Mercredi, 23 Mai 2018
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Douala:le calvaire des policiers de la circulation

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Ces éléments des forces du maintien de l’ordre font recours à plusieurs stratagèmes pour désengorger la voie publique, au milieu de menaces et injures de toutes sortes.

Par Brondon Ngando

Le carrefour Agip, à Douala, enregistre un énorme embouteillage, ce jeudi, 08 mars. Depuis plus de deux heures, ce point de jonction des quartiers Ndokoti, Mboppi,
Akwa, Deido, Bépanda, entre autres, ne se décante pas. Au fil des minutes, la file de véhicules s’allonge. Le problème c’est qu’aucun automobiliste ne veut respecter l’alignement des voitures. Même les moto-taxis qui bravent habituellement les embou-
teillages sont immobilisés. Rien à faire. La plupart des automobilistes et motocyclistes sont obligés « d’arrêter le moteur ». Reste quand même que quelques « benskineurs », plus téméraires, finissent par « contourner » ce gigantesque embouteillage pour le
moins indigne de la capitale économique.

Au milieu de ce bouchon presqu’indescriptible, deux policiers essayen désespérément de décanter la situation. Sifflet à la bouche, bâton en main, leurs consignes sont ignorées royalement de la plupart des usagers. Pire, « les plus braves » des conducteurs de motos et de taxis n’hésitent pas à foncer à vive allure en direction des pauvres hommes en tenue qui ne font pourtant que leur travail. Rien n’intimide les deux agents de la police posté au carrefour Agip, qui se servent chacun d’un bâton pour intimider les plus récalcitrants. La tâche n’est pas des plus aisées, bien que l’atmosphère soit teintée de fraicheur. La pénibilité de l’activité fait transpirer les deux policiers à grosses gouttes.

Heureusement pour eux, ils vont bénéficier du soutien de leurs collègues venus en renfort près d’une heure après. Puis, peu à peu, l’ordre sera rétabli et la circulation rouverte. Ainsi va le quotidien des policiers de la circulation aux différentes heures
de pointe, le matin, entre 7h-9h ; le soir surtout à partir de 17h, voire 18h. La situation est presqu’identique à plusieurs endroits : carrefour Ndokoti, carrefour Cité, Feu rouge Bessenguè, Rond-point Deido, Deux églises, axe Ndokoti-Ndogbong et dans divers autres rues à grand trafic. Ceci nécessite des astuces de la part des policiers.

Pour faire face aux conducteurs de motos qui refusent d’obéir, la technique est souvent simple : le policier en service arrache la clé de contact et la balance quelques mètres plus loin. Ce qui oblige le conducteur d’y traîner sa moto, avec le guidon bloqué. « Ce policier est vraiment ingénieux, je trouve que c’est une bonne punition pour amener les usagers à respecter le code routier », apprécie Jean Pierre Honla, un commerçant installé dans la zone.

 

Menaces
Au quotidien, les agents affectés à la circulation routière sont traités de tous les noms d’oiseaux. Ils reçoivent généralement des injures et des menaces de la part des usagers de la route, grincheux et acariâtres, notamment des chauffeurs de taxis et conducteurs de moto-taxis. Au point d’être constamment habités par la peur de se faire écraser volontairement ou non par un quelconque véhicule. « Avant de sor-
tir de ma maison tous les jours, je prie. Je prie parce qu’on ne sait jamais. Avec tous ces chauffards, tu peux ne pas rentrer chez toi le soir », explique un policier de la circulation sous le couvert de l’anonymat. Surtout que, pour certains, ce travail qu’ils ont choisi constitue parfois un véritable chemin de croix. Il y en a qui parlent d’une souffrance morale. Tandis que d’autres la voient également physique. A longueur de journée, le circuit de travail est acharné et sans répit.

Entre clacksons des véhicules, querelles avec les usagers de la route, insultes, phares de voiture braqués sur eux chaque soir, le chapelet de contraintes égrainées par les
policiers est loin d’être exhaustif. « Nous travaillons sous le soleil, sous la pluie ; mais quand nous faisons notre travail, certains trouvent quand même qu’on le fait mal et nous insultent », regrette une policière. Et leur intégrité physique est également parfois atteinte. « Diriger la circulation routière n’est pas aisée. Sur la route, nous sommes seuls contre tous. Nous souffrons tellement dans ce domaine. Des « bens-
kineurs » et même des taximen ne nous respectent pas. On nous menace, on nous insulte et parfois, etc. Quand on veut parler à l’un deux, ils cherchent à nous intimider.

Pourtant, c’est nous qui sommes supposés le faire », confie, la mine triste, une policière rencontrée au carrefour Ndokoti. Dans le corps des policiers, des témoins s’accordent à dire que les femmes sont plus exposées et victimes de ces menaces dans l’exercice de leurs fonctions. « Nous les femmes policières, souffrons ici en route. Nous cherchons même à les aider, mais, ils nous chiffonnent comme tout », réplique une autre policière rencontrée au carrefour Cité.

Comment oublier le cas de cette policière qui avait été violemment prise à partie par des gendarmes au lieudit Elf Village, il y a deux ans, alors que celle-ci essayait de désengorger ce carrefour. Des militaires qui étaient descendus d’un camion de l’armée avant de s’en prendre à la victime, lui reprochaient alors de mal faire son travail et de les bloquer sur la chaussée. La scène s’est déroulée sous le regard impuissant d’une foule immense.

Déploiement des équipes
En dehors de ces cas-là, il y en a qui pensent que la bonne organisation des équipes sur le terrain leur est d’une grande aide. « Nous allons sur le terrain en deux vagues. Il
y en a qui travaillent de 6h à 14h, et ceux qui les relèvent entre 14h et 22 h. Ce sont les deux moments », renchérit sa collègue. Parfois, le désir de servir la nation et le dévouement à la tâche, prennent le dessus sur les difficultés rencontrées au quotidien. « Je ne viens pas en route pour avoir des problèmes avec des conducteurs. Je cherche jute à les remettre à l’ordre. Et la plupart du temps, je n’ai pas de problème quant à de potentiels entêtements de leur part », témoigne un policier en poste au Feu rouge Bessengue.

Malgré tout, certains usagers apprécient le travail abattu par les hommes en tenue affectés à la circulation routière. « Ces policiers qui sont tout le temps sur les routes méritent tout notre respect. Je salue vraiment leur travail, parce que sans eux, il serait impossible de circuler à Douala », reconnaît Robert Djomeni, un chauffeur de taxi. Tout comme dans l’opinion, beaucoup n’hésitent pas à encourager le volontariat de quelques civils qui, lorsque les policiers sont absents à certains carrefours au moment des embouteillages, abandonnent leurs activités pour régler la circulation.

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