Mardi, 4 Août 2020
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Dovie Kendo: « Mon absence relève plus de la déception que du découragement »

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Loin de la scène et des projecteurs depuis un long moment déjà, la comédienne et actrice donne les raisons de son silence.

Par Marthe Ndiang

On ne vous a pas beaucoup vu ces dernières années sur les planches. Qu’est-ce qui justifie ce silence et cette absence de Dovie Kendo sur scène ?

Je vais commencer par rassurer mon public en lui disant que Dovie est là. Elle a pris un peu de recul certes, mais elle est là. D’ailleurs, j’ai fait quelques films qui ne sont pas encore sortis. Mon absence sur la scène est due à la déception je dirai. Oui ! C’est plus de la déception que du découragement. Parce que tu montes des projets, tu proposes, les gens acceptent, mais au moment de la réalisation ce n’est plus la même chose. Il n’y a plus personne. Mais, je dirai que le véritable problème vient du fait que j’ai perdu mon espace de travail au foyer de la jeunesse à Akwa. J’ai grandi dans cet espace, après j’ai commencé mes activités là-bas. Un nouveau pasteur est venu. Et comme vous le savez, chacun vient avec sa politique. Il a préféré donner la salle de répétitions aux professeurs qui donnent des cours d’allemand parce qu’ils versent beaucoup d’argent. Comme moi c’est du social, il a préféré faire ainsi. Je ne peux lui en vouloir car il faut aussi qu’il paye ses employés. Il a ses engagements et ses charges. Cela m’a beaucoup affecté parce que je me retrouvais ainsi sans espace de répétions avec ma troupe. Et comme un malheur ne vient jamais seul, beaucoup de choses sont arrivées au même moment. Ça m’a désaxé et je me suis d’abord retiré. Mais j’ai continué quand même à travailler sur des films. Mais mon théâtre me manque parce que c’est ça ma vraie passion. J’aime me retrouver sur une scène, créer et mettre en scène. J’aime travailler avec les jeunes aussi. Donc quand je n’arrive pas à trouver un espace comme ça, ça me choque. La solution que j’ai trouvée c’est peut-être que même si c’est dans mon village, je vais créer mon propre espace. Ce que je suis en train de mettre en projet. Mais après l’enterrement officiel et les funérailles de mon père ce mois de mars, je vais revenir et me relancer.

Dovie est comédienne, actrice, réalisatrice danseuse, chanteuse metteur en scène pour ne citer que ça. Qu’est-ce que tous ces arts et toutes ces casquettes vous apportent ?

Quand on commence dans l’art, on fait tout. Moi je suis entrée dans le monde de l’art à l’âge de 13 ans. Dans les ateliers de formation, on vous propose tout. Donc vous vous formez dans tout. C’est après que vous choisissez en fonction de l’art qui vous colle le mieux et vous y allez. Moi j’ai fait du théâtre, j’ai fait la danse, j’ai fait la musique, le cinéma, j’ai même écris… J’ai fait plusieurs choses.

Mais vous le dites vous-mêmes qu’après l’on choisit l’art qui vous colle le mieux. Mais visiblement vous non, puisque vous avez continué à jouer sur différents tableaux…

Il y a des arts qui te collent et sur lesquels tu as envie de t’exprimer. Il y a des messages que tu ne peux exprimer qu’en chanson. Il y en a que tu ne peux exprimer qu’en poésie, etc. Et tous ces arts me nourrissent. Si je n’étais pas une artiste, une artiste avec ces différentes casquettes et ne côtoyant pas tous ces arts, vu la situation que nous vivons dans ce pays, je ne sais pas ce que je serais devenue. Mais je pense que c’est Dieu qui m’a envoyée dans ce métier et m’a permis d’être aussi à l’aise sur différentes disciplines artistiques. Ça m’apporte beaucoup et avant de donner du plaisir à mon public, je me fais d’abord plaisir. Et quand tu te fais plaisir, le public aime. Certaines personnes peuvent penser que c’est de trop ou que je peux me perdre dans tous ces pans de l’art. Mais non !Je ne peux pas me perdre. Puisque l’art n’est déjà pas structuré au Cameroun. Si je n’avais pas fait la musique, c’est que je fais comment quand il n’y a même pas d’espaces d’expression pour le théâtre alors qu’on crée des spectacles ? Il n’y a plus d’espaces pour jouer, plus de festivals de théâtre pour jouer. Avant, on créait au moins les spectacles, on savait qu’on pouvait tourner avec au Cameroun  et aller dans tel ou tel autre festival avant de se reposer. Mais maintenant, tu crées et tu joues une fois. Même le Centre culturel camerounais (actuel Institut français du Cameroun, Ndlr) où avant c’était que tu y joues, on te donne un cachet, maintenant ce n’est plus ça. C’est le partenariat. Soit tu loues la salle, soit c’est sur billetterie. Donc ce n’est plus comme avant. Mais si je n’avais pas fait de musique, c’est que je ne sais pas comment je vais payer mon loyer ou me soigner. Si je n’avais pas fait de film, (déjà que le cinéma ne paye pas convenablement), c’est que,ce que j’arrive à grignoter là je ne pourrai pas. C’est pour dire tout simplement que quand ça ne va pas au théâtre comme c’est le cas actuellement, je bascule au chant. Et grâce à des prestations ci et là, je parviens à joindre les deux bouts. Mais moi j’aime mon métier. J’aime le théâtre qui est ma passion.

La première fois que Dovie monte sur scène elle à 6 ans. Mais cette première représentation théâtrale de Dovie n’était pas prévue. Qu’est-ce qui s’était passé exactement ?

(Rires…) Ma maman était comédienne. Nous sommes allés voir son spectacle dont l’intrigue portait sur les détournements de deniers publics dont elle était coupable. On l’a condamnée, et le scénario prévoyait qu’on l’emmène en prison. Quand j’ai vu ma mère avec des menottes et conduite vers ce qui devait servir de prison, je me suis mise à pleurer. Car pour moi c’était la réalité. En pleurant je criais laissez ma maman ! Laissez ma maman ! Heureusement que les comédiens sur scène étaient des professionnels qui ont tout de suite compris la situation et que je n’étais qu’une enfant qui prenait la fiction pour de la réalité. J’ai sauté sur scène, j’ai bondi sur les policiers-comédiens qui arrêtaient ma mère. Ils m’ont juste porté, ils ont commencé à jouer avec moi, à essayer de me calmer, jusqu’à me conduire dans les coulisses où était ma mère. C’est quand je vois ma mère qu’elle m’explique que c’est un jeu. C’est du théâtre on ne me conduit pas en prison. Mais le public naïf avait cru que cela faisait partie du jeu. Il a tellement applaudi. Après cet épisode, ils faisaient donc appel à moi chaque fois qu’il fallait un enfant dans le spectacle. Ils disaient Elisa peux-tu nous amener ta fille pour qu’on joue avec elle ? C’est comme ça que je prends goût pour la scène. J’ai fait le théâtre scolaire par la suite. Mais moi j’entre vraiment dans une troupe amateur à l’âge de 13 ans. Bien que n’étant encore qu’une adolescente, je décide d’en faire mon métier sans même penser que ça peut nourrir son homme. Mais par passion.

Maman étant elle-même comédienne, je suppose que cela a été facile pour votre famille d’accepter votre choix de faire carrière dans le théâtre ?

Ma mère n’a pas eu de problème avec mon choix. Ma famille oui. Mes oncles et mes tantes n’ont pas apprécié, encore moins accepté. Ils disaient que ma maman avait déjà fait le choix de ce métier sans avenir, et voilà qu’à mon tour, je lui emboitais le pas. Pour eux, il n’était pas question que cela se répète. Face aux siens, maman était faible, influençable même. La preuve elle m’encourageait dans l’ombre et pas devant les membres de la famille. J’ai d’ailleurs fait 10 ans sans communiquer avec ma famille.

Où est passé le couple Man No Lap et Coco à la télévision ?

Le couple Dovie et Man No Lap c’était un concept. Donc les années passent, il change de personnage. Il ne joue plus par exemple Man No Lap, mais un autre personnage. Peut-être un jour on va de nouveau revêtir nos costumes de Coco et Man No Lap. Mais pour l’instant, chacun mène sa carrière et des fois, il veut m’associer à des projets et ça tombe à un moment où je ne suis pas disponible.

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