase sur les investissements publics. Rappelez-vous, quand nous lancions le Dsce en 2010, nous avions un taux d’investissement public par rapport au budget de l’Etat d’environ 18%. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 30%. C’est une option volontariste. Et nous nous sommes dit que d’une part, il faut soutenir l’objectif de croissance.

L’Etat a pris l’option de croissance qui sera par la suite relayée par le secteur privé. Et pour que le secteur privé joue ce rôle, il faut créer les conditions idoines. Je ne veux pas revenir sur les questions du climat des affaires. Le classement du Cameroun dans le Doing Business n’a pas toujours été celui escompté. Même comme depuis 2016 on observe une certaine embellie. Et cette embellie dépend en partie de l’investissement dans  domaine des infrastructures. Ils doivent permettre au secteur privé de pouvoir s’exprimer librement. Nous nous sommes inspirés non seulement de la pensée mais aussi et surtout des faits, notamment le vent des pays de l’Asie du sud-est qui ont emprunté le même chemin que nous avons emprunté depuis 2010.

Une voie, qui aujourd’hui, fait du Cameroun un pays enviable en termes de croissance. Tenez, en 2017, la sous-région a une croissance estimée à environ 1%, mais le Cameroun, malgré tout est aux alentours de 4%. Quand on investit dans les barrages, Lom-Pangar, Mekin, Memve’élé, etc., c’est pour mettre l’énergie à la disposition des entreprises privées et faire en sorte que d’ici 2018/2019, qu’il y ait des conditions permettant au secteur privé de s’exprimer normalement. Au Minepat, nous sommes à l’écoute du secteur privé. Nous leur apportons notre appui, notre accompagnement.

Nous allons même plus loin : le ministre de l’Economie a décidé de mettre en place une politique d’appui direct au secteur privé afin de lui permettre de tenir ce challenge de 2019. Donc, pour vous rassurer, les choix qui ont été faits au niveau du Dsce ne sont pas de la dispersion. Les infrastructures demeurent notre priorité jusqu’en 2019. Nous entrons dans une ère de programme avec nos principaux partenaires et dans le cadre du dialogue politique avec ces partenaires, nous sommes assurés que cette option du volontarisme camerounais va demeurer intacte.

L’un des principaux problèmes du Dsce c’est les différents chocs auxquels le Cameroun fait face, notamment la chute des cours du pétrole et la guerre contre Boko Haram. Est-ce que tout cet environnement n’impose pas qu’on revoie à la baisse les ambitionsdu Dsce ?

Le plan d’urgence triennal décidé par le chef de l’Etat en 2014 était déjà une réponse d’ajustement du Dsce afin de nous remettre sur le sentier initial. Nous sommes conscients des difficultés dans lesquelles nous sommes entrés depuis 2014. Nous savons que nous faisons face à des vents contraires, loin de s’estomper en 2017. Mais, je dois vous dire qu’en termes de financements, il y a des alternatives, des négociations, du dialogue stratégique que nous menons avec les partenaires. Il y a une autre solution en contrepartie du programme que nous allons mettre en œuvre. Le cadre de financement qui a été arrêté avec nos principaux partenaires va se résorber entre 2017 et 2019. Nous aurons une bouffée d’oxygène. S’agissant de l’emprunt obligataire que le ministre des Finances a lancé : sur les 150 milliards attendus pour financer nos grands projets inscrits dans le Bip 2016, nous avons obtenu 175 milliards.

Emprunt

Chaque fois qu’on lance un emprunt obligataire, on en a plus. Ce qui traduit qu’il y a de la liquidité. Il y a l’épargne nationale qui n’attend que les investissements pour s’exprimer. Une réflexion est en cours pour mieux valoriser cette épargne nationale. C’est ce que nous appelons l’épargne inclusive. Les ressources locales contribuent au financement de notre développement qui profite également aux épargnants locaux. Nous allons travailler avec le Minfi pour voir comment donner vie à la Bourse des valeurs mobilières de Douala. La sur-inscription sur l’emprunt obligataire nous prouve qu’il y a un levier que nous devons à l’avenir exploiter.

Nous avons besoin des ressources à long terme et nous avons les camerounais qui sont prêts à nous les offrir. Comme ça se fait ailleurs, pourquoi ne pas négocier avec eux pour qu’ils nous les donnent pour 10 ans, afin de desserrer un peu nos contraintes du service de la dette.

Pour les financements de 2017/2019, nous sommes en pourparlers avec nos partenaires financiers qui ont accepté de couvrir le gap observé depuis 2015 suite à la baisse des cours des matières premières. De l’autre côté, en termes de perspectives, nous allons davantage explorer,les possibilités d’épargne.

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