Lundi, 22 Juillet 2019
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Cyrille Ivan Chaffi: « Le pardon ne signifie pas oubli »

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Le psychologue estime que le dialogue voulu par le pouvoir implique de faire table rase de la haine et la rancœur dans l’inconscient collectif, ceci, pour un meilleur vivre-ensemble.

Par Jean-Christophe Ongagna

Quel sens revêt le pardon dans la société ?

Du point de vue psychologique, dans la société actuelle, le pardon revêt aujourd’hui, une certaine incrédulité et porte beaucoup plus une valeur religieuse suspecte, un mécanisme de défense qui permettrait aux uns et aux autres l’évitement de la souffrance, afin de favoriser aussi le processus de reconstruction sociale. C’est aussi perçu comme un aveu d’impuissance, de résilience dans la recherche de l’auto-protection.

Quels que soient les actes posés, toute personne mérite-t-elle le pardon ?

A notre avis, comprendre la situation psychologique et sociale de l’offenseur est primordial pour modifier ses attitudes et commencer le travail du pardon car, il pourrait avoir une mauvaise interprétation de cette action. Dans le processus de reconstruction sociale, tout le monde mérite le pardon car, être totalement dépouillé de capacité de pardonner est un signe de cruauté qui va générer encore plus de violence, de rancœur. Et l’on entre là dans un engrenage interminable d’un fort désir de vengeance qui pourrait être intergénérationnel voire trans générationnel. Oui, tout le monde mérite le pardon social, si l’on veut se libérer du ressentiment de la haine sociale, commencer à vivre le présent et aller de l’avant. Cela permet de ne plus porter le passé comme une ombre qui ne faciliterait point la notion du vivre-ensemble. Tout cela commence par la tolérance dans un dialogue franc et dans la reconnaissance des fautes de l’offenseur.

Quelle est la nécessité du pardon dans le contexte de la crise en cours dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, et quelles formes ce pardon peut-il revêtir pour apaiser le climat sociopolitique actuel au Cameroun ?

De prime abord, quand les gens ont décidé de ne plus souffrir, lorsqu’on évalue les pertes, les traumatismes subis, si l’offense ne cesse pas, aucun processus de pardon ne peut s’enclencher. Le passé ne s’efface pas certes, mais dans un processus de reconstruction sociale, il est important dans un premier temps, d’effacer la haine et la rancœur dans l’inconscient des personnes. Ceci est une nécessité pour tous, pour un meilleur vivre-ensemble. Dans un second temps, il faut cesser de se sentir coupable de ce qui nous arrive et relativiser le sentiment et la souffrance, afin de redevenir acteur et maitre de sa vie. En outre, au vu des pertes, de la haine et la peur de l’autre, il est impératif de pardonner à tous, afin de dissiper ces maux qui se sont inscrits dans la carte cognitive de plusieurs personnes et aujourd’hui, constituent une grande faille pour l’unité nationale.

Appelé de tous les vœux, ledit pardon ne peut-il pas, au contraire, être de nature à encourager certaines personnes à commettre d’autres délits ?

Comprendre les motivations des protagonistes ne vise surtout pas
à les excuser, mais à reconnaître chacun ses faiblesses car, le pardon est d’abord psychologique et ensuite, social. Psychologique, parce que le geste du pardon crée un sentiment de changement, de libération et de ressentiment. Social, parce que le pardon implique une autre personne qui peut être transformée suite au pardon. C’est pourquoi il est important de pardonner, mais aussi, de demander de prendre un peu de recul car, il faut attendre qu’il (pardon) s’impose de lui-même. Auquel cas, cela peut être perçu comme un aveu d’impuissance, une faiblesse, et pourra créer chez l’offenseur, un confort psychologique qui entrainera une récidive. C’est pourquoi, le pardon doit avoir des bases psychologiques et juridiques. De plus, la personne pardonnée doit avoir une hauteur psychologique assez élevée, auquel cas, il n’y aura pas de leçon apprise ; d’où l’éventualité d’une récidive.

Ne faut-il pas encadrer le pardon en République ?

D’abord, il est important de savoir que le pardon ne signifie pas l’oubli et l’absence de séquelles. C’est pourquoi, il est important de développer des actes juridiques prescriptifs et descriptifs qui devront encadrer le pardon. C’est-à-dire, trouver des mécanismes pour faire changer l’autre car, le pardon est aussi une forme de recommandation

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