Lundi, 27 Janvier 2020
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Des vœux et des vaux

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J’ai survécu à la fameuse « traversée » ! Entre bouchons, cornichons, bouillons et couillons de fêtards. Ajouté aux aromates plutôt rares des poubelles de lendemains de fêtes, et la raréfaction chronique du billet de banque chez nous, je me suis surpris d’être compté parmi les choses qui, sur terre, continuent de respirer le 1er janvier et d’entendre dire « Bonne année ! » Ah tiens ! L’air du temps des faims d’année. Et j’en ai entendus ! J’en ai reçus. Et j’en reçois encore. De pieux et vaseux. Mais surtout de vaux et de veaux ! Et comment !

Autrefois, autres mœurs. Au village, lorsqu’on était adolescents, le 31 décembre dès 20h, nous formions un groupe de fils de bouseux. Une ou deux de nos sœurs dérobait la hotte ou la corbeille de maman. Les garçons, nous ramassions cuillères, fourchettes, couvercles de marmite ou d’assiette ou emballages de dame-jeanne de vin, qui constituaient les timbales et cymbales d’un orchestre géant mais surtout cacophonique qui allait bientôt parcourir une après l’autre les cases pour souhaiter « bonne année ! » à leurs occupants. Les plus fortunés jetaient une ou deux pièces de monnaies jaunes dans le panier, les moins notamment les mémés sortaient quelques tubercules d’igname, macabo ou manioc de la grange. Notre besace bombait. Lorsque nous arrivions chez la maman catéchiste, point d’argent, point d’igname, point de manioc. « Vous êtes des anges. », nous bénissait-elle. Le lendemain, au premier jour de l’an, nous étions sur les rotules. Quelle randonnée ! Quelle fortune ! Nous nous partagions le butin. L’année commençait bien. La « bonne année ! », c’était sincère, sans hypocrisie. Lorsque nous passions d’anges à démons (ayant goûté au péché originel), nous cédions la place à plus jeune donc, à plus saint…

À nos jours, le téléphone puis le numérique a remplacé le contact physique. Plus besoin de courir le monde à pieds. Ça use les vieilles babouches. Il suffit d’une carte de vœu modelée par l’ordinateur. Ou d’un clavier de téléphone Android, un message pianoté, fabriqué et consommé comme du cube Maggie. Envoi, réception et lecture instantanés ! La magie du numérique, impersonnelle et d’application générale comme une loi scélérate. Vous vous attendez à une réponse ? Ah non ! Vous personnalisez le message et Le mutant vous répond. Ok ?

Vous n’avez rien vu. M’enfin ! La saison des vœux, la grande, s’ouvre au Palais des vœux à Etoudi, chez Popol, Son Excellence, président de la République, chef de l’Etat, chef des armées. Le grand théâtre du boulevard transformé en Parlement du rire, le temps d’une solennité. Ça vaut le rappel de la grande troupe nationale : Oncle Otsama, Jean Miché Kankan, Essindi Mindja, Narcisse Kouokam. J’en oublie ? Ben oui ! Les Major Asse, Edoudoua non glacé, Valery Ndongo, etc. Attention les personnages sont une création du Mutant ! Ils sont là, saints et toussaints du saint des saints. Font le piquet des heures qui paraissent l’éternité. Holà ! Il s’agit bien d’aller serrer la « sainte main présidentielle », dirait Jean de Dieu Momo. Vient enfin le moment du « bonne année, Excellence !», qui pourrait retarder ou éviter l’enfer. Attention ! Il arrive que, tel le guerrier du Marathon venu annoncer aux Athéniens la victoire des Perses, le porteur de vœu s’écroule. D’épuisement ou de trouille.

Par Le mutant

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