Lundi, 19 Février 2018
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Crise anglophone: vers une nouvelle purge politique

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L’exploitation des sécessionnistes arrêtés aurait déjà établi des connexions entre des dignitaires du régime et le mouvement séparatiste.
Par Ludovic Amara
Avec l’extradition officielle du leadership du mouvement séparatiste en fin de semaine dernière, un nouveau chapitre semble s’être ouvert dans la crise sociopolitique née dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Depuis quelques jours, une clameur mondaine traverse les salons lambrissés de la capitale : l’exploitation du chef de file des sécessionnistes, Sisiku Ayuk Tabe, aurait révélé des noms de personnalités en intelligence avec le mouvement séparatiste. Le sérail serait en tout cas en ébullition au point où certains brûleraient des cierges pour que leurs noms ne figurent pas sur la liste noire. Des sources rapportent d’ailleurs des aveux assortis d’une repentance, de la part du président de l’Ambazonie, qui aurait demandé à rencontrer le chef de l’Etat pour tout lui révéler sur une « filière anglophone sécessionniste » au cœur de son régime.

Un « G 18 » qui se serait formé autour de cette crise en vue de torpiller le remaniement ministériel et pousser le chantre du Renouveau vers la sortie, en soufflant secrètement sur les braises des revendications anglophones. Depuis le début de la semaine, l’on assiste à la mise en place d’ingrédients en prélude à l’hallali : l’arrestation ou simplement la mise à l’écart à travers la formation d’un nouveau gouvernement de personnalités dont la connivence aurait été établie sur la base de l’exploitation des documents et autres relevés téléphoniques des sécessionnistes en détention dans les cellules des services de sécurité. Un remake de la purge du « G 11 » en 2008.

Il y a 10 ans en effet, en février 2008, une crise sociopolitique avait déjà débouché sur une purge politique sous le couvert de la lutte contre la corruption et les détournements de la fortune publique. Empruntant au jargon militaire, l’« opération Epervier » était alors intervenue à la suite des « émeutes de la faim » de cette année-là – sur fond de contestation de la révision constitutionnelle qui devait permettre de lever le verrou de la limitation du mandat présidentiel- pour arrêter et emprisonner des personnalités soupçonnées de distraction de fonds publics. « Une insurrection instrumentalisée par des élites politiques en mal de pouvoir », décrira plus tard, avec amertume, l’ancien ministre de la Santé publique, Urbain Olanguena Awono, dans son ouvrage « Mensonges d’Etat : déserts de République au Cameroun », paru en mars 2016.
Cet ancien haut commis de l’Etat, tombé en disgrâce, dénonçait ainsi l’épuration politique intervenue à la suite de ces émeutes qui, selon lui, avaient simplement servi de prétexte pour « tuer politiquement » tous ceux soupçonnés de préparer le remplacement du président Paul Biya avant la présidentielle de 2011. Au rang de ces personnalités arrêtées en mars 2008, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Polycarpe Abah Abah et l’ancien secrétaire général de la présidence de la République, Jean Marie Atangana Mebara, entre autres.

Pour Aristide Mono, doctorant en sciences politiques, « tout se joue sur le sens qui est un construit c’est-à-dire, la définition qu’on attribue à un fait pour légitimer la réponse qui y sera appliquée ». Et dans le cas d’espèce, le chercheur analyse : « le politique central peut jouer sur les marges d’incertitudes pour imposer son labelling d’«Ayuk ». Au lieu d’une revendication liée à un segment social, le politique peut qualifier le fait de projet de coup d’Etat ». Aristide Mono n’exclut pas un remaniement ministériel qui permettra au chef de l’Etat de « nettoyer quelques éléments perçus comme malveillants ».

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