Dimanche, 9 December 2018
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Coup de gueule: un maire du parti au pouvoir au Cameroun critique la presence des vieux au Sénat

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Jamais une institution n’aura suscité autant de polémique, tant par sa création que par son implémentation. On aura tout entendu : structure inutile, budgétivore, maison de retraite, chambre d’enregistrement…

Par Saint Eloi Bidoung*

Sans toutefois vouloir entretenir la polémique vaine et stérile, savamment orchestrée en son temps par les intellectuels du dimanche, je voudrais, moi, Saint Eloi Bidoung, militant de base du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), très
modestement et avec les mots qui sont les miens, m’insurger, au nom des sans-voix, au nom de la majorité silencieuse, au nom de ceux que les généraux sans troupes du parti appellent « quantité négligeable », au nom de cette masse pourtant critique de la base militante de notre parti, au nom de ces jeunes camerounais qui, nombreux, se reconnaissent en moi, qui savent que les grandes douleurs sont muettes et souffrent au plus profond d’eux-mêmes, de savoir qu’ils seront comptables des somnolences, de l’ignorance, des méfaits, de la méchanceté de ces octogénaires et centenaires qui siègent dans cette auguste assemblée qu’est le Sénat, m’insurger.

Pourtant à vocation dynamique, le Sénat est devenu un lieu de retrouvailles trimestrielles pour des vieillards envahis par le rhumatisme, souffrant qui de son diabète, qui de sa prostate, qui de fatigue généralisée. Ces vieillards qui n’arrivent pas à retrouver leur lit sans aide pour dormir, qui roulent sur des trottinettes ou qui se déplacent avec des béquilles ou, pour certains, mieux lotis, mais qui ont presque perdu la vue, l’ouïe, l’odorat et même l’usage de la parole. Je n’oublie pas ceux qui viennent pour les sessions et se retrouvent à l’hôpital en train d’acheter de billets
de session pour se faire consulter. Il y en a qui n’arrivent plus à Yaoundé parce que manquant de force.

Ces vieillards, selon qu’ils sont en état de se déplacer pour justifier de leur présence effective dans un hémicycle où chaque session se confond à une séance de sieste collective, les plus usés se réveillant quand ceux restés éveillés applaudissent. Réveil avec un air de grand méchant loup, interrogeant le voisin du pourquoi de cette perturbation de sommeil, somnolant à longueur de journée. On se croirait dans un dortoir, car on dort ici à poings fermés, bras scarifiés, bave dégoulinante. On ronfle à gorge déployée, comme un moteur turbo à double injection et à carburation directe V8, 16 soupapes. Tout ce vacarme, non synchronisé, eût pu être une grande source d’inspiration pour Mozart.

Ici, quand il faut siéger ou débattre d’un projet de loi, de bon ou de mauvais aloi, on s’en fout : personne n’en est indigné, car après, tout le monde applaudit. Quand il s’agit de passer du dortoir (session) pour le réfectoire (indemnités de session), tout le monde pète la forme ! A peine élus, ils ont demandé au ministre des Finances, à cors et à cris, de leur payer les indemnités de deux semaines de travail. Les mauvaises langues disent que les papys ont oublié qu’un mois de travail, c’est trente-
et-un jours.

Au regard de la composition du personnel sénatorial, on se rend à l’évidence que l’unique motivation de la création de cette institution aura été de caser d’anciens compagnons retraités aux états de services remarqués et dont la loyauté ne fait l’ombre d’aucun doute. Capables ou incapables, valides ou invalides, grabataires ou séniles, on s’en fout : pourvu que son nom y figure ! Où sont passés les jeunes, fer de lance de la nation ? A-t-on tenu compte de la hauteur des dossiers à traiter et du confort psychosomatique de ceux qui allaient être logés dans cette chambre dite haute, et qui a suscité des vocations ?

On a vu un président qui, pourtant, dormait dans la chambre basse depuis des décennies, bander les muscles pour aller dormir à la chambre haute, afin de maintenir son statut d’éternel deuxième devant l’Eternel. Toujours est-il que Paul Biya a rappelé à l’ordre son cavalier blanc, qui est retombé de très haut sur son lit dans la chambre basse. Aujourd’hui, il brille par des actes d’indiscipline et d’insubordination illustrés, par exemple, le jour de la présentation des vœux de Nouvel an. Pour cette autre chambre de dormeurs (le Sénat), il fallait un chef. Le président Biya est resté fidèle à lui-même et a décidé de prendre les mêmes pour recommencer.

Niat Njifenji Marcel est reconduit au poste de chef de dortoir de la grande maison de
retraite, avec pour lourde mission de veiller sur les résidents aux heures du petit
déjeuner, du déjeuner et au moment d’aller au lit. Surtout, il a reconduit celui qui
lui a semblé être la vraie lumière. Tout ceci s’est déroulé sans électricité dans l’air. Et ceux qui avaient des doutes sur une amitié de 60 ans ont été électrocutés par le choix du président, qui vient confirmer que le courant passe bien entre le président du Sénat et lui, ainsi que dans le fameux axe beti-bamileke, sous un air de musique d’Aï-Jo Mamadou : « Qui n’est pas content s’en va et le Cameroun continue ».

Avec ou sans eux ! Niat Njifenji, intime parmi les intimes, fidèle des fidèles, demandait-il plus, ou mieux ? Absolument pas ! Ce papy est en train de pulvériser les records du Soviet suprême où ont jadis trôné Kroutchev (80 ans), Brejnev (81 ans), Tchernenko (76 ans), Gorbatchev (56 ans), Eltsine (60 ans) et aujourd’hui Poutine (48 ans). Impossible n’est point camerounais. Pendant que de jeunes diplômés pétaradent avec des moto-taxis dans la ville, pendant que les jeunes cherchent des emplois, le Cameroun se retrouve à pulvériser des records du monde : il détient le record du plus vieux président (85 ans, 36 ans de règne) ; du plus vieux sénateur Mukete (100 ans) ; du plus ancien député au monde, Cavaye (depuis 1958) ; du plus vieux président de Sénat, Niat (85 ans) ; du plus vieux patron de la police, Mbarga Nguele (85 ans); du plus vieux chef de mission diplomatique, Koue Ntonga (85 ans) ; du plus ancien membre du gouvernement, Amadou Ali (80 ans, ministre depuis 38 ans).

Monsieur le président, on vous a seulement laissé ! Pensez à ceux qui vous accompagnent et qui sont sans réseaux. Ils sont nombreux, ces vieux qui ont multiplié
l’espérance de vie par trois. Nous devons prier Dieu pour que le Sénat, au bout des cinq prochaines années, ait encore le quorum nécessaire pour délibérer. On doit prier
d’autant plus ardemment pour eux que les obsèques d’un sénateur coûtent la peau des fesses au contribuable : au moins 100 millions de Fcfa par tête de pipe.

Le peuple s’en trouve indigné, de voir ainsi des hommes et des femmes sans foi ni loi abandonner ceux qui, hier encore, étaient les élus de leur cœur. C’était juste le temps,
pour eux, de devenir les élus du peuple comme pour dire au peuple bien-aimé que les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient, tout bon flatteur vivant aux
dépens de celui qui l’écoute. Ça donne envie de s’arracher les cheveux, de se casser la
voix pour dire à qui de droit d’écouter la voix du peuple. Que Dieu bénisse mon peuple !
*MILITANT DU RDPC. 1ER ADJOINT AU MAIRE DE LA COMMUNE DE YAOUNDÉ VI

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