Jeudi, 19 Avril 2018
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Crise anglophone : l’enlisement

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Depuis le début du mois d’août courant, la crise  anglophone semble avoir emprunté un nouveau tournant à la faveur des missions d’explication dépêchées par le gouvernement à l’étranger.

Par Georges Alain Boyomo

Ces moments d’échanges et de clarifications ont été gravement perturbés, en Belgique, en Afrique du Sud et au Canada, par des extrémistes tapageurs. Lesquels ont ici et là pris au dépourvu les services de sécurité et brûler ostensiblement le drapeau de la République pour hisser un bout d’étoffe, présenté comme la bannière d’un Etat qui n’existe que dans les fantasmes des irréductibles activistes.
Depuis ces épisodes surréalistes, la voix du gouvernement est peu audible sur les dérapages inadmissibles observés au cours de ces missions. La nature ayant horreur du vide, « les débatteurs du dimanche » brodent sur le sujet pour expliquer la symbolique des emblèmes nationaux, dont le drapeau, et, partant, pour s’indigner de la profanation de ceux-ci.

En plus des rapports adressés au commanditaire des missions d’explication auprès de la diaspora, il eût été pourtant intéressant de communiquer sur ces sorties, prendre l’opinion nationale et internationale à témoin sur la confusion qui s’installe au sujet la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. En laissant prospérer la « victimisation » des agitateurs de la sécession sur les réseaux sociaux, lesquels brouillent le signal légitime envoyé, et sans doute saisi, par les ressortissants des deux régions anglophones au sommet de l’Etat, le gouvernement choisit délibérément la défensive, voire l’attentisme.

Le débat aujourd’hui, nous semble-t-il, n’est plus de savoir s’il y a un « problème anglophone » ou pas. Lorsque dans une famille, un membre exprime ou fait un malaise, il faut l’écouter et trouver la thérapie pour y remédier. Or, depuis l’aube de cette crise, en octobre 2016, des actes sont posés, mais le dialogue de sourds a la peau dure. Aujourd’hui, les concessions ne doivent plus émaner d’un seul camp. On ne comprendra jamais pourquoi certains font feu de tout bois afin que l’école ne reprenne pas dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Au nom de quoi des innocents doivent-ils payer le prix le plus lourd de cette interminable crise ?

Liberté

On ne comprendra pas pourquoi des gens qui se disent lésés dans la redistribution de la richesse nationale s’attaquent à leur patrimoine, en y mettant du feu. On ne comprendra pas pourquoi les (premiers) interlocuteurs du gouvernement dans cette crise ne peuvent pas bénéficier d’une liberté, ne serait ce que provisoire, pour renouer le fil du dialogue et porter le message de la paix.

Entre le 1er septembre et le 1er octobre 2017, les activistes anglophones de la diaspora et du terroir, si l’on s’en tient aux informations diffusées sur les réseaux sociaux, vont passer à la vitesse supérieure, en perturbant la rentrée scolaire, en faisant du grabuge au siège des Nations-Unies à New-York à l’occasion de l’Assemblée générale de l’Onu, et, au bout du compte (comme c’est le cas depuis quelques années) en hissant le drapeau d’une République fantôme à Bamenda et ailleurs. Naturellement, les « anarchistes-opportunistes », pour reprendre l’expression de l’ancien gouverneur du Nord-Ouest, Abakar Ahamat, dans son livre « L’audace d’être différent » (Editions Ifrikiya, 2017) trouveront sur leur chemin la force de l’ordre. D’ici on imagine ce qui peut se produire.

Au demeurant, on peut, à bon droit, regretter que les revendications légitimes de certains Camerounais soient supplantées par des agissements qui se situent en marge de la République. Et qui, finissent par mettre du beurre sur les épinards des faucons du régime. Enivrés par leurs prébendes et peu portés vers l’intérêt général, ces derniers estiment généralement que la contestation ou la contradiction est synonyme de manœuvre de déstabilisation de l’ordre établi. Hélas !

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