Samedi, 15 December 2018
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Cameroun : La crise du contrat social

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Déjà un an que la crise anglophone charançonne l’actualité au Cameroun. D’aucuns l’ont qualifiée de crise du vivre ensemble ou de l’intégration nationale.

Par Georges Alain Boyomo 

En effet, la minorité anglophone estime qu’elle est progressivement et méthodiquement assimilée par la majorité francophone, au mépris de ses spécificités historico-culturelles. Des grèves aux « villes mortes », en passant l’ « école morte », trouver la solution à cette crise semble relever de la recherche d’une aiguille dans une botte de foin. A ce jour, les épées ne sont pas rangées dans les fourreaux.

A côté des appels au dialogue politique qui n’arrêtent pas de retentir, l’on enregistre des discours faisant croire qu’il existe une crise entre les francophones et anglophones. Des tracts haineux appelant les anglophones à « chasser » les francophones des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ont circulé. Des leaders d’opinion ont même fait planer le spectre d’une extermination planifiée des anglophones par les francophones, sur la base de sorties médiatiques, admettons-le, plutôt malheureuses, mais aussi en arguant de la militarisation des deux régions.

La vérité du terrain constitue un camouflet pour ceux-là qui ont agité le chiffon rouge d’une guerre entre les anglophones et les francophones. Admirables de lucidité, ces derniers continuent de cohabiter en toute fraternité. Les francophones n’ont pas été déguerpis de Bamenda, Buea, Limbe, Kumbo ou Akwaya. Il n’y a non plus de chasse aux anglophones à Yaoundé, Douala, Bafoussam, Ebolowa, Bertoua ou Ngaoundéré. L’épuration envisagée est restée un fantasme. 

Pour le cas de la ville de Yaoundé, les quartiers réputés peuplés d’anglophones comme Obili, Mini-ferme ou Biyem-Assi ne dérogent pas à leur ambiance habituelle. Autour du kati-kati ou du Eru arrosé de bonne bière, on ne distingue pas les francophones des anglophones. La communion est inaltérable. Dans les écoles, les universités, les lieux de cultes et les aires de loisirs, la crise anglophone n’a pas déconstruit les rapports entre francophones et anglophones, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.
On n’attendait pas moins des Camerounais, si fiers de leur diversité, si portés à s’enrichir de leurs différences. Sans être un construit définitif, l’intégration nationale a donc su résister à la crise anglophone. Cette résilience est la preuve que les Camerounais, dans leur immense majorité, tiennent à rester unis et donc forts. Dans un contexte de mondialisation où l’union a plus de chance de prospérer que la division.

Ces Camerounais-là savent également que le plus grand danger qui guette l’unité nationale, ce n’est pas la mosaïque d’ethnies et des cultures. Mais l’injustice sociale qui fait qu’une minorité a fait main basse sur la richesse nationale tandis que la majorité croupit dans la misère. Là réside le défi pour le gouvernement. S’assurer que l’impôt des Camerounais leur est retourné en termes d’eau potable, d’électricité, d’écoles, de routes, de logements sociaux, etc. S’assurer que les communautés à la base décident de leurs priorités de développement en accord avec le pouvoir central. Une fois que l’on aura valider ce paradigme, on dira que le malaise anglophone, plus qu’une crise de vivre ensemble, est une crise de gouvernance liée à une rupture du contrat social.

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