Lundi, 27 Janvier 2020
Accueil quotidien mutations education Docteurs PhD:des cours en plein air

Docteurs PhD:des cours en plein air

103
- Publicité -

Près de 150 candidats recalés à la 1ère phase du recrutement spécial lancé par le chef de l’Etat observent un sit-in et passent la nuit à la belle étoile à la cour du Minesup, depuis le 14 décembre 2019. Reportage au cœur du quotidien de ces hommes et femmes décidés à faire triompher leur cause.
Par Junior Ayissi

26 jours déjà que les titulaires de doctorats PhD sont couchés à même le sol sur la grande cour de l’immeuble abritant les services du ministère de l’Enseignement supérieur (Minesup) à Yaoundé. Depuis le 14 décembre 2019, au lendemain de la publication de la liste de 1237 candidats retenus pour la première phase du recrutement spécial lancé par la chef de l’Etat, ces recalés ont pris leurs quartiers ici.

Mardi 07 janvier, la cour du Minesup est calme. Les va-et-vient des usagers et même du personnel sont devenus une routine. Ceux qui entrent ou sortent ne semblent plus surpris de voir des occupants inhabituels assis à même le sol pas loin de la grande entrée. « Nous sommes déjà habitués à les voir là », déclare Judith, un usager qui vient régulièrement dans l’un des services qu’abrite cet immeuble.

Vers 11 h, devant nous, une vendeuse ambulante de bananes mures est interpellée par les manifestants. L’intention de ceux-ci est de s’alimenter. Également, une bouteille de cacahuètes passe de mains en mains. Chacun prend une poignée et passe au suivant. Tout ceci sous un soleil accablant.

Docteurs PhD grévistes. Un long combat.

Les protestataires sont certes des résistants, mais le climat froid et sec de ces premiers jours du mois de janvier 2020 a fait quelques victimes. Des cas de maladie ont été enregistrés. À ce jour, « quatre ont été internés, dont deux à Yaoundé. Un a été transféré de toute urgence à Bafoussam, et un autre à Douala », énumère Rodrigue Tasse, porte-parole du groupe. « Il y a parmi nous, en ce moment, des congénères qui ont sur eux des perfusions, des maladies suite au climat instable », ajoute-t-il.

Ces docteurs PhD y ont passés les fêtes de fin d’année. « Nos enfants sont venus fêter avec nous ici », révèle Brigitte Lekane Mvomo, le leader de ce collectif de candidats recalés à la première phase de recrutement. Ils y passent des journées et des nuits.

Quotidien

« Chaque nuit, nous nous levons à 3h du matin. Nous faisons une prière œcuménique. Après, nous essayons de réfléchir pour trouver de nouvelles stratégies de combat », explique Rodrigue Tasse. « Au levée du jour, nous faisons de l’investissement humain. Nous sommes dans une démarche pacifique, donc maintenir notre environnement actuel propre est notre souci », poursuit-il.

En ce qui concerne la sécurité, ceux-ci s’en chargent eux-mêmes. Stephen Lacmata, docteur PhD, venant de la diaspora, a été désigné responsable par le groupe pour remplir cette mission. « Dans la nuit, nous arborons des chasubles et avec l’aide de quelques lampes-torches, nous sillonnons pour dénicher des intrus parmi nous », explique Rodrigue Tasse.

Les journées se suivent et se ressemblent pour ces docteurs recalés. Le quotidien est fait de revendications. Ils reçoivent des visites de leur famille, des journalistes, des personnalités publiques. « Les émissaires du Minesup ne viennent plus vers nous pour des négociations depuis que nous avons dit non à tous types de négociations », dévoile Brigitte Lekane Mvomo.

Pour leurs bains et autres besoins naturels, ils vont dans des toilettes publiques qui se trouvent au rez-de-chaussée de l’immeuble dont ils occupent la cour. Des bouloirs sont visibles dans un coin. Pas loin de là, des sacs, des seaux et des assiettes sont entassés dans un coin. Des nattes posées sur des cartons servent de lits aux manifestants.

Certains se servent de draps pour se protéger des rayons de soleil. D’autres profitent de l’ombre éphémère que renvoie l’un des murs faisant office de clôture dudit bâtiment. Les veilleurs de nuit se reposent en journée, tandis que d’autres s’occupent par des causeries. Malgré le caractère âpre de la lutte, les sourires éclairent des visages.

Revendications

Ces grévistes dénoncent plusieurs irrégularités, notamment, des doublons sur la liste des candidats recrutés, des masters recrutés en lieu et place des titulaires de doctorats PhD. Ceux-ci soupçonnent par ailleurs « une forte odeur de délit d’initié », selon le porte-parole du collectif. Ils réclament la publication d’une liste additive « à tout prix », argue Brigitte Lekane Mvomo.

Du côté du Minesup, on voit la chose autrement. « Il n’est pas question de publier une liste additive. Les listes ont été toilettées. Il y aura des remplacements aux doublons », explique le responsable de la communication dudit ministère, Jean-Paul Mbia. Celui-ci dit par ailleurs « ne pas être au courant d’une réunion qui devrait se tenir ce jour au Minesup, à l’issue de laquelle, une liste additive devrait être publiée ».

Il ajoute par ailleurs que « la deuxième phase de recrutement a été lancée pour essayer de résoudre les contentieux de la première phase de ce recrutement spécial ». Concernant les candidats menacés par la limite d’âge qui est de 45 ans, Jean-Paul Mbia précise qu’il « y a des remplacements numériques qui ont été lancés dans les différentes universités d’Etats ». « A l’Université de Yaoundé I par exemple, 48 postes sont vacants en ce moment. Chaque année, on enregistre un minimum de 60 postes vacants dans les grandes universités d’Etat telles Yaoundé I, Yaoundé II-Soa, Douala », conclut-il.

Jacques Fame Ndongo, le ministre d’Etat, ministre de l’Enseignement supérieur (Minetat, Minesup) avait déjà promis de « transmettre à qui de droit », la doléance principale des manifestants, celle de la publication d’une liste additive. C’était face à la presse, le 17 décembre 2019. Il avait par ailleurs demandé aux candidats recalés de garder espoir. « Aucune porte n’est fermée. Il y a des recrutements, il y a des remplacements numériques au sein des départements dans les Universités », rassurait Jacques Fame Ndongo.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité


- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP