Vendredi, 25 Mai 2018
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Doing Business: le regard du patronat camerounais

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En octobre dernier, la Banque mondiale a publié le classement Doing Business 2018. Le Cameroun gagne trois places au classement et occupe désormais la 163è position. Dans l’analyse de cette petite progression, les organisations patronales louent les efforts des autorités visant à améliorer le climat des affaires. Mais ils estiment également que beaucoup reste à faire. 
Par Lucien Bodo et Pascal Dibamou
Célestin Tawamba, président Gicam : »Il faut plus d’audace et de célérité dans la mise en œuvre des réformes »
Le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) a examiné avec l’attention qu’il mérite le Doing Business 2018. Tout en nous réjouissant des efforts entrepris par le Gouvernement dans le cadre de la mise en œuvre des résolutions du Cameroon Business Forum (CBF), (…) [le Gicam pense que] beaucoup reste à faire. Le gouvernement doit s’atteler à engager des réformes dans tous les domaines, en particulier dans ceux où il occupe un mauvais rang, à savoir : (i) Paiement des taxes et impôts, (ii) Commerce transfrontalier et (iii) Transfert de propriété, pour lesquels le Gicam en appelle à l’élimination des facteurs bloquants identifiés dans le Doing Business :
« Paiement des taxes et impôts » : la pression fiscale sur les entreprises représente 57,7% de leurs résultats alors que la moyenne pour les économies d’Afrique subsaharienne est de 46,8%. De plus, le temps consacré au paiement des taxes et impôts est de 624 heures en moyenne par an contre 281 heures pour les économies d’Afrique subsaharienne ;
« Commerce transfrontalier » : les coûts à l’exportation et à l’importation représentent près du double de la moyenne observée en Afrique subsaharienne. De même, les délais d’embarquement à l’exportation et de désembarquement à l’importation sont respectivement de 268 heures et 434 heures, contre 188 heures et 240 heures en moyenne pour l’ensemble des économies d’Afrique subsaharienne ;
« Transfert de propriété » : les délais de transfert de la propriété sont en moyenne de 86 jours contre 60 jours pour les économies d’Afrique subsaharienne, tandis que les coûts de transfert représentent 19% de la valeur de la propriété contre seulement 7,8% en moyenne en Afrique subsaharienne. C’est le lieu pour notre organisation patronale d’en appeler au gouvernement pour plus d’audace et de célérité dans la mise en œuvre des réformes identifiées et dans l’élaboration de nouvelles réformes.
Ceci étant dit, si le Doing Business a démontré son utilité comme produit de connaissance, il ne saurait toutefois traduire l’état global de l’environnement des affaires ainsi que la facilité à faire des affaires. Ceci tient à sa méthodologie et, à cet égard, les limites sont de deux ordres : d’une part, la mise en place de critères standardisés à l’échelle mondiale suscite des interrogations sur la valeur intrinsèque de ce classement ; d’autre part, les dix indicateurs retenus constituent une source d’information assez restreinte. De fait, n’y figurent pas des variables essentielles comme la sécurité juridique, le niveau de corruption, la stabilité macro-économique, la qualité de la main d’œuvre, la qualité des infrastructures et bien d’autres. C’est la raison pour laquelle, dans des propositions de refonte du CBF récemment adressées au gouvernement, le Gicam a, entre autres, souligné la nécessité d’axer son travail d’évaluation de l’environnement des affaires sur un spectre d’indicateurs plus large dont ceux du Doing Business. C’est dans cette perspective que le Groupement publiera dans les prochains mois et sur une base périodique, un tableau de bord du secteur privé.
Lucien Ntamag, ex- directeur général d’Ecam: »Le climat des affaires connaît une crise de confiance »
La progression actuelle du Cameroun dans le classement « Doing Business », relève du processus normal de redressement de notre compétitivité amorcé par le gouvernement du Cameroun. Mais depuis trois exercices, le Cameroun patauge dans ce classement avec un effet de « yoyo » observé, fait de baisses et de hausses dans le classement. Le gouvernement, qui est le catalyseur de cette petite amélioration, est en même temps comptable des contre-performances enregistrées. Dans le cas d’espèce, les incitations à l’investissement ont été particulièrement nombreuses ces dernières années, même si les acteurs locaux se sont sentis quelque peu lésés par ces incitations. L’on note également l’amélioration des procédures à la création d’entreprises qui constitue une réelle satisfaction dans l’action gouvernementale pour l’amélioration de la compétitivité.
Malheureusement, le climat des affaires au Cameroun connait une crise de confiance des fournisseurs vis-à-vis de l’état (le problème délai de paiement, etc.), manque de confiance des jeunes opérateurs économiques vis-à-vis d’un système financier qui n’encourage pas l’entreprenariat, mais aussi manque de confiance de l’état vis-à-vis des opérateurs économiques locaux, car un Etat qui a confiance, est avantageusement prolifiques vis-à-vis de ses opérateurs économiques qu’il cajole en permanence.
Je pense qu’il est nécessaire aujourd’hui que l’éthique redevienne la règle dans l’administration des affaires publiques, afin que l’Etat puisse jouer pleinement son rôle de régulateur et de facilitateur des affaires.
Daniel Claude Abate, président du Mecam: « Il faut aller plus loin »
Il est toujours préférable de gagner quelques places et progresser dans le classement plutôt que de stagner ou de reculer. Mais il ne faut pas pavoiser car somme toute, il s’agit d’un très modeste progrès pour un pays qui peut nettement mieux faire. J’observe que notre pays depuis 6 ans au moins, se caractérise par des évolutions en dents de scie dans ce classement mais reste fondamentalement figé dans la partie faible de ce classement.
Il est évident que les incitations à l’investissement privé mises en place par les pouvoirs publics ainsi que certaines autres mesures de facilitation ont eu un effet positif dans le classement du Cameroun de cette année. Il reste qu’il s’agit d’un classement mondial qui prend aussi en compte les réformes et progrès faits par d’autres pays qui sont aussi mesurés et pris en compte. Il ne s’agit donc pas seulement de faire des réformes ou de mettre en place des mesures de facilitation de la pratique des affaires. Il faut aller plus loin que les autres sur les 9 critères ou indicateurs qui sont évalués.
Le climat des affaires au Cameroun progresse année après année, c’est indéniable. Le problème c’est d’une part, la lenteur du rythme des réformes structurelles et le non aboutissement des grandes réformes qui concernent l’accès à la propriété ainsi que la justice du contentieux d’affaires. D’autre part, la qualité du dialogue public-privé doit être revue dans le sens d’une meilleure structuration pour un dialogue efficace et productif dans la durée. Cela passe nécessairement par la refonte des plateformes institutionnelles dédiées à ce dialogue et plus particulièrement du Cameroon Business Forum où les grandes questions touchant au climat ou à l’environnement des affaires sont justement discutées.
Le Mouvement des Entrepreneurs du Cameroun (Mecam) ne cesse de demander depuis quelques années déjà que le gouvernement, avec le secteur privé, se fixent une vraie ambition dans ce classement si tant est que le Cameroun veut réellement se servir de ce classement pour se positionner parmi les pays les plus attractifs en Afrique. Nous devons d’abord déterminer cette vision de manière concrète et précise. Si l’ambition est par exemple d’être dans le top 10 des pays les plus attractifs en Afrique et peut-être dans le top 30 ou 50 des pays les mieux classés dans le monde, nous devons nous mesurer ou faire un benchmark avec les pays de ce niveau dans le classement Doing Business

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