Mercredi, 2 December 2020
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COVID-19: les rapports bailleurs et locataires infectés  

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Certains propriétaires de la ville de Yaoundé sont partagés entre tolérance et intransigeance par ces temps de pandémie.

Par Lorine Claudia Agnang

Marcelin est propriétaire d’une cité au quartier Ekounou, à Yaoundé. Le plus jeune locataire du camp a déjà passé, au moins, six mois sous son toit. Et par ces temps de COVID-19 qui courent, il a décidé d’opter pour la clémence envers eux, malgré la déviance de certains, surtout l’un qui est vendeur à la sauvette dans un marché de la ville. Il a  toujours brillé par le paiement irrégulier de son bail. Et, bien avant la survenue du coronavirus au mois de mars au pays, il avait déjà un arriéré deux mois. Lorsque deux  autres mois se sont ajoutés, le locataire est devenu fantôme : Il vient tard au moment où tout le monde dort et il sort sans que personne ne se rende compte. Malgré plusieurs tentatives du propriétaire de la concession de le coincer un de ces quatre, il n’a pas pu. Finalement, il y a quelques jours, il s’est présenté, les larmes aux yeux avec 50.000Fcfa, suppliant son bailleur de les accepter. Sans hésiter, il a accepté.

Un autre de ses locataires est un enseignant dans un collège privé de la place. Régulier dans ses paiements. Mais avec la fermeture des écoles, lui-même s’est résolu de retourner dans son Ouest natal labourer la terre, pour pouvoir payer ses factures. Il a pris le soin de faire part de sa situation à son bailleur. Et ce dernier a pris acte de sa doléance.

Dans une autre cité au quartier Ekié, dans la cité capitale, les locataires disent que ça fait plusieurs mois que leur bailleur, qui n’est d’ailleurs pas leur voisin, a voyagé. « Quand il est même là, il ne nous dérange pas. C’est nous qui partons souvent vers lui, pour lui donner notre argent de location », témoigne un locataire.

Intransigeance

Or, tout à côté,  au quartier Mvog-Ada, un sérigraphe, employé d’une entreprise, a perdu son travail au mois d’avril. Ne pouvant plus supporter la charge du loyer, son bailleur l’a mis à la porte. Depuis lors, il a rejoint sa sœur dans le domicile familial, où il vit désormais avec sa petite famille. « Je ne peux pas admettre dans ma maison un locataire qui n’est pas régulier dans ses paiements. Quand je dis le 30, c’est le 30. Corona c’est quoi ? Lorsqu’Eneo vient déposer ses factures, est-ce qu’il tient compte que nous pouvons avoir des difficultés? Si l’Etat avait par exemple décidé de rendre gratuits les services tels que l’eau et l’électricité en cette période de pandémie, j’aurais bien pu être clément», affirme sieur Kamga, un autre bailleur.

«Moi je ne peux pas mettre un locataire à la porte avant quatre mois d’arriérés. Je suis juriste. Je sais qu’on parle de filouterie de loyer à partir de deux mois. Mais je laisse d’abord le temps passer, dans l’espoir que le locataire va se rappeler qu’il me doit. Passé ce délai, j’entame les procédures judiciaires», confie un autre. Et de poursuivre : « je préfère que si un locataire a un souci, qu’il vienne m’en parler. Mais lorsque c’est moi qui fais le premier pas, là ce n’est pas bien ».

Profil des bailleurs

Les réactions de ces propriétaires des maisons d’habitation laissent entrevoir qu’il y en a qui compte sur l’argent de la location pour se nourrir, tandis que pour d’autres, c’est juste qu’un ajout : « J’ai plusieurs domaines en location dans cette ville. Et je les ai construits pour me nourrir, m’occuper de mes enfants et subvenir à tous nos besoins. Par conséquent, je ne peux pas admettre qu’on blague avec la date de paiement. Parce que le besoin n’attend pas. C’est pourquoi je n’admets que les fonctionnaires chez moi. Parce que je sais qu’au moins chez eux, le salaire est régulier», poursuit monsieur Kamga.

La pandémie continue de sévir. Les locataires les plus touchés par cette crise sont ceux qui travaillent dans le secteur privé et ceux du secteur informel. Des secteurs où les entrées se font de plus en plus rares. Si jusqu’ici certains bailleurs font preuve de clémence à leur égard, ces derniers se demandent si ce sera le cas, si la crise perdure.

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