Mercredi, 5 Août 2020
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Coronavirus et Fcfa:la Beac face au spectre de la dévaluation

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Malgré les effets néfastes de la pandémie sur les économies de la sous-région, la Banque centrale affirme que la situation monétaire de la Cemac est suffisamment stable.

Par Lucien Bodo

Plusieurs semaines déjà que le démon de la dévaluation du Fcfa hante les salles de rédaction et les analyses des économistes. Cette fois-ci, la peur est frappée du sceau du coronavirus dont les effets sur les économies du monde entier augurent des lendemains très difficiles. Au Cameroun, comme dans le reste de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), il est projeté une forte baisse des exportations du fait de la pandémie. Dans le même temps, les importations pourraient demeurer rigides.

Pour essayer de faire taire les rumeurs, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) a décidé de jouer les exorcistes. Dans un communiqué publié le 12 mai dernier, Abbas Mahamat Tolli, le gouverneur de l’institution bancaire, affirme que l’on est encore très loin d’une dévaluation de la monnaie commune dans la Cemac. « L’évolution de la pandémie de COVID-19 dans la zone d’émission n’a pas influencé négativement le niveau des réserves de change, qui demeure confortable », écrit le gouverneur de la Beac. Il ajoute qu’au 10 mai 2020, « les réserves de change se situent à 5348,8 milliards Fcfa ». Un montant qui équivaut à près de cinq mois d’importations de biens et services, pour un taux de couverture extérieur de la monnaie de 74,16%.

Avec de tels chiffres, la sous-région connait une relative embellie par rapport à la même période l’année dernière. En effet, il y a un an, « lesdites réserves de change s’élevaient à 4113 milliards Fcfa, soit un taux de couverture extérieur de la monnaie de 63,55% ». Les données actuelles permettent dès lors de constater une augmentation de 30%.

La Beac justifie la situation monétaire qu’elle présente par les récents aménagements intervenus dans la réglementation des changes. « En particulier celles relatives aux rapatriements et aux rétrocessions ». Des ajustements pourtant mal perçus par certains opérateurs économiques de la sous-région, à tel point que la Beac a dû multiplier des sessions d’explication. La Banque centrale explique par ailleurs la situation des réserves de change par les actions des différents Etats membres de la Cemac, soutenus par les partenaires au développement pour maîtriser les effets du coronavirus sur les économies.

La sortie de la Beac suscite toutefois des interrogations au regard de ses propres prévisions.  Le 27 avril dernier, l’institution a rendu public un rapport sur la politique monétaire en zone Cemac. Dans le scénario pessimiste qu’elle imagine, les effets de la pandémie sur l’économie de la sous-région sont très dévastateurs. L’on pourrait en effet aboutir à une récession à hauteur de -4,9 avec notamment une chute du produit intérieur brut pétrolier à -15%, contre un taux de croissance de 2% en 2019. On observerait par ailleurs une dégradation des déficits budgétaire et courant respectivement à 6,6% et 8,6% contre 0,2 % et 1,5 % l’année précédente.

 En parcourant ce document, l’on apprend aussi que le niveau des réserves de change de la zone Cemac était de 3,2 mois d’importations des biens et services à fin décembre 2019 ; et que ce chiffre pourrait chuter à 2 mois, voire moins encore, du fait du coronavirus. Ces quelques indicateurs ont conduit certaines agences de notation telles que Fitch Ratings à émettre des craintes quant à l’avenir du Fcfa, notamment sa parité avec l’Euro.

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