Dimanche, 20 Septembre 2020
Accueil quotidien mutations economie Coronavirus: poussée de fièvre de l’économie

Coronavirus: poussée de fièvre de l’économie

660
- Publicité -

Après les deux premiers cas recensés au Cameroun et au regard de la tendance mondiale, les acteurs de l’économie locale se disent préoccupés par les effets que cette épidémie pourrait avoir sur leurs activités.

Par Lucien Bodo

Drôle de coïncidence à Douala, le 06 mars dernier. Ce vendredi-là, le ministre de la Santé publique (Minsante), Malachie Manaouda, se rend au siège du Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) à l’effet de rassurer le patronat sur les mesures prises dans le cadre la lutte contre le nouveau coronavirus. Le même jour, le pays enregistre son premier cas confirmé. Il sera suivi d’un deuxième quelques heures plus tard.

Depuis que l’épidémie a été déclarée en fin d’année 2019, la sphère économique mondiale montre des signes de tension et de fragilité. Et le Cameroun n’est pas épargné. Le grand problème que pose le coronavirus est celui des restrictions destinées à limiter sa propagation. Des mesures qui freinent malheureusement les échanges économiques.

Produits halieutiques

Dans ce sens, le ministre de l’Elevage, des Pêches et des industries animales, Dr Taïga, a par exemple suspendu en début du mois de février dernier, l’importation de produits halieutiques issus des zones à foyers actifs de l’épidémie. En première ligne, la Chine. Avec environ 19,6% des parts du marché, l’ « Empire du milieu » représente le deuxième plus grand fournisseur du Cameroun en matière de poisson. Les importations permettent de combler le grand déficit entre l’offre et la demande. En effet, même si la production locale a atteint 292 675 tonnes en 2018, elle ne permet pas de satisfaire des besoins de consommation estimés à environ 400 000 tonnes par an.

Au regard de cette situation, l’Institut national de la statistique craint une flambée des prix du poisson dans les jours à venir. Une augmentation qui pourrait aussi être observée dans le secteur des gadgets électroniques, dont une bonne partie est importée de Chine.

Opérations portuaires

Vu les restrictions sanitaires instaurées dans les différentes portes d’entrée et sortie du pays, il pourrait également survenir une situation de lenteur dans le transport des marchandises. Durant son séjour à Douala, le Minsanté a également vérifié le dispositif anti-coronavirus installé au port de la capitale économique.

Des mesures nécessaires, mais qui devraient avoir un impact sur la vitesse des opérations de débarquement. Les navires sont en effet de grands importateurs de l’épidémie comme le témoignent les multiples bateaux mis en quarantaine en mer dans plusieurs régions du monde, du fait du coronavirus.

A craindre aussi, la réaction des pays limitrophes au Cameroun. Certains, comme le Gabon, ont déjà commencé à prendre des mesures de limitation des mouvements au niveau des frontières. Certes, ces précautions ne s’étendent pas aux camions de transport de marchandises, mais le ministre de l’Intérieur gabonais, Lambert-Noël Matha, annonce « des contrôles nécessaires, en vue de circonscrire tout risque éventuel ». Chose susceptible de ralentir le trafic.

Patronat et entreprises

Le Cameroun ayant été infecté, l’un des secteurs qui pourrait aussi être durement éprouvé est l’activité touristique. Selon le ministère du Tourisme et des Loisirs, 812 000 touristes internationaux ont visité le Cameroun en 2018. Et d’après les projections gouvernementales, le pays prévoit accueillir au moins un million de touristes internationaux par an à l’horizon 2020. Des données qui pourraient être revues à la baisse si jamais les effets du coronavirus s’accentuent. Lesquels conduiraient alors à un fléchissement du taux de fréquentation des établissements hôteliers.

Après la rencontre avec le ministre de la Santé publique, le 06 mars dernier, le président du Gicam, Célestin Tawamba, a annoncé qu’une enquête était en cours au sein des entreprises membres pour évaluer l’impact économique de l’épidémie de coronavirus. Le président des Entreprises du Cameroun (Ecam), Protais Ayangma, explique quant à lui que ce regroupement patronal est « attentif à l’évolution de cette maladie et aux prescriptions du ministère de la Santé publique, de l’Organisation mondiale de la Santé, ainsi que du Bureau international du Travail ». Il évoque par ailleurs des rendez-vous annulés ou reportés par des partenaires étrangers du fait de la crise sanitaire mondiale actuelle.

Préoccupation similaire pour Daniel Claude Abaté, président exécutif du Mouvement des entrepreneurs du Cameroun (Mecam). Pour lui, « cette épidémie est de nature à freiner les échanges [avec la Chine et l’Europe, ndlr]. Plusieurs voyages d’affaires ont dû être annulés. Des chefs d’entreprises ont par ailleurs gelé des commandes ».

Pétrole

Dans le domaine des hydrocarbures, les cours du pétrole ont lourdement chuté en Asie le 09 mars, notamment en Chine, premier importateur d’or noir dans le monde avec 14% de la consommation mondiale, soit 14 millions de barils par jour. Le prix du baril a en effet baissé de 25%, reculant à 33,90 Dollars Us.

Une situation amplifiée par les tensions entre la Russie et l’Arabie Saoudite dans le cadre de l’équilibre des prix du pétrole. Si ce choc n’est pas atténué, les conséquences pourraient être très sévères pour certaines économies qui dépendent en grande partie de la ressource pétrolière.

Dans ce sens, le Cameroun peut se sentir légèrement en sécurité. Néanmoins, dans le cadre de l’exercice 2020, le pays a prévu financer une partie de son budget avec 443 milliards Fcfa issus des recettes pétrolières et gazières. Des projections qui s’appuient sur un prix du baril à 55,3 Dollars Us, avec une parité de 575 Fcfa pour 1 Dollar Us.

Pour beaucoup, il est encore difficile d’avoir une idée claire de l’impact du coronavirus aussi bien sur l’économie nationale qu’à l’échelle mondiale. Toutefois, les évolutions négatives quotidiennes dans les pays durement frappés ne sont pas de nature à rassurer. De nombreux rendez-vous économiques importants sont tous, ou presque, sur le point d’être annulés ou décalés. Le dernier en date est l’Africa CEO Forum. Prévu pour se tenir les 09 et 10 mars à Abidjan en Côte-d’Ivoire, ce rendez-vous qui réunit 1800 décideurs du secteur privé a été reporté à une date ultérieure.

Newsletter: Restez au courant de l'actualité

Loading

- Publicité -

AGENDA

Festival des musiques et danses patriomoniales

première édition de Business Coffee Break

Tous nos évènements
Mutations SHOP