Mardi, 1 December 2020
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COVID-19 au Cameroun:Réflexions préliminaires (Partie II)

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…Il est même surprenant que certains chercheurs soient séduits par l’idée de « l’hélicoptère monétaire », qui est une distribution gratuite d’une somme d’argent à tous les foyers ou individus, pour relancer la consommation, avec une production ou offre nationale qui l’absorberait automatiquement. On leur rétorquerait volontiers que, non seulement il ne s’agit en Occident que d’une idée, jamais expérimentée, pour les risques d’hyperinflation qu’elle comporte, mais aussi, le cas échéant, elle ne peut l’être que si l’Etat est maître de sa monnaie et recourt donc à la planche à billets, ou s’il s’endette à des sommes gigantesques, sachant que l’endettement d’aujourd’hui c’est les impôts de demain… 

Par Mekulu Mvondo Akame* 

En définitive, on peut se demander si nous sommes réduits à répéter les « solutions » émises ou adoptées par d’autres, avec leur environnement et leurs moyens, sans évaluer la capacité de l’Etat à y donner satisfaction ? Devons-nous nous priver d’une réflexion autonome et innovante, qui tienne compte de l’ensemble de nos paramètres de divers ordres ?

Les situations brièvement décrites ci-haut semblent révéler deux principales caractéristiques de l’élite camerounaise aujourd’hui : – une apparente attirance intellectuelle et morale vers l’extérieur ; – une évidente sur-responsabilisation de l’Etat à l’intérieur. S’il est constant que la science dans sa globalité est universelle et que les mêmes principes s’appliquent, « mutatis mutandis », à tous les sujets de recherche fondamentale ou appliquée, il serait légitime et justifiable de s’en inspirer, lorsque cela est nécessaire, et utiliser les résultats des recherches faites ailleurs ; on ne réinvente pas la roue. Mais, pour autant, cela exonère-t-il les chercheurs du cru d’ouvrir des sujets sur diverses autres hypothèses propres à notre environnement et nos moyens financiers et matériels ?

Pour le cas du COVID-19, plusieurs protocoles ou molécules sont susceptibles de neutraliser ce virus. La pyramide des âges des habitants et la situation sanitaire de notre pays n’offrent-elles pas matière à une recherche autonome pouvant servir aux politiques pour une prise de décision appropriée, notamment quant à l’efficacité ou non d’un protocole de soins, ou alors la pertinence ou non d’un confinement général ? En effet, dès lors qu’il apparaît que le COVID-19 ne s’attaque ou n’est principalement fatal qu’aux personnes âgées de plus de 60 ans et portant majoritairement des comorbidités (plus de 98% des morts), la solution souhaitable pourrait-elle encore être, comme dans les pays développés et d’âge moyen élevé, de confiner toute la population, au risque d’un appauvrissement général des personnes et de l’Etat ?

L’on note à cet égard que : la population âgée de plus de 60 ans en France et au Royaume Uni est respectivement de 27% et 24%, alors qu’elle n’est que de 4% au Cameroun ; la moyenne d’âge dans ces deux pays est d’environ 42 ans, contre 23 ans au Cameroun ; la population frappée d’obésité dans ces pays est de 24% (près de 50% aux Etats-Unis), contre 11% au Cameroun ; le tabagisme frappe près de 60% de la population, contre 18% au Cameroun. Il est clair que la propagation symptomatique et surtout la létalité du COVID-19 sont largement corrélées à l’âge et aux facteurs de comorbidité des populations.

De même, les enjeux politiques et démocratiques induits par une population tirant majoritairement vers le troisième âge ne peuvent qu’être propres aux pays concernés. Dès lors, est-il pertinent d’analyser cette pandémie avec les mêmes yeux qu’en Europe et, donc, d’adopter exactement les mêmes mesures de lutte ? Qui plus est, des mesures qui pourraient totalement anéantir nos économies déjà fortement secouées par la crise, et hypothéquer l’avenir des jeunes, qui sont pourtant moins menacés ? La question est d’autant plus évidente que les élites camerounaises sont réputées pour figurer parmi les plus talentueuses. Il pourrait donc s’agir d’un problème de contexte ou de mentalité.

Est-il souhaitable de s’inspirer essentiellement d’une source médiatique extérieure pour connaître une pathologie et les moyens de la combattre ? Il serait peut-être temps de développer une capacité d’investigation autonome, en relation permanente et ouverte avec les équipes dédiées de l’extérieur, dont certains ont acquis une expérience solide en la matière (Chine, IHU Marseille, Sénégal, etc.).

Les hypothèses de protocoles thérapeutiques et les modalités les plus appropriées de lutte contre la pandémie (confinement général ou partiel, systématisation ou non des tests, etc.), devraient donc se fonder sur des éléments rationnels et scientifiques, dont on serait convaincu soi-même, par le résultat de sa propre investigation. Ceci devrait permettre, d’une part, aux décideurs politiques de prendre leurs responsabilités en toute connaissance de cause, et, d’autre part, aux populations de prendre la véritable mesure du danger et des risques encourus.

Il pourrait même s’avérer que l’usage de diverses recettes à base de plantes médicinales du terroir soit d’un utile secours (ou le contraire) ; l’engouement quasi plébiscitaire que lesdites recettes suscitent témoignent à la fois de l’incertitude qui règne au sein des populations que, par conséquent, de la nécessité des éclairages scientifiques y relatifs.

Il convient d’en conclure la pressante nécessité pour les africains en général de se réapproprier la maîtrise de leur histoire, leur développement, leurs traditions millénaires, et d’entretenir la mémoire de nos ancêtres, aïeux, grands-parents et parents…, pas seulement pour les honorer de nous avoir donné la vie, parfois au prix de la leur et en sacrifiant certainement à leur bonheur, mais aussi pour leurs investigations dans la nature afin d’en tirer les solutions à toutes sortes de problèmes rencontrés, entre autres de santé, et assurer la perpétuation de l’espèce humaine. C’est la voie à suivre et amplifier.

Il existe une abondante documentation écrite et des traditions relatant toutes les inventions scientifiques des africains depuis les temps anciens jusqu’à la modernité ; elles montrent la véritable place de l’Afrique dans l’histoire de l’humanité, malheureusement usurpée par ceux vers qui nous nous retournons aujourd’hui comme la référence à tout.

C’est effet en Afrique que nos ancêtres, Africains de teint et de génie, ont inventé et développé, à plusieurs millénaires de l’ère chrétienne, avant d’en être spoliés par les envahisseurs grecs et romains, les sciences et quasiment tous les domaines de la civilisation moderne, à savoir, à titre d’illustration : – la médecine moderne (la description et la dénomination de toutes les parties et tous les organes, muscles, os du corps humain ; le bistouri ; le stéthoscope à deux branches ; la chirurgie oculaire, cardiaque, cérébrale ;

les prothèses de la jambe, du pied et de la main ; l’éthique médicale …) ; – le calendrier de 365 jours, soit 12 mois de 30 jours et 5 jours épagomènes (regroupés en trois saisons de quatre mois, à savoir « les inondations » ; « les semences » ; « les récoltes ») ; – l’architecture monumentale avec les pyramides et les grands  temples du Soudan et d’Egypte ; – les mathématiques, la géométrie, y compris les nombres complexes, les équations à plusieurs inconnues, le nombre pi (3,14et le nombre phi ou nombre d’or (1,6) ayant prévalu dans la construction des milliers de pyramides et des tombes des pharaons, et toujours incontournables en mathématiques (Thalès et Pythagore ont étudié des décennies en Egypte, les principes et théorèmes qui leur sont attribués à tort sont des inventions égyptiennes) ; – la momification des corps, pour qu’ils demeurent intacts pendant des millénaires ; – la philosophie rationaliste (Platon, Thales, Aristote ont étudié des décennies en Egypte); – la peinture et toute la variété des couleurs ; – l’écriture (hiéroglyphes, démotique, hiératique, qui ont donné successivement lieu aux écritures proto-sinaïque, cunéiforme, grecque, puis latine que nous utilisons aujourd’hui) ; – la musique avec le solfège des sept notes de base, les symphonies… – l’astronomie (les constellations et leurs dénominations) ; – les points cardinaux ; – la navigation ; – l’urbanisme avec la construction de villes organisées selon les fonctions sociales et économiques (Karnak, Louxor, Memphis, Thèbes, Alexandrie…) ; – les bibliothèques ; – la balance à deux poids ; – etc.

Fort de ce passé riche, prestigieux et à jamais inégalable, attesté aujourd’hui par toute l’érudition scientifique, de l’archéologie préhistorique à la génétique des populations et l’anthropologie humaine, l’élite africaine gagnerait, dans une conscience historique assumée, à se réapproprier fièrement et résolument le fonds culturel, intellectuel et scientifique qui a permis à nos ancêtres d’exceller dans des temps où l’hostilité de la nature était à des niveaux inimaginables. Cela est d’autant plus possible qu’elle ne manque ni de matières ni de ressources humaines qualifiées ; les données disponibles montrent que la recherche scientifique de pointe dans les pays développés est largement animée par des chercheurs et étudiants africains.

En ce qui concerne la spiritualité, on peut penser que Dieu a vraisemblablement donné à l’homme, seul être vivant jouissant de ce privilège, la raison et l’intelligence nécessaires pour découvrir lui-même ce qui lui permettrait de survivre et de perpétuer la création divine. Dieu ne s’attend certainement pas à voir l’homme revenir pleurnicher tous les jours auprès de lui à la moindre difficulté rencontrée. Les louanges éternelles que nous lui devons, véritablement avec assaut de tambours et trompettes, c’est surtout l’hommage de nous avoir donné la vie et la raison ; peut-être nous jugera-t-il à l’usage que nous en aurons fait au profit de nos semblables et nos nations…

Dans notre rapport à l’Etat, la pandémie du COVID-19 est une autre occasion de se rendre compte combien certains, notamment l’élite, semblent reposer des espoirs démesurés sur l’Etat. Certes, celui-ci a le rôle régalien d’assurer la protection et le meilleur encadrement possible des citoyens, de leur garantir la sécurité, la sûreté et le bien-être, pour autant que ses moyens le lui permettent. Force est cependant de constater que, en contraste manifeste avec les populations travailleuses, majoritairement réputées pour leur dynamisme et leur ardeur à l’œuvre, jusqu’à la « débrouillardise », et qui se battent durement au jour le jour pour gagner les moyens de leur survie, l’élite semble distiller à qui mieux-mieux le message d’un Etat de qui on attend jusqu’au minimum vital. Est-ce la traduction de la réalité vécue, même s’il faut admettre qu’elle est dure en ce moment, ou s’agit-il là encore d’un mimétisme de choses faites « ailleurs » ?

Il peut être difficilement compréhensible que le même peuple acharné au travail et à la conquête de son bien-être, parfois même en violation notoire des règles admises, produise, à l’apogée de la réussite, des personnages subitement transformés en spectateurs impuissants, dans l’attente d’une assistance étatique ? D’évidence, cette assistance est en cours, puisque les hautes autorités se sont prononcées favorablement sur le principe ; mais sera-ce dans les proportions escomptées ?

Nonobstant la conviction que la nature d’un peuple ne change pas, les opportunités peuvent induire des comportements de groupe, qui procèdent plus d’un esprit d’à-propos que d’un réel défaut. Mais toujours est-il que cette déresponsabilisation apparente des personnes (élites) opère un transfert exagéré et insupportable à l’Etat qui n’en peut mais.

Les promesses de l’Etat de jouer pleinement son rôle auprès des populations et des entreprises dans ces circonstances difficiles, devraient rencontrer la volonté permanente des individus à œuvrer à leur propre bien-être ainsi qu’au développement du pays. Seule cette conjonction d’actions pourrait donner des raisons d’espérer et de s’en sortir plus forts encore.

C’est le lieu de mentionner que l’Etat n’existe et n’a de moyens qu’à travers principalement ce que lui procurent les citoyens, par le paiement de l’impôt. Parmi ceux qui réclament vigoureusement l’assistance de l’Etat aujourd’hui figurent malheureusement un nombre significatif de ceux qui ne s’acquittent pas de l’impôt ou s’en évadent substantiellement. La situation actuelle révèle l’importance et le rôle de l’impôt dans le déploiement de l’Etat-protecteur, dont la marge de manœuvre est exactement proportionnelle à l’acquittement par les entreprises et les individus des impôts dus.

*DIRECTEUR GENERAL DE LA CNPS

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