Vendredi, 19 Janvier 2018
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Crise anglophone:les manifestants de retour à la maison

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Libérés jeudi dernier avant minuit, 52 ex-détenus ont rejoint leur famille dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Par Ludovic Amara

Difficile de dire si les mains jointes devant elle à hauteur de lèvres, la jeune religieuse est en prière ou si elle essaye simplement de conjurer le froid. Le voile de soie blanc et la robe de sœur assortie, la jeune femme fait le pied de grue en face du portail de la prison centrale de Yaoundé, au quartier Kondengui. A ses côtés, d’autres personnes attendent avec anxiété depuis 18h ce jeudi que leurs proches sortent enfin de ce lieu de détention.

Même après quatre heures d’attente, ces parents inquiets tressautent à chaque fois que le portait s’ouvre, pensant enfin voir les leurs émerger. Leur angoisse ne leur laisse pas le temps de se préoccuper de la dizaine de gendarmes, fortement armés du Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (Gpign), qui l’œil mauvais, tiennent les curieux de l’autre côté de la route. Arrivés au crépuscule dans un camion adapté de la prison centrale de Yaoundé, les détenus ont manifesté leur joie en chantant tout le long du trajet qui les ramenait du Tribunal militaire.

«Home again ! Home again ! We shall see home again!”, n’ont-ils pas arrêté d’entonner. Une joie manifeste après une audience express au cours de laquelle le
ministère public à signifier au juge que les poursuites contre eux dans le cadre des émeutes qui ont secoué les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis novembre
2016 étaient abandonnées. Ce désistement de la justice fait suite à une décision du chef de l’Etat du 30 août d’accorder la liberté à certaines personnes impliquées dans ces évènements. Au rang des celles-ci, Abgor Balla et Fontem Neba, les leaders de la contestation, arrivés eux au Tribunal militaire à 9h dans une berline, mais sous forte escorte. Ayah Paul Abine, ancien avocat général près la Cour suprême, à lui été libéré en milieu de journée.

Départ

Il est un peu plus de 23h, lorsqu’un frémissement se fait sentir à l’entrée principale de la prison centrale : le général Daniel Elokobi Njock, dont le véhicule est garé tout près de l’entrée, sort de la prison en compagnie de quelques éléments de son staff et du régisseur. L’officier général, directeur central de la coordination à la gendarmerie nationale, se dirige à pieds à la prison principale, une vingtaine de mètres plus loin. Quelques 30 minutes plus tard, il en ressort.

Derrière lui, un pick-up vert de la gendarmerie chargé à l’arrière de divers bagages. Dans la cabine, Agbor Balla est coincé entre le chauffeur et un gendarme du Gpign et sur la banquette arrière, Fontem Neba est dans la même position entre deux pandores au visage fermé. Le petit groupe reprend le chemin inverse, un bus de la société de transport interurbain « Musango » manœuvre pour se garer tout juste à l’entrée. Sous l’œil vigilant du général, les désormais exdétenus sortent de la prison pour s’engouffrer dans le bus, à l’appel de leur nom. Beaucoup on le visage inexpressif,
un rien de détermination dans le regard.

L’opération dure une trentaine de minutes, et il est un peu plus de minuit lorsqu’une colonne de véhicules dont le bus de « Musango » traverse la ville pour rejoindre le la Camp Yeyap, au quartier Messa. Là-bas, le second groupe de détenus libérés de la prison du Secrétariat d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie (Sed) attendent. Dans la salle de réunion du camp où ils ont tous été réunis, le général Daniel Elokobi Njock donne quelques indications pratiques : « Mon travail est de m’assurer que vous êtes conduits en toute sécurité à Bamenda et à Buea, annoncera-t-il d’emblée, si vous
avez des choses à faire à Yaoundé, vous pourrez revenir plus tard.

Pour le moment, il est question de vous ramener auprès de vos familles ». Quelques personnes marqueront leurs préoccupations, notamment en ce qui concerne leurs effets personnels saisis lors de leur arrestation. Ce à quoi le général répondra que les services de la gendarmerie se chargeront de la restitution. Pour ce qui est des cartes d’identité nationale, le haut gradé a assuré que des certificats de perte seront délivrés dans les plus brefs délais. Il était près d’une heure du matin lorsque 13 personnes ont embarqué dans le bus « Musango » en direction de Buea et 39 personnes
dans celui de « Amour Mezam », en direction de Bamenda.

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